À l’heure où la presse se dématérialise et où l’on annonce régulièrement la mort du papier, quelques irréductibles persistent. Zentromag, « journal d’expression non-conforme », vient de publier son 24ème numéro, entamant ainsi sa sixième année d’existence. Un bimestriel qui assume son artisanat, sa périodicité irrégulière et son positionnement à contre-courant.
L’éditorial du numéro pose d’emblée la question que tout le monde se pose : pourquoi s’obstiner à imprimer une revue sur papier quand tout pousse vers le numérique, les podcasts et la vidéo ? La réponse tient en une conviction. Pour l’équipe de la revue, l’écrit constitue une composante majeure de l’identité française et européenne. Une civilisation du texte et du livre, non de l’oralité, où la lecture sur papier façonne le rapport au savoir d’une manière que l’écran ne saurait remplacer. Défendre le papier devient alors un geste de résistance à l’uniformisation culturelle.
Un sommaire éclectique et assumé
La grande force de Zentromag tient à la variété de ses centres d’intérêt, qui balaient l’histoire, la littérature, la politique et la culture sans jamais se départir d’un regard tranché.
Le numéro 24 s’ouvre sur une rubrique gastronomique, « Fricot à table », qui interroge cette fois Romain Petitjean, responsable du développement de l’Institut Iliade, sur ses goûts et dégoûts culinaires. Un entretien enlevé, entre bœuf bourguignon dominical, détestation de la junk-food et éloge du vin.
La rubrique culturelle, baptisée « Kulturkampf », occupe une place centrale. On y trouve la recension d’un polar signé Paul-Louis Beaujour, Le Hussard chez les skins, paru chez Auda Isarn, mettant en scène un libraire-justicier parisien. La revue s’attarde également sur la réédition du témoignage de Roger Coudroy, ce militant européen tombé en 1968 aux côtés des combattants palestiniens, ainsi que sur le dernier essai de Gabriele Adinolfi, La révolution silencieuse, plaidoyer contre le manichéisme et les postures stériles. Le Journal de guerre de Jean Malaquais, témoignage brut sur la débâcle de juin 1940, complète cet ensemble littéraire.
De Machiavel à l’Ariège insurgée
La rubrique « Esprit » propose un précis de machiavélisme signé Laurent Schang, qui revient sur le parcours contrarié du secrétaire florentin, théoricien du Prince et de L’Art de la guerre, et sur sa tentative avortée de doter Florence d’une armée citoyenne.
Le morceau d’histoire du numéro est sans conteste le récit de la Guerre des Demoiselles (1829-1832), cette révolte des paysans ariégeois contre le Code forestier de 1827. Le texte de Sylvain Roussillon raconte comment des hommes déguisés en femmes, le visage noirci, s’attaquèrent aux gardes forestiers pour défendre leurs droits d’usage ancestraux sur la forêt. Une insurrection lue non comme une jacquerie de misère, mais comme la résistance structurée de communautés rurales attachées à leurs libertés locales, quelque part entre luddisme et défense des fueros. Un thème qui parlera à tous les défenseurs des enracinements régionaux face à l’uniformisation centralisatrice.
Le numéro se referme sur une rubrique cinéma consacrée à Rome à travers cinq films, de La Dolce Vita de Fellini aux Vacances romaines de Wyler, en passant par le féroce Affreux, sales et méchants de Scola.
Soutenir une presse indépendante
Zentromag revendique un modèle économique fondé sur l’engagement plutôt que sur la consommation passive. La revue vit de ses abonnements et de ses soutiens, sans publicité de masse ni actionnaire. Un choix qui a un coût, celui de l’indépendance totale, mais qui suppose un lectorat prêt à mettre la main à la poche pour faire vivre une voix qui détonne dans le paysage médiatique.
L’abonnement annuel, soit six numéros, est proposé à 35 euros, la formule de soutien à 50 euros ou plus, et le numéro à l’unité à 6,50 euros port compris. Les commandes et renseignements se font à l’adresse [email protected].
Dans un paysage de presse largement uniformisé, l’existence même d’un tel objet, artisanal et frontalement à contre-courant, mérite d’être signalée. Que l’on partage ou non ses orientations, Zentromag illustre la vitalité d’une édition indépendante qui continue de parier sur l’intelligence de ses lecteurs et sur la permanence de l’écrit.
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Photo d’illustration : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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