Opéra « Carmina Burana » : l’Allemagne et la Russie s’invitent en Bretagne

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19/11/2017 – 08h00 Carmina Burana (Breizh-info.com) – Depuis début novembre, l’Opéra National de Russie a commencé une tournée sur toute la France pour présenter un des plus grands chefs d’œuvre musicaux du 20ème siècle. Mardi soir (14 novembre) à Saint-Brieuc – et le lendemain à Saint-Malo – cet orchestre, avec ses danseurs de Ballet et ses chœurs russes, joua pour le public breton les « Carmina Burana » du compositeur allemand Carl Orff.

« Fortuna Imperatrix Mundi ». Nul n’a oublié le frissonnement que procure cette magistrale scène dans le film « Excalibur » de John Boorman. Un chant martial venu du fond des âges annonce la guérison du Roi Arthur, à qui Perceval a rapporté le Graal, et la chevauchée des chevaliers de la Table Ronde vers l’ultime bataille, dans une mise en scène mythique où il semble neiger pétales de fleurs sur les armures brillantes des croisés bretons. C’est par ce mouvement que commence comme se termine la cantate de Carl Orff.

Composée dans les années 1930 en pleine Allemagne nazie, elle avait tout pour choquer comme pour passionner son public. La composition reprend les « chants de Beuern », poèmes profanes et religieux médiévaux du 13ème siècle, en langue latine, en moyen-haut allemand et en ancien français, qui n’ont été découverts et traduits qu’au 19ème. On n’y découvre pas uniquement des chants ecclésiastiques, mais il est aussi question de plaisirs charnels, d’ivresse, d’argent et de jeux. Et si le IIIème Reich voyait d’abord en cette profusion d’érotisme et d’indécence un scandale, la beauté de la musique et la richesse des textes historiques les résolurent à applaudir le chef d’œuvre né du compositeur allemand.

Ce fut un tel succès qu’Orff voulu que l’on oublie tout ce qu’il avait composé précédemment, et le régime nazi lui commanda officiellement des œuvres musicales. Vous vous en douterez, il connut bien sûr – lui aussi – des problèmes après la guerre, avec la dénazification du pays. Il fut accusé d’avoir été trop neutre et conciliant, d’être resté impassible face aux arrestations de musiciens juifs ou militants politiques, et ce malgré les amis résistants qu’il avait dans son entourage. Néanmoins au vu de son talent, monuments, écoles, fondations et festivals lui sont dédiés, et nous avons pu voir sa plus belle œuvre jouée mardi soir à Saint-Brieuc.

La salle « Hermione » était comble, accueillant 1.200 personnes pour assister au spectacle. Dès l’obscurité tombée, avant même que le rideau ne s’ouvre, résonne le « Ô Fortuna » tant attendu. On découvre alors l’orchestre placé derrière la scène, les chœurs tapis dans l’ombre, sur les côtés, drapés uniformément de capes monastiques. Au centre, c’est un ballet extraordinaire, mêlant figures angéliques et démoniaques, dans un décorum dantesque tournant autour de la roue de la Fortune, où se déchainent passions amoureuses, destins riches et déclins angoissants. Les danseurs jouent avec les contrastes de couleurs et de musique, Carl Orff ayant réussi à mêler avec génie chants médiévaux, classicisme et modernité. Quand le spectacle se termine, la moitié de la salle est debout, applaudissant les artistes, musiciens, chanteurs comme danseurs, et particulièrement les solistes.

Hermione St Brieuc

L’Opéra National de Russie poursuit sa tournée en France, Belgique, Suisse et Luxembourg, avec 70 dates en trois mois ! Alors si vous avez raté leur passage dans les Côtes d’Armor, aucune inquiétude, vous pourrez vous rattraper. Car s’ils ont ouvert le bal en passant par la Bretagne, ils comptent bien le clore en y refaisant un tour. Et à peine auront-ils terminé leur tournée des « Carmina Burana » que l’Opéra National de Russie enchaînera avec le Ballet le plus joué au monde, « Le Lac des Cygnes », puis reviendront encore avec « Les Contes d’Hoffmann ». Nul doute que nous y serons, une nouvelle fois, si la Fortune le veut …

Arthur Lorc’h

Prochaines dates de « Carmina Burana » en Bretagne :

– Jeudi 25 janvier 2018 à Lorient (56)

– Vendredi 26 janvier 2018 à Brest (29)

– Samedi 27 janvier 2018 à Rennes (35)

Réservations : http://www.franceconcert.fr/fr/spectacle/carmina-burana/

Crédit photo : breizh-info.com
Breizh-info.com, 2017, dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine.

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7 Commentaires

  1. Un chef-d’oeuvre qui chevauche dans le panache de nos racines et pénètre le feu intime de l’être où fusionnent le profane et le sacré pour irradier une émotion originelle.

    • Il faut souligner le rôle du quotidien Presse Océan qui sous la signature de Gauchar (le bien nommé) s’est fait le porte parole de la CGT pour tenter d’interdire le spectacle ou de provoquer des incidents. Pas moins de 2 pages et toute la une : »Carmina Burana sous tension » !

  2. Votre calendrier des représentations de Carmina Burana en Bretagne est incomplet : il y manque Nantes les 18 et 19 novembre. Nantes où la CGT tente de mobiliser contre ces représentations : elle trouve que les artistes du spectacle, pas tous russes d’ailleurs, travaillent trop pour pas assez cher.
    Et si l’on compare le régime des artistes russes à celui des ensembles subventionnés français comme l’Orchestre national des Pays de la Loire, cela ne fait aucun doute : les Russes sont beaucoup plus productifs — tout en étant au moins aussi exigeants sur le plan artistique.
    C’est évidemment un énorme danger pour l’ONPL comme pour d’autres institutions. A l’heure où les collectivités locales ont besoin de faire des économies, des troupes comme l’Opéra national de Russie offrent une solution de rechange : couper les subventions sans priver le public d’accès à des oeuvres symphoniques de qualité.
    Et n’est-ce pas cela qui importe ? Le système actuel, qui fait financer les spectacles par tous les contribuables au profit de spectateurs souvent aisés est socialement injuste, c’est évident, même si l’on n’ose pas trop le dire (la culture reste une vache sacrée). A trop défendre le système actuel, la conservatrice CGT le pousse vers un point de rupture inéluctable.

  3. Je ne doute pas que ce spectacle soit merveilleux, et loin de moi l’idée de décourager les spectateurs de s’y rendre. Je voudrais simplement apporter deux précisions à votre article. D’abord en 1930 on n’était pas en « plein régime nazi » comme vous dites, celui-ci n’est arrivé qu’en 1933. Et surtout il ne s’agit pas , je vous cite, « d’un des plus grands chefs d’œuvre musicaux du 20ème siècle » . Sur le plan musical beaucoup d’autres oeuvres lui sont très très supérieures comme par exemple l’opera Saint François d’Assise d’Olivier Messiaen, ou le Dialogue des Carmélites de Francis Poulenc.

  4. Tous les goûts sont dans la nature . Tous les dégoûts aussi …

    Affectionnant tout particulièrement « CARMINA BURANA », je suis allé dimanche dernier à Nantes où j’ai assisté à la prestation calamiteuse de cette troupe « russe » à la Cité des Congrès et je suis en colère comme je l’ai rarement été à l’issue d’un spectacle : une véritable arnaque !

    Chorégraphie indigente, décors miteux, choeurs poussifs ( assistés de micros ! ) … et orchestre massacrant la partition de Orff  ( en la ponctuant même parfois de réinterprétations « rock » à la batterie ! ) : tout cela pour 65 euros !

    Je suis parti dégoûté à l’entracte …

    Ce pseudo orchestre national russe au sein duquel les russes se font rares semble passer beaucoup plus de temps à faire du fric à l’étranger qu’à se produire en Russie ( les cars de cette « troupe russe » ne sont-ils pas d’ailleurs immatriculés en … Lituanie ! ! ! ) .

    De même qu’une horloge arrêtée donne l’heure juste une fois par jour, il arrive aux gauchistes ( rarement, certes … ) de ne pas se tromper :

    https://sfa-cgt.fr/news/1484

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