Venezuela sans Maduro : stabilité de façade, démocratie en attente

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Trois mois après l’opération américaine qui a écarté Nicolas Maduro du pouvoir, le Venezuela ne s’est pas effondré. Le chavisme tient toujours les rênes — sans son chef historique, mais sous surveillance étroite de Washington. Un équilibre précaire, entre ouverture économique et immobilisme politique.

Le scénario redouté ne s’est pas produit. Pas de guerre civile, pas de fracture au sein de l’armée, pas de vide institutionnel. Lorsque Washington a acté la sortie de Nicolás Maduro en janvier dernier, beaucoup anticipaient le chaos. Trois mois plus tard, le Venezuela est toujours debout — et le chavisme, structurellement intact, continue de gouverner.

C’est Delcy Rodríguez qui a pris la tête du pays, avec le soutien des militaires et des figures centrales du régime. Diosdado Cabello conserve la main sur l’appareil politique. Le ministre de la Défense Vladimir Padrino López reste en charge des forces armées. La machine tourne. Ce qui a changé, c’est le lieu où se prennent les décisions stratégiques : une partie d’entre elles se prend désormais à Washington.

Ce que les États-Unis ont vraiment obtenu

Donald Trump a qualifié l’opération de janvier de scénario idéal, et de son point de vue, l’argument tient. Le Venezuela n’est pas devenu un nouveau bourbier moyen-oriental. Aucune occupation massive, aucun plan de reconstruction financé par le contribuable américain.

En échange, Washington a obtenu ce qu’il cherchait depuis des années : extraire le Venezuela de l’orbite russe, chinoise et iranienne. Les contractants iraniens et russes quittent le territoire. Cuba ne reçoit plus de pétrole vénézuélien à prix cassé. Les entreprises chinoises et russes maintiennent une présence formelle dans certains champs pétroliers, mais la gestion opérationnelle est désormais sous supervision américaine.

C’est le vrai bouleversement géopolitique de l’affaire : le Venezuela est passé dans la sphère d’influence américaine. Pas par la démocratie. Par le rapport de force.

Des élections promises, indéfiniment repoussées

L’administration Trump évoque des élections dans un délai de dix-huit à vingt-quatre mois. L’argument avancé par Marco Rubio est que les conditions minimales d’un scrutin crédible ne sont pas réunies tant que l’appareil chaviste reste en place. C’est techniquement défendable. C’est aussi extrêmement commode.

En pratique, Washington privilégie le contrôle politique et économique sur la démocratisation rapide. Delcy Rodríguez a libéré quelques centaines de prisonniers politiques et promis une feuille de route — sans date, sans calendrier, sans contrainte. L’opposante María Corina Machado estime que des élections crédibles pourraient se tenir dès la fin 2026 si la volonté politique existait. Elle n’existe manifestement pas.

Le régime gagne du temps. L’opposition craint que l’ouverture économique en cours ne consolide un nouvel équilibre qui la marginalise davantage encore. Et Washington n’est pas pressé : sa priorité n’est pas la démocratie vénézuélienne, mais un Venezuela stable et aligné.

Une reprise économique inégale et captée par d’autres

Le pétrole et les minerais vénézuéliens sont à nouveau commercialisés à des prix de marché, après des années d’écoulements opaques à prix bradés. Les revenus de l’État progressent. Mais les principaux bénéficiaires ne sont pas les compagnies américaines que Trump avait promises à ses électeurs — ce sont des négociants internationaux comme Vitol ou Trafigura. Et le premier acheteur de pétrole vénézuélien le mois dernier n’était pas les États-Unis, mais l’Inde.

Les grands investisseurs restent prudents, pour des raisons compréhensibles : le Venezuela a nationalisé des actifs, rompu des contrats et réécrit ses règles trop souvent pour inspirer confiance. La plupart des sanctions américaines demeurent en vigueur. Le cadre juridique reste incertain.

La reprise est également géographiquement concentrée. Caracas s’anime, la monnaie s’est provisoirement stabilisée. Hors de la capitale, peu de choses ont changé. Le réseau électrique reste défaillant. L’industrie pétrolière, qui dispose pourtant des plus grandes réserves prouvées au monde, aurait besoin de plusieurs dizaines de milliards de dollars et d’une décennie entière pour retrouver son niveau d’antan.

Le modèle qui se dessine

L’équilibre actuel repose sur trois forces qui se tiennent mutuellement en respect : l’appareil chaviste, les forces armées et la pression américaine. Si les élections continuent d’être repoussées, l’opposition pourrait reprendre la rue. Si Washington décide de resserrer les sanctions, la fragile reprise s’éteindra. Et si Delcy Rodríguez parvient à marier ouverture économique et verrouillage politique, le Venezuela pourrait finir par ressembler à un modèle que l’histoire connaît bien : celui du régime hybride, ouvert aux affaires, aligné sur une grande puissance, suffisamment stable pour durer — sans jamais vraiment changer.

Ce n’est pas la démocratie que réclamait le peuple vénézuélien dans les rues. C’est peut-être ce qu’il va obtenir.

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