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Les cris d’alarme se succèdent mais rien n’y fait. Les dirigeants d’Arkéa s’entêtent dans leur volonté d’indépendance et parient sur une communication à outrance pour persuader du bien-fondé de leur projet.
Personne ne sait comment se terminera le dossier Arkéa. Mais une chose est sûre : les dirigeants de la filiale bretonne du Crédit Mutuel, ainsi que tous les supporters de son indépendance, sont prêts à tout pour arriver à leurs fins. On les savait très portés sur la communication — les premiers dépensant de petites fortunes à ce titre —, on sait à présent qu’ils n’hésitent pas à travestir la réalité pour tenter de convaincre le plus grand nombre.
Approximations et contre-vérités
Dans un billet publié en mai dernier sur la plateforme NHU Bretagne, plusieurs individus anonymes ont souhaité revenir sur le « conflit qui oppose Arkéa et le reste du Crédit Mutuel », avec un souci de clarté apparent, à première vue. « Le problème est simple : une entreprise bancaire innovante et territoriale qui lutte contre son annexion par un groupe bancaire internationalisé. Une lutte entre la Bretagne et le jacobinisme. Également une lutte entre la liberté d’entreprendre en local et la logique centralisatrice des autorités nationales ».
Le verbe est beau, mais il est faux. Car Arkéa ne peut lutter « contre son annexion », pour la simple et bonne raison que le groupe breton fait déjà partie intégrante de la Confédération nationale du Crédit Mutuel (CNCM). Ce n’est pas la première fois, d’ailleurs, que les partisans du Crédit Mutuel Arkéa indépendant jouent avec la vérité. En cause : une vidéo pour « comprendre le conflit Arkéa/Crédit Mutuel en moins de 3 minutes », publié la veille par la chaîne Avis de Tempête, un collectif soutenant le projet de sécession.
Au menu des 180 secondes : approximations et contre-vérités, dont le seul but est de faire adhérer les internautes à la cause des dirigeants d’Arkéa. Comme, par exemple, quand la voix off explique qu’à l’intérieur du CNCM, les groupes bancaires et mutualistes sont en concurrence — ce que clame le patron d’Arkéa, Jean-Pierre Denis, depuis plusieurs mois. Or, ce n’est pas le cas ; selon le droit de la concurrence français, le Crédit Mutuel — et par conséquent toutes ses filiales — est considéré comme étant un seul et unique groupe.
Note financière dégradée
Pourquoi l’équipe dirigeante de l’entité bretonne tente-t-elle de persuader l’opinion publique du contraire ? Pour une raison simple : présenter Arkéa comme une « filiale victime » de ses homologues, d’autant plus que le groupe de M. Denis enregistre de bons résultats économiques depuis quelques années. Dans l’esprit des dirigeants — retranscrit dans la communication bien rodée d’Arkéa —, il s’agit donc de faire croire que la CNCM veut à tout prix engloutir le groupe breton afin de gonfler ses propres chiffres. Un raisonnement qui n’a pas de sens, on l’a vu, puisque Arkéa fait déjà partie de la Confédération nationale.
Ce qui veut dire, d’ailleurs, que son statut de filiale du CNCM n’a jamais empêché Arkéa de réaliser de bons résultats, bien au contraire. Ni de se développer — ce que cherche vraisemblablement à faire Jean-Pierre Denis. Par exemple, Financo, la filiale de crédit à la consommation d’Arkéa, vient de racheter les activités en France métropolitaine de My Money Bank (ex-GE Money Bank), spécialisé dans le rachat de crédits. La preuve que, malgré ce que prétendent les défenseurs de la « liberté d’entreprendre en local » contre « la logique centralisatrice des autorités nationales », Arkéa n’est pas dans une position si inconfortable que ça à l’heure actuelle.
À l’inverse, le groupe breton pourrait lourdement pâtir d’un départ de la CNCM. L’agence de notation Standard & Poor’s avait déjà annoncé, en janvier dernier, qu’elle comptait abaisser la note d’Arkéa, voire même la faire descendre en deçà du groupe d’excellence « A », si cela se produisait. En cause : Arkéa ne bénéficierait plus du statut coopératif et mutualiste ni des circuits de financements offerts, et serait obligé de pratiquer un licenciement de masse. En novembre prochain, les administrateurs des caisses locales seront appelés à voter une seconde fois pour entériner le projet d’indépendance d’Arkéa. Espérons que d’ici là, ils auront ouvert les yeux.
Guirec Morvan
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