Qu’est-ce que la Bretagne a à gagner avec la sécession d’Arkéa CMB de la Confédération nationale du Crédit mutuel ? Si l’indépendance est une bonne chose, le risque de voir transformer la banque mutualiste en un établissement qui le serait peu ou pas du tout mérite d’être pris en compte. Les sociétaires ont le droit de s’en inquiéter.

Denis et Le Moal veulent avoir les mains libres

En organisant la sécession du Crédit mutuel de Bretagne (Arkéa) de la Confédération nationale du Crédit mutuel, Jean-Pierre Denis, le président et Ronan Le Moal, le directeur général, pensaient-ils réaliser un coup formidable ? Avec la disparition du contrôle de la Confédération, ils auraient les mains libres pour « conforter le développement de l’entreprise » (sic) – selon le discours officiel. Mais d’autres « avantages » – pour eux – apparaissent immédiatement, facilités par l’absence de tout garde-fou du côté de la Confédération. C’est pourquoi, à Breizh-info, nous avions évité de prendre position sur ce dossier, nous contentant de souligner les dérives de l’institution et les salaires royaux que s’octroyaient les « mutualistes » Denis et Le Moal.

De moins en moins coopératif et de plus en plus capitaliste ?

En effet si tout esprit breton ne peu que soutenir l’autonomie, voire l’indépendance du CMB par rapport à Paris, tout esprit prudent se doit de se souvenir que le tandem qui dirige la fédération aime l’argent. Exemple : Jean-Pierre Denis a reçu 1 599 931 euros en 2016 et Ronan Le Moal 1 284 960 euros la même année (Le Canard enchaîné, 12 avril 2017). C’est-à-dire davantage que les dirigeants de la Confédération. Par conséquent, après la sortie de la CNCM, tout sociétaire perspicace a le droit de craindre des manœuvres « habiles » afin que le CMB – devenu « Banque Arkéa (?) – devienne de moins en moins coopératif et de plus en plus capitaliste. Avec les parts sociales des sociétaires transformées en actions, avec l’entrée de groupes financiers dans le capital – les anciens sociétaires réduits à l’état de minoritaires –, la vie serait belle pour le président Denis, devenu PDG : il n’aurait plus à s’embêter avec les traditions « mutualistes » de la maison (assemblées générales, présidents des caisses locales, statuts…). Tout cela pour le plus grand bonheur des dirigeants d’Arkéa qui n’oublieraient pas de se goinfrer en stock-options. Voilà ce qu’on peut redouter à partir du moment où Arkéa-CMB n’aurait plus de comptes à rendre à la Confédération. Pour se faire une petite idée de ce scénario éventuel, on pourrait se reporter à l’histoire de l’assurance AXA, autrefois « Anciennes mutuelles de Normandie ». Par quel coup de baguette magique, Claude Bébéar a-t-il pu transformer sa mutuelle en société capitaliste ? Le duo Denis-Le Moal a certainement une idée sur la question.

Personne pour s’opposer à une pareille mutation

Les choses étant ce qu’elles sont, qui serait en mesure de s’opposer à une pareille mutation ? Réponse : personne. Pas les présidents des caisses locales qui ne sont que des pantins inoffensifs recrutés par le directeur de ladite caisse, pas les membres des conseils d’administration constitués de braves gens incapables de défendre les intérêts de leurs mandants (on l’a vu avec la fermeture de bureaux en zone rurale), pas l’assemblée générale – pourtant souveraine – où le président et le directeur font voter n’importe quoi à une espèce de club du troisième âge – mais les apparences sont sauves ! Quant aux membres du conseil d’administration de la fédération (CMB), ils trouveraient formidable de transformer leurs indemnités en jetons de présence plus rémunérateurs. « La Bretagne a tout à gagner avec une gouvernance plus souple, plus rapide, plus efficace. Il faut être moderne », nous expliqueraient les cerveaux de l’opération, c’est-à-dire la technostructure qui dirige Arkéa-CMB. C’est bien parti puisque Ronan Le Moal, le directeur général d’Arkéa, veut développer un « fonctionnement en réseau comme le fait Amazon » (Le Télégramme, jeudi 13 décembre 2018).

Bernard Morvan

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