Après Nathalie Arthaud (LO), après Jean-Christophe Lagarde (UDI), après François Asselineau (UPR), nous poursuivons notre tournée des têtes de liste aux élections européennes. Aujourd’hui, c’est Nicolas Dupont-Aignan qui a répondu à nos questions. Le porte-parole de Debout la France, membre de la plateforme « Les Amoureux de la France » œuvre depuis des années à rassembler les droites, malgré toutes les oppositions qu’il rencontre.

Il vient par ailleurs de sortir un livre intitulé Résistance qui constitue sa feuille de route pour les élections européennes (voir ici pour le commander). Entretien avec un homme politique qui n’a pas sa langue dans sa poche.

dupont_aignan
Au Salon de l’agriculture 2019

Breizh-info.com : La droite part totalement divisée pour ces élections européennes ; n’est-ce pas un sabordage en règle ? LREM ne risque-t-elle pas finalement, malgré toutes les contestations de ces derniers mois, de l’emporter du fait de la division en face ?

Nicolas Dupont-Aignan : Depuis l’élection présidentielle, je n’ai cessé de mettre en place les conditions pour rassembler la droite, les patriotes et tous ceux qui veulent une autre politique pour notre pays que celle qu’impose Emmanuel Macron.

Dès septembre 2017, j’ai créé les Amoureux de la France en alliant Debout la France, le CNIP, le MPF… Ce rassemblement s’est progressivement élargi à des personnalités LR comme l’ex-proche conseiller de François Fillon Hervé Fabre-Aubrespy, ou l’ex-député LR Nicolas Dhuicq ainsi que des RN comme les députés européens Bernard Monot et Sylvie Goddyn. Avec notre plateforme internet, nous avons rassemblé 1,5 million de contributions pour constituer un programme commun capable de battre Emmanuel Macron.

En janvier 2018, j’ai présenté notre vision stratégique visant à former la coalition la plus crédible pour les élections européennes. Nous avons défini trois critères qui me semblent de bon sens ! D’abord, élargir l’union et ne pas réitérer un duo de DLF avec le RN, qui n’a pas été suffisant pour gagner lors du 2nd tour de l’élection présidentielle de 2017. Ensuite, définir un programme sérieux et rassembleur. Enfin, désigner une tête de liste d’envergure européenne capable de peser au Parlement européen.

Je tiens à rappeler cet historique car ensuite, en mai 2018, Marine Le Pen a proposé un projet d’alliance qui se contentait de rejouer la présidentielle, sans tirer aucune leçon de son échec. Il était inacceptable pour moi de m’engager sur une liste sans programme ni tête de liste assez expérimentée pour défendre la France à Bruxelles !

Le 23 septembre 2018, j’ai proposé un manifeste de plus de 40 mesures accompagnées d’un texte résumant la vision des Amoureux de la France pour l’Europe. J’ai envoyé ce programme à Laurent Wauquiez, qui a déclaré ne pas le partager et à Marine Le Pen, qui n’a jamais répondu.

En réalité, les appareils politiques du RN et de LR n’ont tiré aucune leçon de la victoire d’Emmanuel Macron. Nous, oui. Aussi, je pense que la philosophie et la stratégie des Amoureux de la France restent les seules en capacité de prendre le pouvoir en 2022. Les électeurs qui souhaitent ce rassemblement sanctionneront les partis qui ont choisi de rester dans leur couloir.

Par ailleurs, plus la campagne européenne avance, plus je doute de la volonté de Laurent Wauquiez d’être une réelle force d’opposition et d’alternative au gouvernement : François-Xavier Bellamy a clairement indiqué se sentir plus proche d’Emmanuel Macron que des Amoureux de la France ou de Marine Le Pen. Il vient aussi de soutenir le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, qui n’a été élu par personne, contre le Premier ministre hongrois Viktor Orbán, largement réélu par son peuple pour la 3ème fois.

Ces élections européennes vont sans doute montrer ce que les Français pressentent depuis l’appel des Républicains à voter pour Emmanuel Macron, au 2nd tour de la présidentielle et leur récente alliance avec les centristes d’Hervé Morin : il ne s’agit plus que d’un parti satellite d’Emmanuel Macron.

Breizh-info.com : Quelles seront les principales propositions de Debout la France à l’occasion des élections européennes ?

Nicolas Dupont-Aignan : Il s’agit tout simplement de remettre les démocraties nationales au cœur de la coopération européenne. La bureaucratie bruxelloise et sa volonté de broyer les peuples ont complètement échoué dans leur promesse.

Il faut rétablir les frontières nationales pour reprendre le contrôle de l’immigration dans une Union européenne devenue une véritable passoire. Les Républicains ont voté les pires décisions qui ont favorisé la submersion migratoire comme les quotas obligatoires d’accueil imposés à tous les pays.

Nous voulons aussi affirmer la primauté des lois nationales sur la technocratie bruxelloise, pour que nos démocraties retrouvent le contrôle de leur justice, de leur budget et appliquent les décisions votées par leur peuple.

Nous mettrons également fin à la concurrence déloyale des travailleurs détachés et des traités de libre-échange sauvages, pour que l’Union européenne cesse d’être le pigeon de la mondialisation qui sacrifie son industrie et son agriculture au règne de l’argent.

Pour ce faire, nous supprimerons la Commission européenne et instaurerons un Secrétariat allégé qui coordonnera les projets menés par les pays volontaires pour relever les défis du XXIsiècle. Le vrai rôle de l’Europe doit être de réussir ensemble ce que l’on ne peut faire seul :  l’intelligence artificielle, la lutte contre le cancer et Alzheimer, etc.

Enfin, il faut définitivement stopper tous les projets d’élargissement de l’Union européenne : les représentants LR, dont A. Danjean, 3ème de liste de M. Bellamy, ont voté le 4 février dernier pour garantir 14,5 milliards d’euros de subvention de pré-adhésion à l’UE pour la Turquie, le Kosovo, l’Albanie, la Serbie, la Bosnie et la Macédoine. Ce double discours est inacceptable !

Breizh-info.com : Certains dirigeants européens voient dans ces élections la possibilité d’un référendum sur l’immigration, c’est aussi votre avis ?

Nicolas Dupont-Aignan : Absolument. Le rétablissement des frontières nationales et la liberté pour chaque pays de choisir qui peut rentrer sur son sol ou non est primordial.

À ce titre, j’ai déposé une proposition de loi avec le sénateur Jean-Louis Masson pour convoquer un référendum d’initiative partagée visant à stopper l’immigration dans notre pays.

Ce texte propose sept mesures de bon sens :

  1. Le rétablissement des contrôles aux frontières nationales (abolition des règles de l’espace Schengen) et le renforcement des contrôles des frontières extérieures de l’Union européenne.
  2. Le vote chaque année par le Parlement de quotas (nationalité, profession) pour réduire au strict minimum l’immigration légale.
  3. La sanctuarisation du droit d’asile aux seules personnes vraiment menacées et le placement de tous les demandeurs en centre de rétention administrative le temps de la procédure ; les déboutés devront être systématiquement éloignés du territoire.
  4. La limitation de l’immigration familiale et l’instauration d’un délai de carence pour l’octroi des aides sociales.
  5. L’expulsion systématique des clandestins et des ressortissants étrangers ayant commis un crime ou un délit.
  6. La dénonciation du traité de Marrakech.
  7. Le refus de ramener en France les djihadistes et leurs familles.

Hélas, cette proposition de référendum d’initiative partagée ne peut aboutir que si elle est parrainée par suffisamment de parlementaires. J’ai écrit aux députés et sénateurs LR afin de recueillir leur soutien. En dehors de Franck Marlin, aucun LR n’a souhaité signer cette proposition qui aurait permis de déclencher un référendum, car ils sont en réalité d’accord avec E. Macron sur l’immigration. C’est une énième preuve de leur double discours !

Breizh-info.com : Vous avez intitulé votre livre Résistance. Mais concrètement, qu’est-ce que fait l’opposition de droite pour empêcher, ici le retour des islamistes de Syrie, ou bien là l’arrivée de milliers d’immigrés clandestins en France ? Il semblerait qu’au sein de toute la droite, il y ait finalement peu de résultat et d’opposition réelle hormis des sorties médiatiques parfois fracassantes… Pour vous, le combat passerait donc uniquement par l’élection ? N’est-ce pas un peu léger eu égard aux défis ?

Nicolas Dupont-Aignan : Je constate que nous avons partiellement fait reculer le gouvernement sur le retour des djihadistes, en tout cas pour le moment.

Évidemment, les institutions de la Vème République ont été dévoyées, tant et si bien qu’il ne reste qu’un rôle avant tout tribunitien à l’opposition. C’est d’ailleurs l’une des causes profondes de la crise démocratique et du mouvement des Gilets jaunes. Il est urgent d’instaurer un Référendum d’Initiative Citoyenne (RIC) et de mettre une vraie dose de proportionnelle pour rééquilibrer les pouvoirs.

Macron peut aussi bénéficier de la clémence du Parti socialiste et des Républicains, qui viennent toujours à son secours dans les moments critiques. Les deux piliers de l’ancien monde, l’UMPS, soutient le nouveau.

Les élections européennes sont l’occasion de terminer la mutation du système politique français. D’un côté les mondialistes, les destructeurs de la France et des Français, de l’autre les nationaux, les républicains humanistes que nous devons rassembler pour préparer une vraie alternance. Plus les mois passent, plus les Républicains apparaissent comme le parti croupion d’En Marche.

Breizh-info.com : Si vous êtes élu au sein du Parlement européen, avec qui voudriez-vous travailler ? Que pensez-vous des politiques menées par M. Orbán, M. Salvini pour ne citer qu’eux ?

Nicolas Dupont-Aignan : Orbán et Salvini, mais aussi Luigi Di Maio ou le gouvernement polonais, défendent les intérêts de leur peuple et leurs choix démocratiques. Non seulement je les respecte mais j’estime qu’ils sont les seuls au pouvoir en Europe à défendre la vraie démocratie, à savoir le pouvoir du peuple.

Avec les Amoureux de la France, nous avons réuni à Paris le 28 février dernier la plus grande coalition de partis euro-réalistes de l’histoire du Parlement européen. Nous avons déjà des alliés qui disposeront de délégations d’eurodéputés importantes dans 24 pays sur 27. Je ne désespère pas d’en trouver d’autres, notamment en Hongrie. J’espère que Victor Orbán n’acceptera plus les mensonges du PPE dont font partie les Républicains.

En tout état de cause, la coalition que nous avons réunie est en mesure d’être le premier groupe au Parlement européen. Le PPE devra alors décider s’il continue à gouverner avec les socialistes et les centristes ou s’il respecte enfin les électeurs qui ont voté pour des partis de droite. Hélas, je crains qu’ils ne choisissent encore les socialistes et les amis fédéralites de M. Macron.

Breizh-info.com : Qu’est-ce que la coalition pour l’Europe des nations ?

Nicolas Dupont-Aignan : C’est la vraie construction européenne ! La richesse de l’Europe, c’est la diversité de ses peuples et de ses identités : la civilisation européenne est forte quand elle valorise les millénaires d’histoire et d’échanges qui ont façonné le continent, non quand elle cherche à les étouffer par une bureaucratie aussi inhumaine qu’inefficace.

En 25 ans, l’Union européenne a paralysé toute volonté politique sur le continent. Nous avons abandonné nos frontières à des irresponsables qui ont provoqué la submersion de nos nations qui ne savent plus comment intégrer des populations ne voulant d’ailleurs plus s’intégrer.

Aucun grand défi du XXIsiècle n’a été relevé. L’Union européenne est devenue une colonie numérique américaine frappée par le déclin industriel et scientifique. Notre niveau de vie est désormais bien inférieur à la Suisse ou aux États-Unis. Nous sommes les pigeons de la mondialisation.

Au contraire, l’Europe des nations supprimera la Commission européenne bureaucratique et se concentrera sur la coopération des États européens sur les sujets essentiels : nous développerons des champions industriels et numériques européens, nous protégerons nos marchés de la mondialisation.

Pourquoi ? Car les démocraties nationales auront retrouvé leurs pouvoirs, leurs frontières, leur budget. Les gouvernements redeviendront à nouveau pleinement responsables et donc pleinement acteurs du destin de leur peuple. Fini le temps où des dirigeants politiques incapables se réfugiaient derrière l’Europe pour ne rien faire, ils devront agir ou partir !

resistance

Breizh-info.com : En écartant Emmanuelle Gave de votre liste aux élections européennes, n’avez-vous pas cédé au politiquement correct, aux sirènes médiatiques, et au lynchage politique ? 

Nicolas Dupont-Aignan : Absolument pas. Lorsque la famille Gave a été salie par des accusations mensongères et diffamatoires, je l’ai immédiatement défendue sans aucune ambiguïté avec tous les Amoureux de la France. J’ai engagé ma parole publique et mon honneur car je savais que ni Emmanuelle ni Charles Gave n’étaient antisémites… Ils co-dirigent même leur institut avec le descendant d’un des fondateurs du mouvement qui a porté la création d’Israël !

J’ai dû me séparer d’Emmanuelle Gave car elle ne respectait pas la solidarité de groupe qu’imposent le combat politique et le militantisme. Du début à la fin de la crise médiatique organisée contre notre liste, Emmanuelle Gave n’a jamais tenu compte de l’avis des autres membres de la coalition.

Pire, ils ont confié leur défense à des personnes qui lui ont donné de mauvais conseils. Ils ont hélas été piégés par ceux en qui ils avaient placé leur confiance, qui leur ont conseillé de donner volontairement un entretien… à « Quotidien » !

Les ennemis des Amoureux de la France ont cru qu’ils nous porteraient un coup mortel. C’était bien mal nous connaître, l’adversité nous a rendu plus déterminés que jamais !

Propos recueillis par Yann Vallerie

Crédit photos : DR
[cc] Breizh-info.com, 2019, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine – V