Albert Deshayes : « Dans les années 60-70, seuls les membres de l’Emsav connaissaient l’existence des prénoms bretons » [Interview]

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Nous évoquions samedi le nouveau livre d’Albert Deshayes, sorti aux éditions Yoran Embanner, intitulé Les prénoms bretons et celtiques (à commander ici). Un livre essentiel pour les familles qui attendent un enfant et qui entendent bien perpétuer notre longue mémoire.

Dans notre siècle de mondialisation, où les matricules remplacent les noms, la vogue des prénoms bretons est plus qu’une mode. Elle répond à un besoin d’enracinement et d’identité. Le choix du prénom est un des droits fondamentaux des parents.
À ce titre, la démarche des parents du petit Fañch défend la légitimité bretonne face à la légalité française, car pour l’« une et indivisible », Fañch ne rentre pas dans le moule de l’assimilation forcée. On trouvera dans ce petit livre une mine de renseignements sur les saints bretons.
Il comprend aussi sous forme de dictionnaire, un choix de prénoms, avec pour chacun, différents renseignements d’ordre historique, linguistique, étymologique, etc.

Albert Deshayes était professeur-maître-formateur auprès de l’IUFM de Quimper, chargé entre autres des langues régionales (breton). Il était aussi chargé de cours de langue bretonne à la faculté de droit de Brest et de Quimper. En 1987, il a soutenu une thèse de doctorat en langues celtiques auprès de l’UHB à Rennes dont le directeur de recherches était Léon Fleuriot.

Il a publié aux éditions Le Chasse-Marée :

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  • Le dictionnaire des noms de famille bretons (1996)
  • Le dictionnaire des noms de lieux bretons (1999)
  • Le dictionnaire des prénoms celtiques (2000)
  • Le dictionnaire étymologique du breton (2003)

Aux éditions Coop Breizh, Le dictionnaire étymologique du Finistère (2003). Aux éditions LabelLN, Histoire de la langue bretonne. Évolution de la graphie (2013). Ainsi que divers articles sur la toponymie bretonne dans le bulletin de la Société archéologique du Finistère.

Nous l’avons interrogé au sujet de son ouvrage.

Breizh-info.com : Qu’est-ce qui vous a amené à écrire ce livre, sachant qu’il existait déjà des dictionnaires spécialisés de ce type ?

Albert Deshayes : Ce livre est une version abrégée du Dictionnaire des prénoms celtiques cité plus haut et épuisé depuis un certain nombre d’années. Sa réédition sous cette forme m’a été demandée par les éditions Yorann Embanner.

Breizh-info.com : D’où vient ce besoin d’enracinement et d’identité que recherchent les familles à travers l’attribution d’un prénom ? En quoi se heurte-t-il parfois (cf. Fañch) aux foudres de la République française ?

Albert Deshayes : Depuis la circulaire de 1993, chaque famille est libre de donner le prénom qu’elle désire à ses enfants. Jusque-là, il était nécessaire de prouver que le prénom donné jouissait d’une certaine notoriété et donc qu’il avait été porté par un personnage illustre, par nos saints bretons par exemple. Par contre, le prénom Fañch qui a fait malgré lui la une médiatique par le refus du signe diacritique (le tilde) n’entre pas dans cette catégorie car il n’est pas reconnu par l’État français.

Breizh-info.com : Donner un prénom breton à son enfant était un acte militant dans les années 60-70. L’est-ce toujours aujourd’hui ?

Albert Deshayes : Dans les années 60-70, seuls les membres de l’Emsav connaissaient l’existence des prénoms bretons en dehors de ceux qui bénéficiaient d’une place dans la calendrier grégorien, tels Corentin et Guénolé, ou de ceux localement connus comme saints patrons de la paroisse.

Aujourd’hui, et depuis le renouveau celtique des années 70 dû principalement à Alan Stivell, les parents ont à leur disposition des calendriers, les médias citent le saint breton du jour. Quelques livrets donnent des informations sur ces prénoms. En un mot, on dispose aujourd’hui de tout un panel celtique.

Breizh-info.com : Avez-vous été obligé de sélectionner, de trier les prénoms ? Comment avez-vous procédé ?

Albert Deshayes : Dans Le dictionnaire des prénoms celtiques, j’ai cherché à être le plus exhaustif possible en me référant à la toponymie bretonne en dressant l’inventaire de tous les lieux-dits en lann, en log, en saint et des saints patrons paroissiaux. C’est en partant du constat de Joseph Loth relayé par de Largillière que les lieux-dits ont gardé trace de tous ces ermites, moines… et que le peuple a sanctifiés sans l’avis de Rome.

Il a fallu avant la présente édition dresser une liste des prénoms celtiques les plus connus et laisser de côté tous les saints obscurs.

Breizh-info.com : On notera énormément de prénoms bretons liés aux prénoms gallois. Moins avec l’Irlande. Comment expliquez-vous cela ?

Albert Deshayes : Breton et gallois procèdent d’une même langue mère, le brittonique ; en outre, nos saints sont presque tous originaires du pays de Galles et dans une proportion moindre du Cornwall. Aussi il est aisé de trouver une correspondance entre les noms de saints. Par contre, les prénoms irlandais rebutent par leur graphie gaélique et, sous-entendu savoir les prononcer.

Proposer à une famille d’appeler leur garçon Caoimhin leur proposerait bien des problèmes, moins si l’on sait que ce nom est relayé par l’anglais Kevin. J’ignore cependant par quel biais le prénom féminin Gladys jouit d’une certaine popularité, peut-être par le fait qu’on le croit anglais. Il n’est là aussi que la forme anglicisée du gallois Gwladus.

Propos recueillis par YV

Photo d’illustration : DR
[cc] Breizh-info.com, 2019, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine – V

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