Un vin blanc italien à moins de 20 euros, consacré au rang de vin exceptionnel par Decanter.

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C’est une consécration inhabituelle qui est passée largement inaperçue en France. En cause, notre regrettable nombrilisme qui nous invite à ne porter qu’un intérêt négligeable aux vins étrangers.

Et pourtant quelle surprise ! Un vernaccia di San Gimignano s’est vu attribuer à l’occasion d’un banc d’essai organisé par la journaliste Susan Hulme, une note de 98/100, ce qui correspond au rang exceptionnel dans le système de notation anglo-saxon.

Certes, il s’agit d’un vin de Simone Santini de la tenuta le Calcinaie qui fait depuis longtemps référence en matière de vernaccia.  Il n’empêche ! Que de chemin parcouru pour ce cépage mal aimé, devenu en quelques années l’un des vibrants symboles de la montée en puissance des vins de lieu.

Un succès d’autant plus surprenant si l’on considère l’absence de prodigalité de la revue lorsqu’il s’agit d’attribuer des notes de ce rang, qui plus est pour un vin à moins de vingt euros…

Une reconnaissance à la Pyrrhus pour un cépage incompris

Ce cépage a toujours été tiraillé au sein d’un douloureux paradoxe : à la fois encouragé dans son particularisme par les premières réglementations mais aussi condamné à subir le dédain profond du consommateur. Dans le paysage des vins blancs secs italien, le vernaccia détonne en effet par sa retenue aromatique, son amertume prononcée en fin de bouche (surtout lorsqu’il est mal pressuré) et une faible acidité qui peut parfois la desservir.

Mais son histoire plaide en faveur d’une vraie singularité, reconnue dès les premières mises en place des DOC en 1966 (l’équivalent de nos AOP). Puis viendra le temps de la consécration suprême en tant que DOCG (Denominazione di Origine Controllata e garantita) en 1993. Malgré ce déluge d’honneur, le vernaccia peine à convaincre l’indifférence des italiens, férus de blancs désaltérants et aromatiques particulièrement prisés durant ces années-là.

L’heure est ainsi au pinot grigio du Haut Adige et au triomphe des cépages internationaux : sauvignon et chardonnay, voire du riesling dans une moindre mesure, cépages plantés en masse dans les plaines du Frioul et de l’Oltrepo Pavese.

Ces vins de grand rendement inondent un marché tourné vers blancs modernes livrant un fruit net et aromatique, bien qu’ils soient obérés par une expression quelque peu simpliste et redondante. Or le Vernaccia di San Gimignano s’inscrit en faux avec les standards de ces blancs modelés au goût du marché grâce à leur caractère frais et désaltérant.

S’ajoute il faut bien l’admettre un niveau d’ensemble assez inconstant qui a marqué une longue période de tâtonnement durant laquelle le vernaccia di San Gimignano attendait encore son maitre en la personne de Simone Santini, avant d’exprimer pleinement son potentiel enfoui.

Revival des vieux cépages italiens

Fort heureusement le balancier de l’histoire penche désormais vers un « revival » massif des cépages autochtones qui pullulent en Italie. Bien souvent, leur caractère fortement endogène se rattache à un territoire circonscrit, au-delà duquel ils ne s’aventurent pas. De là, découle une richesse indissociable à cette indisposition à pouvoir se transposer dans une autre région du monde. Ce qui explique leur caractère relativement confidentiel.

Dans le Piémont la renaissance des cépages blancs longtemps ignorés, a toujours obéi au même mécanisme de résurrection.

Invariablement, l’épiphanie des vieux cépages indigènes met en jeu l’abnégation d’un vigneron à vouloir exhumer la noblesse insoupçonnée d’un plant décrié.

Les frères Damonte pour l’arneis, Walter Massa pour le timorasso, sont les exemples notables d’un regain de popularité obtenu grâce au dévouement de vignerons visionnaires, s’imposant avec le temps comme les orfèvres incontestés de ces cépages indigènes.

S’agissant du vernaccia di San Gimignano, son destin s’est étroitement associé au travail de Simone Santini passé maître dans l’art d’appréhender un cépage à rebours du goût contemporain.

Il y a ainsi dans la récente consécration du vernaccia une gloire particulière à triompher sans rien renier des attributs répudiés pourtant par la plupart des consommateurs.

Loin de masquer l’amertume, le serviteur en chef du vernaccia le magnifie au moyen d’un élevage sur lie fine, qui exhausse les saveurs d’un vin richement texturé et affirme par la même, la signature différenciée de ce cépage.

Le retour en grâce du vin de lieu  

Mais la personnalité du vernaccia qui descend probablement d’un plant originaire du Haut-Adige (le vernatsch ou trollinger) à l’origine de vins rouges légers et friands, serait incomplète sans le rappel de la ville pittoresque qui signe son identité paysagère : San Gimignano.

L’association d’un cépage casanier à la grande histoire de la cité toscane hérissée de ses grandioses tours seigneuriales, réunit de fait les composantes fondamentales participant de la naissance d’un vin de lieu :

Au-delà des spécificités propres au terroir, le vin de lieu se charge d’une matrice paysagère identitaire qui ancre son particularisme au cœur d’un territoire historique. Ce lien diablement intimiste est le seul à même de pouvoir recréer une relation directe au pays lors de sa dégustation. Mais cela suppose de la part du dégustateur une connaissance préalable de son environnement s’il veut en savourer tout son plaisir. N’en déplaise aux grands érudits de la dégustation cette catégorie bien spécifique  de vin nous rappelle ainsi que l’essence d’un vin se capte non pas dans sa description aromatique mais dans la toile de fond historique et culturelle du terroir qui l’a vu naître.

À la différence des très grands vins du monde l’inattendue reconnaissance de la Revue Decanter pour le vernaccia repose certes sur d’exceptionnelles qualités de raffinement, mais celles-ci tiennent davantage à cet incroyable don pour retranscrire avec force authenticité l’expression du lieu !

Raphno

Crédit photos : DR
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