Régionales 2021. Valérie Hamon (Lutte Ouvrière) : « Si je suis élue demain, ce sera pour être au sein du Conseil Régional les yeux et les oreilles des travailleurs » [Interview]

A LA UNE

La campagne électorale pour les élections régionales rentre dans ses dernières semaines. Les panneaux électoraux vont commencer à être remplis des affiches des candidats. De notre côté, après avoir interrogé Daniel Cueff (« Bretagne ma vie »), Gilles Pennelle (Rassemblement national) , Yves Chauvel (« La Bretagne en héritage »), Thierry Burlot (« Nous la Bretagne »), Isabelle Le Callennec (« Hissons haut la Bretagne »), David Cabas (Debout la Bretagne), au tour de Valérie Hamon (Lutte Ouvrière) de répondre à nos questions.

Breizh-info.com : Lutte Ouvrière militant toute l’année sur le terrain, peut-on parler de « campagne électorale » vous concernant, ou bien rien ne change dans votre façon de faire ?

Valérie Hamon (Lutte Ouvrière) : Les élections sont l’opportunité d’appeler un large public de travailleurs à faire un geste d’affirmation d’un camp social et politique, celui des travailleurs. Car on a bien vu qui faisait face à l’épidémie, qui continuait à assurer les tâches nécessaires, ces caissières, ces camionneurs, ces ouvriers, ces soignants. Ce sont les travailleurs qui savent prendre leurs responsabilités, ce sont les travailleurs qui assument l’intérêt collectif, et cela malgré la mainmise capitaliste sur nos vies et à tous les niveaux. Alors il faut qu’ils affirment leurs intérêts, face à tout ce cirque électoral mené par ceux qui rivalisent pour ne faire finalement que servir la classe possédante.

Breizh-info.com : Quel bilan dressez-vous du conseil régional sortant ? Plusieurs candidats dénoncent une forme d’opacité dans la gestion des affaires courantes – mais aussi des attributions et du suivi des subventions. Que pouvez-vous dire là-dessus ?

Valérie Hamon (Lutte Ouvrière) : C’est toute la société qui est opaque quand il s’agit des affaires de la bourgeoisie ! N’avez-vous pas entendu la ministre déléguée de l’industrie Pannier-Runacher elle-même dire à la radio qu’elle n’avait « pas le droit » de divulguer les montants des contrats signés par les Etats européens avec les firmes pharmaceutiques pour l’obtention des doses de vaccins ? Oui, les capitalistes font profit de tout, mais à l’abri des regards, et la loi leur garantit le secret de leurs affaires contre la population, les travailleurs et tous les lanceurs d’alerte éventuels. Pour une réelle transparence économique, les travailleurs devront imposer collectivement leur contrôle sur la gestion des entreprises, il n’y a pas d’autre force sociale capable de le faire.

Breizh-info.com : Tout le monde se précipite actuellement au chevet des Fonderies de Bretagne. Quelle est votre position sur cette crise sociale majeure ?

Valérie Hamon (Lutte Ouvrière) : Les travailleurs de la Fonderie de Bretagne sont dans leur cinquième semaine de grève. Ils luttent pour préserver leurs emplois et leurs salaires, contre la décision du groupe Renault de se débarrasser du site de Caudan et de ses 350 salariés, dans la cadre d’un plan de 15000 suppressions d’emplois. Ces salariés ont mille fois raison de ne pas accepter de faire les frais des choix de Renault, qui a accumulé 24 milliards de profits ces dix dernières années, et a donc largement de quoi payer.

Les fondeurs de Caudan se sont fait entendre ces dernières semaines en organisant plusieurs manifestations, en retardant le début d’un match de football à Lorient. Leur lutte reçoit l’assentiment de nombreux travailleurs, dans cette période où le patronat et le gouvernement sont à l’offensive pour faire payer la crise à la classe ouvrière.

Les travailleurs ne peuvent compter que sur leurs luttes pour défendre leurs intérêts. Les candidats aux régionales qui tentent de proposer des solutions ne s’intéressent bien souvent au sort des salariés qu’en période électorale, avant de servir les intérêts du grand patronat une fois élus.

Face à la crise qui s’approfondit et que les capitalistes entendent leur faire payer, les travailleurs doivent se préparer à défendre leurs intérêts, comme le font aujourd’hui les salariés de la Fonderie de Bretagne.

Breizh-info.com : Quelles sont les principales propositions que vous voulez faire pour le conseil régional de Bretagne, si demain vous êtes élue ?

Valérie Hamon (Lutte Ouvrière) : Si je suis élue demain, ce sera pour être au sein du Conseil Régional les yeux et les oreilles des travailleurs, pour y prendre position en fonction de ce que je pense être leurs intérêts collectifs fondamentaux, sachant que l’incidence des décisions du Conseil Régional sur la vie quotidienne des exploités est faible, sans commune mesure avec ce que les travailleurs obtiendront eux-mêmes par leurs luttes face au patronat.

Le gouvernement, par exemple, fait des discours sur les droits des femmes. Mais croyez-vous que cela convainque le richissime groupe hôtelier Accor de payer dignement ses femmes de chambre ? Non. C’est la lutte grévistes des femmes de ménage qui a contraint Accor à leur accorder de meilleurs salaires, pas la loi ni le gouvernement !

Mon élection au Conseil Régional ne pourrait qu’encourager au développement de telles luttes.

Breizh-info.com : Quelle est votre position sur la réunification de la Bretagne ?

Valérie Hamon (Lutte Ouvrière) : C’est un hochet qui flatte le chauvinisme le plus étroit. Peut-on croire qu’un travailleur allant pointer à Pôle Emploi à Saint-Nazaire y serait mieux reçu si la Loire-Atlantique était bretonne, qu’il trouverait plus vite un travail ?! Les emplois sont menacés de toute part, les travailleurs sont attaqués sur leurs congés, sur leur salaire, et ils devraient se préoccuper des contours administratifs de la région ? A d’autres !

Breizh-info.com : Quelle est votre position sur les langues de Bretagne ?

Valérie Hamon (Lutte Ouvrière) : Les langues, même les langues mortes, font partie du patrimoine culturel de l’humanité et, à ce titre, méritent de pouvoir être étudiées par qui le souhaite.

Le français, ultra majoritairement utilisé au quotidien dans cette région, au travail et ailleurs, est, de fait, celle qui est indispensables aux échanges quotidiens. L’école doit être dotée des moyens pour que chaque jeune en acquière une bonne maîtrise, comme pour acquérir la maîtrise d’autres langues.

Mais le langage le plus universel que je souhaite voir se développer avant tout, c’est celui de la lutte des classes.

Breizh-info.com : Quelle est votre position sur le modèle agricole breton ?

Valérie Hamon (Lutte Ouvrière) : Le capitalisme a bousculé les traditions, fait de l’agriculture une activité intégrée au marché mondial, soumise comme toutes les industries à la loi du profit. Concentration du pouvoir économique aux mains de quelques groupes ; des exploitants agricoles « uberisés », assujettis par les donneurs d’ordre et les banques ; des salariés venus de tous les continents : ce n’est donc pas un « modèle breton », mais la jungle capitaliste qui nourrit quelques fortunes en exploitant les travailleurs dans ses abattoirs, ses fermes et ses champs.

Le développement durable, le nouvel horizon « officiel » de l’agriculture dans la crise environnementale, restera un mot creux tant que la société voudra laisser aux mains des capitalistes les rênes de l’économie.

Breizh-info.com : Quelle est votre position sur la question des éoliennes, en terre comme en mer ?

Valérie Hamon (Lutte Ouvrière) : Seule une société débarrassée du profit capitaliste permettra à la population de mener la gestion des ressources énergétiques et de l’environnement de façon vraiment transparente et démocratique, sans que les décisions ne soient entachées par l’intervention d’intérêts inavouables. Même lorsqu’on consulte la population, et c’est loin d’être toujours le cas, c’est l’intérêt du capital qui, au final, emporte la décision.

La méfiance de la population envers les fermes d’éoliennes rejoint à cet égard celle contre bien d’autres produits de l’industrie, et jusqu’aux vaccins : une méfiance qui peut parfois paraître à courte vue et non dénuée d’égoïsme (« pas dans mon jardin »), mais qui repose sur une réalité tout de même : ce que les grands groupes de l’industrie capitaliste fabriquent, ce n’est pas d’abord pour le bien-être des populations, c’est d’abord pour le profit !

Breizh-info.com : la question de la spéculation immobilière sur les Côtes bretonnes préoccupe également à l’heure actuelle. Que pensez-vous de l’idée de créer un statut de résident qui donne priorité immobilière à ceux qui vivent en Bretagne ? 

Valérie Hamon (Lutte Ouvrière) : La spéculation est inhérente au capitalisme, c’est même le fondement de son économie. Au nom de la petite propriété menacée par la propriété plus grosse, le « statut de résident » ne défend rien sinon la propriété privée.

Le grand nombre, lui, n’a pas de quoi devenir propriétaire, ni dans la zone côtière, ni ailleurs. Ce fameux « statut de résident » lui ferait une belle jambe, ce n’est pas ça qui lui donnera de quoi payer son loyer !

La spéculation immobilière, à laquelle des petits propriétaires « locaux » ne dédaignent pas de prendre part, se traduit par la dégradation des conditions de vie de nombre de travailleurs : le prix du logement en ville monte et chasse les petits salaires vers la périphérie, de plus en plus loin, avec l’aberration du temps quotidien passé dans des transports et des routes saturés aux horaires d’embauche et de sortie du travail.

Breizh-info.com : Sur la question de l’accueil des migrants, ce sont essentiellement les départements qui gèrent ces questions. Mais que comptez-vous faire alors que l’État semble vouloir en imposer beaucoup plus à la Bretagne ? A force de s’ouvrir, la région Bretagne ne risque-t-elle pas de subir les mêmes maux que ceux qui existent depuis 20-30 ans en France et qui provoquent des crispations de plus en plus fortes ? La gauche ou l’extrême gauche se voient souvent reprocher de faire le jeu du grand patronat en militant pour l’accueil inconditionnel des migrants, ce qui pèse sur les salaires. Quelle est la position de LO sur le sujet ?

Valérie Hamon (Lutte Ouvrière) : Pour résumer la teneur de votre question, « les communistes révolutionnaires font le jeu du grand patronat car les migrants dont ils sont solidaires tirent les salaires vers le bas. » Ceux qui manient de telles formulations pourraient aussi bien permuter les termes et reprocher au grand patronat de faire le jeu des communistes car en versant un salaire, ils attirent des migrants qui, de ce fait, viennent renforcer numériquement la classe ouvrière » bref, ils travaillent à hâter la révolution sociale !

Mais cette seconde version contient sans doute trop de vérité pour que ces gens-là la reprennent à leur compte… car pas question pour eux de formuler des reproches à l’encontre du grand patronat : terrain trop glissant !

Ne pas dire que par sa soif de profit, le grand patronat « pèse sur les salaires », non ! Mieux vaut suggérer que le responsable des payes minables n’est pas celui qui en décide, mais le migrant !

La position de LO est simple : les travailleurs, par-delà toutes les différences, qu’elle soit de nationalité, de confession religieuse, d’ancienneté dans le métier ou de résidence dans le pays, de statut ou que sais-je encore… les travailleurs ont le même intérêt commun d’exploités qui les oppose aux intérêts des exploiteurs, à ceux de la grande bourgeoisie. Tout ce qui tend à diviser les travailleurs, à les placer en concurrents les uns des autres, affaiblit leur conscience et leur unité et mine leur position face à la classe possédante. Et nous combattons cela. Pas de frontières entre les travailleurs !

Nous défendons donc pour tous les travailleurs la liberté de circulation et d’installation là où ils le souhaitent.

Breizh-info.com : Qu’attendez vous des élections régionales qui arrivent ?

Valérie Hamon (Lutte Ouvrière) : Qu’elles permettent à un maximum de travailleurs et de laissés pour compte révoltés par cette société de le manifester par leur vote pour notre liste.

Propos recueillis par YV

Crédit photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2021, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

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4 Commentaires

  1. les yeux et les oreilles !
    pas les mains pour agir ou les pieds pour détruire la fourmilière des exploiteurs ! dommage

  2. Quel dommage ! Elle est très lucide concernant le capitalisme, jusqu’à l’avant-dernière réponse, où elle capitule devant la ligne d’arrivée, à cause de 50 ans de bourrage de crâne du capitalisme international qui prêche :
    – la « liberté de circulation » : l’élargissement du marché de l’emploi à l’infinité de sous-prolétaires du tiers-monde (qui va de pair avec la concentration oligarchique des propriétaires).
    – la « liberté d’installation » : la collectivisation des dépenses faramineuses de logement, d’éducation et d’intégration des masses immigrées (qui va de pair avec la privatisation des profits).
    On aura du mal à trouver des exemples probants d’États communistes qui aient organisé une immigration de masse venant de l’étranger. Pratiquement toute l’histoire de l’immigration moderne dérive de la domination capitaliste. Tout simplement parce qu’elle constitue « l’armée de réserve » du capital. Marx et Engels, contrairement à ce que font croire les marxistes officiels, étaient contre l’immigration qu’ils avaient bien cernée, commentant le cas de l’Irlande au XIXe siècle. Ils avaient même, grâce à la Première Internationale, organisé la fin de l’immigration flamande dans quelques usines d’Angleterre.
    Il est évident qu’il faut présenter un front uni face aux possédants, ce qui implique de tolérer des gens très différents de nous. Mais croire un instant que l’immigration de masse de sous-prolétaires va hâter la réappropriation des moyens de production par les prolétaires, relève du pur délire et elle-même le sait, car on le fantasmait déjà il y a 40 ans et on voit ce qui arrive actuellement. Alors Bonne chance…

    • Vous avez quel age Pére Yann ? .. possédants, sous-prolétaires, concentration oligarchique et le Saint des Saint de la langue de bois bolchévique l´expression :  » réappropriation des moyens de production  » … un baratin idéologique des années 1950.
      C´est fini tout ce délire, je vis depuis de nombreuses années en Europe Centrale dans des pays ex-communistes et votre langue de bois que je viens de traduire a des amis présents dont les parents ont vécus vos délires communistes dans la REALITE, et bien ca ne les fait pas du tout rire.

      • Et votre ami, ils expliquent comment que les peuples de l’ Europe de l’Est sont nostalgiques de cette périodes d’après différentes sondages?

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