L’homme poignardé lundi 9 juin dans le nord de Belfast par Hadi Alodid, un réfugié soudanais de 30 ans mis en examen pour tentative de meurtre, n’en était pas à sa première épreuve. Stephen Ogilvie, 44 ans, avait survécu vingt-cinq ans plus tôt à une attaque d’une barbarie exceptionnelle commise par des membres se réclamant d’un gang paramilitaire nord-irlandais, et opérant en Écosse.
Un passé marqué par une violence extrême
En 2001, alors qu’il vivait en Ecosse, à Livingston, dans le West Lothian, Stephen Ogilvie — qui souffre de difficultés d’apprentissage — avait été pris pour cible par David McLeave, un dealer de 21 ans originaire de Belfast à la tête d’un réseau criminel implanté dans le quartier de Calders à Édimbourg. McLeave lui avait administré du GHB, la drogue du viol, avant de le déshabiller, de lui verser de l’after-shave sur le corps et d’y mettre le feu pendant qu’il regardait la télévision. Ogilvie s’était réveillé en flammes. La scène avait été filmée par les membres du gang.
Devant le tribunal, il avait déclaré : « Mes nerfs sont à vif. J’ai peur. »
Un gang se réclamant de l’UVF
L’affaire avait révélé l’existence d’un réseau criminel structuré, composé d’une demi-douzaine de jeunes hommes originaires de Belfast qui se réclamaient de l’UVF (Ulster Volunteer Force) pour terroriser les habitants du quartier et les contraindre à dealer depuis leurs propres domiciles, sous la surveillance permanente de membres du gang. Le juge Lord Hardie avait souligné lors du procès que la bande contrôlait les lieux jour et nuit, utilisait des scanners pour capter les fréquences radio de la police et changeait régulièrement de planque pour éviter les arrestations.
En avril 2003, le tribunal de grande instance de Glasgow avait condamné McLeave à quatorze ans de prison pour douze chefs d’inculpation incluant violences graves et infractions aux législations sur les stupéfiants. Ses complices — Thomas Irvine, Edward Lindsay, Lee Kinghan et les frères Barry et Paul Campbell — avaient écopé de peines allant de six à dix ans et demi.
Lundi soir, une nouvelle agression
Vingt-cinq ans après ces faits, Stephen Ogilvie se trouvait lundi soir sur Kinnaird Avenue dans le nord de Belfast. Selon les éléments disponibles, il connaissait son agresseur et tentait de l’aider à s’installer dans l’immeuble qu’ils partageaient. Hadi Alodid l’a poignardé au visage, au cou et dans le dos. Ogilvie a perdu l’usage d’un œil. Il demeure hospitalisé dans un état grave.
Alodid, arrivé en Irlande du Nord en février 2023 via Dublin après un vol depuis Paris, avait obtenu en septembre de la même année un titre de séjour valable jusqu’en 2028 dans le cadre d’une procédure accélérée depuis abandonnée. Comparaissant devant le tribunal de Belfast, il a refusé toute représentation juridique et n’a fait aucune déclaration, s’exprimant uniquement par le biais d’un interprète en arabe, avant d’être placé en détention provisoire.
La famille d’Ogilvie a publié un communiqué demandant le calme et condamnant les violences commises en réaction à l’agression, précisant que leur seule priorité était d’être au chevet de leur proche pour l’aider à se rétablir.
Photo : breizh-info.com (TDR)
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