Belfast : deuxième nuit d’émeutes, canons à eau, balles en plastique et liste de cibles — la ville paralysée

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La deuxième nuit de troubles à Belfast, dans la nuit du mercredi 10 au jeudi 11 juin, a été moins dévastatrice en termes de dégâts que la précédente, mais plus organisée et plus tendue dans son déroulement. Le principal foyer de violence s’est déplacé vers Newtownabbey, au nord de Belfast, où des émeutiers masqués ont tenté de marcher sur un hôtel soupçonné d’héberger des demandeurs d’asile, affrontant pendant plusieurs heures un dispositif policier sans précédent.

Un foyer principal : l’hôtel Chimney Corner

Dès 19h45, environ 200 personnes vêtues de noir et le visage masqué se rassemblaient sur le rond-point de Sandyknowes sur la route d’Antrim, à Newtownabbey. Leur objectif : atteindre l’hôtel Chimney Corner, situé à quelques centaines de mètres, où des demandeurs d’asile seraient logés aux frais de l’État. La police antiémeutes de la PSNI, déployée en masse derrière une ligne de Land Rovers blindés, leur a barré la route.

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Ce qui a suivi ressemble à une véritable guérilla urbaine. Des briques ont été arrachées aux murs des propriétés voisines. Des pavés ont été fracassés au marteau pour créer des projectiles. Des poubelles ont été incendiées puis utilisées comme barricades enflammées. Un camion appartenant au Département des infrastructures du gouvernement nord-irlandais a été mis à feu. Une fourgonnette a été détournée, incendiée et poussée vers les lignes de police. Un bâtiment abandonné proche d’une station-service a failli prendre feu, la police tirant des balles en plastique en l’air pour écarter les émeutiers, de crainte que l’incendie ne se propage aux cuves de carburant.

À 20h15, le canon à eau a été déployé pour la première fois depuis le début des troubles — et a repoussé les assaillants à plusieurs reprises au fil de la soirée. L’opération policière s’est progressivement étendue sur plusieurs centaines de mètres le long de la route d’Antrim, les forces de l’ordre repoussant la foule pied à pied. Vers 23h30, le secteur était maîtrisé, les émeutiers dispersés et les pompiers à l’œuvre pour éteindre les derniers foyers.

Les autres points chauds de la nuit

La violence ne s’est pas limitée à Newtownabbey. À Portadown, la police antiémeutes a été déployée dans la rue Church. Un émeutier s’est lui-même mis en feu en tentant de lancer un cocktail Molotov. Une maison a été attaquée à l’aide d’une bombe incendiaire dans le secteur de Mandeville Street. À Derry/Londonderry, des poubelles ont été incendiées à la jonction Church Brae sur la route d’Ardmore, dans un quartier loyaliste. À Coleraine, environ 100 personnes se sont rassemblées près de résidences étudiantes proches de l’Université d’Ulster avant de se disperser sans violence majeure.

À Stormont, une douzaine de personnes seulement se sont présentées devant la statue d’Edward Carson — le père politique de l’unionisme nord-irlandais — après qu’une convocation très partagée sur les réseaux sociaux n’a attiré presque personne. L’un des participants a confié à la BBC avoir l’impression d’avoir été « arnaqué » par une fausse affiche. À Belfast même, un rassemblement prévu devant l’Hôtel de Ville en fin d’après-midi a réuni… trois personnes.

En Écosse, des troubles ont également eu lieu à Glasgow mardi soir, faisant trois arrestations et cinq blessés — dont des membres du public agressés en raison de leur couleur de peau, selon la police écossaise.

La liste de cibles : un palier franchi

Une liste d’adresses résidentielles de Belfast, présentée comme celle de foyers de migrants, a circulé massivement sur la plateforme X et via des messageries. La PSNI a qualifié ce document de « totalement inacceptable », indiquant avoir reçu des appels de familles « extrêmement perturbées » dont les adresses figuraient sur cette liste. Elle a prévenu que toute personne diffusant cette liste pouvait se rendre coupable d’une infraction pénale.

Le régulateur britannique des communications, l’Ofcom, a confirmé que certains des désordres observés à Belfast avaient été « incités en ligne », incluant des attaques à caractère racial, des incendies criminels et des attaques contre la police. Il a contacté les principales plateformes concernées pour exiger le respect du Online Safety Act — la loi britannique sur la sécurité en ligne. Le gouvernement a annoncé qu’il présenterait dès la semaine suivante au Parlement une mise à jour de cette loi pour obliger les plateformes à retirer plus rapidement les contenus illégaux en période de crise.

La paralysie de Belfast a été quasi totale dans l’après-midi et la soirée du mercredi. Les transports publics ont suspendu leurs services dès 17h pour les bus et 18h pour les trains. Près de vingt lignes de Dublin Bus ont été déviées. Des commerces ont fermé prématurément, certains barricadant leurs vitrines. Des écoles sont restées fermées. Le Grand Opera House de Belfast a annulé deux représentations supplémentaires de la comédie musicale Mean Girls.

Les directeurs des établissements de santé d’Irlande du Nord ont publié une déclaration commune exprimant leur inquiétude face à des personnels soignants étrangers « trop effrayés pour venir travailler ». Dans un pays où le système de santé dépend massivement de recrutements internationaux, la portée de cette déclaration dépasse le seul contexte des émeutes.

La famille de Stephen Ogilvie — la victime de l’attaque de lundi, toujours hospitalisé dans un état stable après avoir perdu son œil gauche — qui serait une famille catholique et républicaine (à prendre avec des pincettes) a publié un second communiqué mercredi soir, plus ferme encore que le premier et visant les émeutiers, principalement unionistes et loyalistes. Elle se dit « dégoûtée » par les scènes de violence commises en réponse à l’attaque. Elle a demandé explicitement que ces actes ne soient pas poursuivis « au nom de notre proche, car nous ne partageons pas les mêmes valeurs ». Elle a également dénoncé la circulation de fausses informations sur son état de santé, précisant qu’il était stable et demandant le respect de sa vie privée. A voir si ce communiqué a été rédigé sous pression, ou des autorités, ou de la communauté républicaine militante d’Ardoyne – des tensions existeraient actuellement entre Républicains de gauche et une partie de la jeunesse républicaine, anti immigration.

La question politique : « Backdoor » — la porte dérobée de l’immigration

Le débat politique le plus significatif de la journée n’a pas eu lieu dans la rue. Le ministre de l’Éducation d’Irlande du Nord, Paul Givan du DUP — le Parti unioniste démocrate — a déclaré sur la BBC que « l’Irlande du Nord est une porte dérobée vers le Royaume-Uni » et que l’arrivée de Hadi Alodid via Paris puis Dublin représentait « un échec catastrophique de la protection des frontières ». Un constat que son parti formule depuis des années et que les événements de cette semaine viennent brutalement confirmer.

Rappelons que l’agresseur est entré au Royaume-Uni par bus depuis Dublin en février 2023, sans contrôle d’identité, au titre de la Zone de voyage commun — accord de libre circulation entre la République d’Irlande et le Royaume-Uni remontant à 1922. Il a obtenu un visa de cinq ans sept mois après son arrivée.

Face à cela, Keir Starmer a accusé Reform UK d’avoir « attisé la peur ». La cheffe de l’opposition conservatrice Kemi Badenoch a estimé que les Britanniques avaient « le droit d’être en colère ». Le gouffre politique entre gouvernement et opinion sur cette question n’a jamais été aussi visible.

L’été va être chaud.

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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