Kent Island : l’histoire presque oubliée de la première colonie anglaise du Maryland

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Plymouth, Jamestown — ce sont les noms que l’on retient quand on évoque les premières colonies anglaises d’Amérique du Nord. Mais il en existe une autre, moins connue, dont l’histoire mêle exploration, commerce, guerre navale et querelles juridiques sur fond de rivalités religieuses : Kent Island, au cœur de la baie de Chesapeake, dans l’actuel Maryland.

Un aventurier venu du Kent

Tout commence avec William Claiborne, natif du comté de Kent en Angleterre, débarqué en Virginie en 1621 à l’âge de vingt et un ans comme arpenteur colonial. Inspiré par les cartes et récits de John Smith qui avait exploré la baie de Chesapeake, il sillonne la région, noue des relations avec les tribus amérindiennes et obtient en 1627 une licence commerciale pour la baie.

C’est dans ce cadre qu’il repère la plus grande île de la Chesapeake et y établit en août 1631 une colonie au nom de la Virginie, qu’il baptise Kent Fort en référence à sa terre natale. Il débarque avec seize hommes et une femme sous contrat d’engagement, auxquels s’ajoutent sept employés. La petite communauté bâtit une église, un moulin à vent, un fort palissadé et un entrepôt à fourrures, cultive du maïs et du tabac, élève du bétail.

La famille Calvert entre en scène

Pendant ce temps, en Angleterre, la famille Calvert — catholique, titrée Lord Baltimore — obtient du roi Charles Ier une charte royale pour un vaste territoire situé au nord de la Virginie : ce qui deviendra le Maryland. Les deux côtés de la baie de Chesapeake en font partie — y compris Kent Island, déjà occupée par Claiborne depuis deux ans.

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En 1634, les frères Leonard et George Calvert s’installent à St. Mary’s City, sur le rivage du Potomac, et informent Claiborne qu’il est désormais locataire de leur territoire. Ses profits commerciaux avec les Amérindiens leur appartiendraient de droit.

La première bataille navale d’Amérique du Nord

Claiborne refuse catégoriquement de reconnaître l’autorité des Calvert. Les tensions montent, jusqu’à dégénérer en affrontements armés. Le 23 avril 1635, sur la rivière Pocomoke, une sloop armée de Claiborne repère un navire du Maryland. L’escarmouche qui s’ensuit — connue sous le nom de bataille de Pocomoke Sound — fait plusieurs morts des deux côtés et reste l’une des premières batailles navales enregistrées sur les côtes nord-américaines entre Anglais.

Quelques mois plus tard, le beau-frère de Claiborne s’empare d’un navire maryland chargé de marchandises. Ces actes valent à ses associés d’être officiellement condamnés comme « pirates et meurtriers » par l’assemblée générale du Maryland — premiers pirates documentés de la Chesapeake.

Une dispute qui dure vingt ans

Claiborne perd sur tous les fronts. Ses biens sont confisqués, sa réputation détruite. Pendant qu’il plaide sa cause en Angleterre en 1638, les Calvert occupent Kent Island. La dispute juridique ne sera définitivement tranchée qu’en 1652 — vingt et un ans après la fondation de Kent Fort — par les tribunaux anglais, en faveur des Calvert.

Mais un descendant de Claiborne contestera encore en 1917 la légitimité de cette décision, arguant que la charte des Calvert ne portait que sur des terres « non encore cultivées et en possession de sauvages » — or Kent Island possédait déjà une église et un pasteur protestant à leur arrivée. Pour lui, l’occupation de Kent Fort par les Calvert fut « un acte de vol injustifiable ».

Un site à préserver

Aujourd’hui, l’emplacement approximatif de Kent Fort est signalé par une simple pierre dans ce qui est devenu des terres agricoles. L’emplacement précis reste inconnu des historiens et des archéologues, même si des découvertes de perles de verre fusionnées et des documents d’archives en indiquent la localisation générale. Une collaboration entre les propriétaires actuels des terrains et la communauté archéologique sera nécessaire pour lancer des fouilles avant que cette mémoire ne soit définitivement perdue.

Kent Island reste ainsi ce qu’elle a toujours été : la plus ancienne colonie anglaise de l’actuel Maryland, injustement oubliée au profit de ses illustres contemporaines.

Photo : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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