L’organisation Prisoners Defenders, qui documente depuis plusieurs années la situation des prisonniers politiques cubains, vient de publier un rapport technique d’une rare gravité sur les conditions alimentaires et sanitaires dans les prisons de l’île. À partir de témoignages directs, de photographies et d’analyses nutritionnelles précises, l’ONG conclut que la ration quotidienne servie aux 90 000 détenus cubains ne couvre que 10 à 14 % des besoins caloriques d’un adulte sédentaire – un niveau qualifié d’incompatible avec la préservation de la santé humaine.
Une ration estimée à 250-353 kilocalories par jour
Le chiffre, à lui seul, donne la mesure du scandale documenté. Selon les estimations prudentes du rapport, fondées sur des photographies, des témoignages de détenus et de leurs proches, croisés avec les tables officielles de composition des aliments, la ration quotidienne servie dans les prisons cubaines fournit entre 250 et 353 kilocalories par jour. À titre de comparaison, un homme adulte sédentaire a besoin d’environ 2 553 kilocalories quotidiennes. Le seuil minimal de planification utilisé dans les contextes d’urgence humanitaire – guerres, famines, catastrophes – est lui-même fixé à 2 100 kilocalories par personne.
Autrement dit, les prisonniers cubains reçoivent une fraction de ce que la communauté internationale considère comme le strict minimum vital dans des situations de crise majeure. Le rapport souligne qu’il ne s’agit pas d’une carence ponctuelle ni d’un régime simplement insuffisant au sens ordinaire : c’est une pratique durable de privation nutritionnelle qui place méthodiquement les corps en état de sous-alimentation sévère.
Les carences ne se limitent pas aux calories. La ration documentée ne couvre que 12 à 18 % des apports protéiques de référence, 4 à 9 % des fibres, à peine 0 à 1 % de la vitamine C, 0 à 4 % de la vitamine A, 0 à 13 % de la vitamine B12 et 8 à 13 % du calcium. Une combinaison qui dessine un tableau classique de malnutrition protéino-énergétique sévère assortie de carences multiples en micronutriments essentiels.
Le cas Alexander Díaz Rodríguez, illustration glaçante d’un système
L’organisation cite le cas d’Alexander Díaz Rodríguez, prisonnier politique du mouvement du 11 juillet 2021 – ces manifestations populaires qui avaient massivement contesté le régime castriste et déclenché une vague d’arrestations sans précédent. Détenu à la prison Kilo 5 y medio de Pinar del Río, dans l’ouest de l’île, il a été libéré le 12 avril 2026 dans un état de dégradation physique extrême.
Le diagnostic posé pendant son incarcération ressemble à un acte d’accusation : cancer de la gorge à un stade avancé, anémie, malnutrition extrême, hépatite B et plusieurs autres affections graves. Prisoners Defenders se garde, par rigueur méthodologique, d’établir une causalité directe entre les conditions de détention et le cancer du prisonnier. Mais l’ONG souligne combien l’absence d’alimentation correcte, l’insalubrité et le défaut total de soins médicaux conjuguent leurs effets pour détruire ou aggraver gravement la santé d’hommes et de femmes incarcérés pour leurs opinions politiques.
Les conséquences cliniques d’une privation prolongée
Sur le plan médical, les conséquences prévisibles d’un tel régime sont documentées avec précision. L’organisme contraint à puiser dans ses propres réserves consume d’abord son glycogène et ses tissus adipeux, puis attaque la masse musculaire et les protéines fonctionnelles. Le résultat : perte de poids extrême, sarcopénie sévère, faiblesse généralisée, intolérance au froid, hypotension, effondrement des capacités physiques.
La carence quasi-totale en vitamine C expose les détenus aux saignements gingivaux, à la fragilité capillaire, aux hématomes spontanés, aux douleurs ostéomusculaires et, à terme, au scorbut – maladie que l’on croyait reléguée aux récits des marins du XVIIIᵉ siècle. L’insuffisance en thiamine ouvre la voie aux troubles cognitifs, à la confusion, aux atteintes cardiaques et à des syndromes apparentés au béribéri. La carence en fer, aggravée par l’absence de vitamine C qui en favorise normalement l’absorption, entraîne une anémie ferriprive avec ses cohortes de fatigue chronique et de troubles cognitifs. Les défauts en folates et en vitamine B12 produisent quant à eux une anémie mégaloblastique et des troubles neurologiques sévères.
Le rapport conclut, sans détour, que cinq années passées exclusivement sous une telle ration sont incompatibles avec la préservation de la santé. La projection cumulative inclut le marasme, la sarcopénie sévère, l’immunodépression chronique, la mauvaise cicatrisation, la détérioration neurocognitive et une vulnérabilité extrême face à toutes les infections.
Un environnement carcéral qui démultiplie les souffrances
À la malnutrition s’ajoutent des conditions d’hygiène dégradantes. Les enquêteurs documentent notamment des infestations massives de punaises de lit dans les structures de couchage, les matelas et les cellules. Si ces parasites ne transmettent pas de maladies à proprement parler, leurs piqûres incessantes provoquent démangeaisons chroniques, perte de sommeil, lésions cutanées, surinfections bactériennes et charge psychologique considérable. Chez des détenus déjà affaiblis par la faim, l’anémie et l’absence de soins, ces infestations deviennent un facteur supplémentaire d’effondrement physique et mental.
L’absence de prise en charge médicale sérieuse complète le tableau. Les blessures et maladies ordinaires deviennent, dans ce contexte, des menaces vitales.
90 000 prisonniers, soit 1 % de la population cubaine
Les chiffres rapportés par l’organisation, croisés avec les données du World Prison Brief, sont vertigineux. Cuba compte environ 90 000 personnes privées de liberté – chiffre qui n’inclut même pas les détenus placés dans les camps de travail. Pour une population nationale d’environ neuf millions d’habitants en 2026, cela représente près de 1 % de la population cubaine derrière les barreaux, soit l’un des taux d’incarcération les plus élevés au monde, comparable à celui des États-Unis et largement supérieur à la moyenne européenne.
Cette ampleur transforme la question alimentaire et sanitaire en problème structurel d’État, et non en série d’incidents isolés. Si les conditions documentées sont représentatives de l’ensemble du système pénitentiaire cubain – et tout indique qu’elles le sont – on parle d’une exposition massive et systématique à des traitements pouvant juridiquement être qualifiés de cruels, inhumains ou dégradants au sens du droit international.
Trente-quatre prisonniers politiques en danger de mort imminent
Au sein de cette population carcérale, Prisoners Defenders a identifié 34 prisonniers politiques dont la libération constitue selon l’ONG une urgence humanitaire absolue. Ces cas se répartissent en quatre catégories particulièrement alarmantes : des détenus atteints de pathologies graves les exposant à un risque de décès à court terme ; des mineurs incarcérés dans des prisons de haute sécurité ; des mères dont les enfants se retrouvent en situation d’orphelinage forcé ; et des prisonniers souffrant de troubles mentaux sévères, dépourvus de soins, et présentant un risque suicidaire élevé.
Plus largement, l’organisation a recensé 447 prisonniers politiques atteints de pathologies graves provoquées ou aggravées par les conditions de détention, ainsi que 47 personnes souffrant de troubles psychiatriques majeurs non traités.
Une violation manifeste du droit international
Le rapport établit que les conditions documentées constituent des violations caractérisées de l’ensemble des normes internationales applicables. Sont notamment bafoués le droit à une alimentation adéquate, le droit d’être à l’abri de la faim, le droit à la santé, le droit à un traitement humain pendant la détention et l’interdiction absolue des traitements cruels, inhumains ou dégradants.
Les Règles Nelson Mandela des Nations Unies, les Principes fondamentaux relatifs au traitement des détenus, ainsi que la Déclaration américaine des droits et devoirs de l’homme et les Principes de la Commission interaméricaine des droits de l’homme, sont tous violés de manière systématique par le régime castriste. Une alimentation gravement hypocalorique sur le long terme, des couchages infestés de parasites et l’absence de soins médicaux adéquats sont matériellement incompatibles avec les obligations minimales d’un État vis-à-vis des personnes qu’il prive de liberté.
Le silence assourdissant des progressistes occidentaux
Au-delà du constat médical et juridique, ce rapport interroge une fois de plus le silence persistant d’une partie de la gauche occidentale face aux pratiques d’un régime longtemps érigé en modèle de résistance à l’impérialisme américain. Pendant que certains intellectuels, artistes ou personnalités politiques continuent de célébrer la mémoire de Fidel Castro ou de relativiser la nature dictatoriale du régime cubain, 90 000 hommes et femmes survivent dans des conditions que l’ONU qualifie elle-même, par ses propres standards, de cruelles, inhumaines et dégradantes.
Les manifestants du mouvement du 11 juillet 2021, parmi lesquels figurent de nombreux jeunes Cubains noirs ou métis issus des quartiers populaires de La Havane et de Santiago, ont payé au prix fort leur audace d’avoir contesté pacifiquement le régime. Ils sont aujourd’hui réduits à la maigreur extrême, aux carences vitaminiques et aux maladies que la civilisation occidentale combattait déjà au XIXᵉ siècle.
Pour les démocraties européennes, et singulièrement pour celles qui partagent une histoire et des relations diplomatiques avec La Havane, ces 90 000 détenus en état de famine organisée constituent un défi moral autant que politique. Détourner le regard reviendrait à cautionner par inaction l’une des plus vastes violations contemporaines du droit à l’intégrité physique des personnes incarcérées. Le rapport de Prisoners Defenders a au moins le mérite de rendre toute ignorance feinte désormais impossible.
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5 réponses à “Cuba. 90 000 détenus en état de famine organisée : un rapport accablant dénonce un régime alimentaire incompatible avec la survie”
Il ne faut pas se faire d’illusion, Staline a exporté sa philosophie et sa façon de traiter les gens !
Et si on parlait du BLOCUS exercé par les USA depuis de décennies ???????????
Les prisons en France,c’est pas du tout ça !
On aimerait avoir le même rapport transmis par BI à propos des camps israéliens et des conditions de détention des palestiniens. Le camp de Sde Teiman par exemple. Et pourquoi pas Guantanano, camp américains en territoire cubain.
L’article à propos de Cuba a pour but de légitimer l’invasion de Cuba par les américains. Ceux-ci rêvent de reconstruire un lieu de bordels et de casinos comme du temps de Batista.
« La région du Grand Miami et Miami Beach abrite une communauté juive dynamique dont l’histoire culturelle remonte au XVIIIe siècle. Des musées et synagogues historiques aux restaurants casher et israéliens, en passant par les hôtels respectueux du Shabbat, un mémorial de l’Holocauste et de nombreux événements sociaux, nous avons rassemblé toutes les informations dont vous avez besoin pour vous immerger dans la vie juive de Miami. »
Ceux qui poussent Trump à envahir Cuba. Mafias juives en lutte avec les mafias italiennes. Une part du financement de l’AIPAC.