Coût de l’immigration : Éric Ciotti et l’UDR relancent leur projet de commission d’enquête

Publicité

Éric Ciotti, président du groupe Union des droites pour la République (UDR) à l’Assemblée nationale et désormais maire de Nice, a annoncé ce mercredi 29 avril 2026 sur les ondes d’Europe 1-CNews son intention de relancer une commission d’enquête parlementaire sur le coût de l’immigration en France. Une démarche qui marque un retour à un projet initialement déposé en juin 2025 mais provisoirement abandonné au profit de la commission sur l’audiovisuel public, dont les travaux viennent tout juste de s’achever avec l’adoption du rapport de Charles Alloncle. Les contraintes institutionnelles ne permettront cependant pas à cette nouvelle commission d’être lancée avant la rentrée parlementaire d’octobre 2026.

L’argument du décompte exact

L’argumentaire déployé par Éric Ciotti pour justifier cette commission tient en quelques formules choc, désormais bien rôdées. Il faut, selon le maire niçois, obtenir enfin la vérité des chiffres, après des années pendant lesquelles les pouvoirs publics auraient dissimulé l’ampleur réelle du phénomène. L’élu évoque en particulier l’arrivée d’environ quatre millions d’étrangers entrés légalement sur le territoire français depuis l’élection d’Emmanuel Macron en 2017, en soulignant que l’écrasante majorité d’entre eux ne viendraient pas pour travailler.

Le coût de l’immigration pour les finances publiques françaises est qualifié par Éric Ciotti de « gigantesque » et chiffré « à plusieurs dizaines de milliards d’euros » – sans toutefois que la fourchette précise soit donnée à ce stade. Le président de l’UDR pointe directement la responsabilité du chef de l’État, qu’il considère comme le principal artisan de cette situation. Une charge politique qui s’inscrit dans le contexte plus large des tensions diplomatiques actuelles avec l’Algérie et de la lettre adressée par Bruno Retailleau, président des Républicains, à Emmanuel Macron pour dénoncer l’absence de fermeté dans la gestion du dossier.

Publicité

Un retour à un projet temporairement écarté

Cette annonce ne sort pas de nulle part. Dès juin 2025, le groupe UDR avait déjà utilisé son droit de tirage – ce mécanisme permettant à chaque groupe d’opposition d’obtenir la création d’une commission d’enquête sur un sujet de son choix une fois par session parlementaire – pour déposer une proposition de résolution visant précisément à examiner le coût de l’immigration. La proposition avait été jugée recevable par la commission des Lois de l’Assemblée nationale dès le 9 juillet 2025.

Mais le contexte politique avait alors brusquement basculé. La diffusion d’extraits sonores d’une conversation captée à leur insu entre les journalistes Thomas Legrand et Patrick Cohen et deux responsables socialistes – conversation où ces journalistes du service public planifiaient ouvertement la déstabilisation médiatique de Rachida Dati – avait suscité une vague d’indignation à droite. Le 9 septembre 2025, Éric Ciotti annonçait sur Sud Radio que son groupe avait finalement décidé d’utiliser son droit de tirage pour créer une commission sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public. Une commission validée le 21 octobre 2025, dont les travaux houleux conduits sous la présidence de Jérémie Patrier-Leitus (Horizons) et avec Charles Alloncle comme rapporteur viennent de s’achever avec un rapport adopté de justesse le 27 avril dernier.

L’UDR revient donc, près d’un an plus tard, à son projet initial. Avec une cohérence assumée mais aussi avec quelques contraintes nouvelles.

Un délai institutionnel incontournable

Première contrainte : le groupe UDR a déjà épuisé son droit de tirage pour la session parlementaire en cours. Or, selon les règles de l’Assemblée nationale, un groupe ne peut demander la constitution d’une nouvelle commission d’enquête tant qu’une précédente, créée au titre du droit de tirage, n’a pas achevé ses travaux. Surtout, ce droit ne peut être utilisé qu’une seule fois par session parlementaire, qui s’étend traditionnellement d’octobre à juin.

Conséquence pratique : la nouvelle commission d’enquête souhaitée par Éric Ciotti ne pourra pas être déposée avant la rentrée parlementaire d’octobre 2026. Le travail effectif ne devrait donc pas commencer avant la fin de l’automne 2026, avec des conclusions attendues vraisemblablement au cours de l’année 2027 – soit, fait notable, en pleine campagne présidentielle. Le calendrier politique n’est sans doute pas étranger à la stratégie déployée.

À noter également un point technique : les groupes parlementaires ne peuvent pas exercer leur droit de tirage durant la dernière année d’une législature. Or l’Assemblée actuelle, issue de la dissolution de juin 2024, est censée siéger jusqu’en 2029. Cette règle ne s’applique donc pas pour le moment, ce qui ouvre une fenêtre opérationnelle à l’UDR.

Les six axes du projet initial

Pour anticiper le contenu de la future commission, il est utile de revenir au texte déposé en juin 2025 par les députés UDR. Six grands axes y étaient identifiés : les dépenses directes liées à l’accueil, à l’hébergement, à la santé, à l’éducation et à l’aide sociale des immigrés ; les coûts liés à la justice et à la sécurité ; le financement des associations d’aide aux étrangers en situation régulière comme irrégulière ; les conséquences indirectes sur le marché du travail et le système de retraites ; les impacts sur le système éducatif ; et les conséquences sur le logement social.

Les auteurs précisaient que cette démarche ne visait pas à stigmatiser une population ou un groupe particulier, mais à fournir une analyse factuelle et chiffrée pour nourrir un débat public éclairé. Une formule défensive classique, qui n’avait pas convaincu à l’époque les rapporteurs des groupes opposés au projet.

Le député socialiste Paul Christophle, désigné rapporteur de la proposition de juin 2025, avait ainsi exprimé ses craintes que l’objectif réel de l’UDR ne soit pas d’éclairer le débat public mais bien de nourrir l’idée selon laquelle l’immigration serait la cause de tous les maux français. Roland Lescure, alors député Renaissance et désormais ministre de l’Économie, avait pour sa part insisté sur la responsabilité particulière qui incomberait aux députés UDR pour conduire des travaux fidèles, documentés et contradictoires.

Une question reste en suspens : qui présidera cette future commission, et qui en sera le rapporteur ? Lors du dépôt de la proposition initiale en juin 2025, Charles Alloncle, député UDR de l’Hérault, avait été désigné par ses collègues pour présider la commission projetée. Il avait alors expliqué à Europe 1 vouloir mettre fin à l’omerta sur la question et établir un coût net de l’immigration française.

Devenu entre-temps le rapporteur ultra-médiatisé de la commission sur l’audiovisuel public, Charles Alloncle pourrait logiquement être pressenti pour reprendre du service sur ce nouveau dossier. Mais la décision officielle ne sera connue qu’à la rentrée parlementaire prochaine. La répartition des rôles entre président et rapporteur sera alors déterminée selon l’équilibre politique de la nouvelle commission, qui devrait inclure des membres de tous les groupes politiques de l’Assemblée selon les règles habituelles de proportionnalité.

Un débat structurant pour la présidentielle 2027

Au-delà des aspects strictement parlementaires, l’annonce d’Éric Ciotti s’inscrit dans une stratégie politique de plus large ampleur. À moins de deux ans de l’élection présidentielle de mai 2027, la question migratoire s’impose comme l’un des enjeux centraux de la campagne à venir. La droite et le Rassemblement national entendent visiblement faire de la transparence sur le coût budgétaire de l’immigration un argument décisif pour mobiliser leur électorat.

L’argument financier présente plusieurs avantages politiques. Il échappe en partie aux accusations habituelles de stigmatisation puisqu’il se présente comme une exigence de bonne gestion publique. Il rejoint les préoccupations très concrètes des Français face aux difficultés budgétaires et fiscales de l’État. Il s’inscrit dans une cohérence avec les rapports déjà produits ces derniers mois sur les conséquences de l’immigration dans plusieurs secteurs – éducation, santé, logement social, sécurité.

Plusieurs études de pensée ont déjà avancé des estimations du coût net de l’immigration pour la France. L’Observatoire de l’immigration et de la démographie, think tank classé à droite, évalue ce coût à plusieurs dizaines de milliards d’euros annuels selon ses propres calculs. Du côté des chercheurs de gauche (nommés « académiques » par l’etablishment), les estimations divergent considérablement selon la méthodologie retenue – certains travaux concluant même à un solde budgétaire positif sur certaines tranches d’âge ou pour certaines catégories d’immigrés. C’est précisément cette divergence des chiffres que la commission d’enquête prétend trancher, en mobilisant les pouvoirs spéciaux dont disposent les commissions parlementaires – auditions sous serment, accès à des documents confidentiels, possibilité de saisir la Cour des comptes.

Les leçons de la commission audiovisuel public

L’épisode récent de la commission sur l’audiovisuel public devrait néanmoins servir de leçon au groupe UDR, dans un sens ou dans un autre. Charles Alloncle a réussi à faire adopter son rapport, mais au prix d’une bataille parlementaire épuisante et d’accusations répétées de partialité, voire de diffamation, par une large partie de la classe politique et des syndicats. Le rapport a finalement été publié, mais avec plusieurs concessions arrachées au rapporteur et un sentiment de cacophonie générale que ne souhaitera vraisemblablement pas répéter le groupe UDR.

L’enjeu pour la prochaine commission sera donc double : produire un travail rigoureux et étayé sur le plan chiffré, capable de résister à l’examen critique des opposants, et conduire les auditions dans une atmosphère plus apaisée pour ne pas reproduire les écueils de la commission précédente. Un défi méthodologique et politique considérable, dont la réussite conditionnera largement l’impact réel des conclusions à venir.

Une chose semble en revanche acquise : à l’approche de la présidentielle, le débat sur l’immigration et son coût va structurer durablement la vie politique française. Que l’on partage ou non les positions de l’UDR et de ses alliés du Rassemblement national, force est de constater que les Français attendent depuis longtemps des réponses claires et chiffrées sur un sujet qui ne cesse de remonter dans les enquêtes d’opinion. À l’État central de prouver, s’il le peut, que les chiffres avancés par les opposants sont erronés. Et aux députés de la nouvelle commission, quels qu’ils soient, de produire un travail à la hauteur des enjeux civilisationnels que ce dossier soulève.

Photo d’illustration : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

Breizh-info.com, 2026, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention obligatoire et de lien do follow vers la source d’origine.

Publicité
Cet article vous a plu, intrigué, ou révolté ?

PARTAGEZ L'ARTICLE POUR SOUTENIR BREIZH INFO

Une réponse à “Coût de l’immigration : Éric Ciotti et l’UDR relancent leur projet de commission d’enquête”

  1. creoff dit :

    Les Russes ont fait un constat équivalent sur le cout social de l’immigration qui chez eux vient surtout des « STAN » ex républiques soviétiques musulmanes. Les immigrés « achètent » leur examen de langue obligatoire. Les enfants scolarisés retardent toutes les classes faute de connaitre le Russe, et les regroupements familiaux mettent à la charge des Russes de grandes familles ou un seul travaille réellement. le risque terroriste est également augmenté. Ils ont adapté leur législation, modifié les règles de visa de travail, de regroupement familial, et renvoyé chez eux tous ceux qui n’avaient pas le droit de vivre en Russie. Et cela dans un contexte de démographie autochtone faible. Ils ont en revanche renforcé les aides à la maternité pour les autochtones. Toutes les nations ne sont pas au service des pays qui ne maitrisent pas leur démographie.

ARTICLES EN LIEN OU SIMILAIRES

Sociétal

L’immigration ne paiera pas nos retraites : l’observatoire Hexagone démolit un argument central du débat public

Découvrir l'article

Politique, Sociétal

Audiovisuel public. Le rapport Alloncle adopté de justesse à l’Assemblée : la bataille politique ne fait que commencer

Découvrir l'article

Politique

Audiovisuel public. Le rapport Alloncle face au verdict des députés : un travail de titan menacé d’enterrement, symptôme d’une démocratie parlementaire malade

Découvrir l'article

A La Une, BREST, Culture & Patrimoine, Histoire

« La Consulaire » de Brest : une députée EELV veut offrir à l’Algérie un canon… ottoman, pris en 1830 comme trophée de guerre

Découvrir l'article

NANTES, Sociétal

Loire-Atlantique : une jeune éleveuse disparaît, son compagnon s’envole pour l’Algérie avec le bébé — la piste du meurtre privilégiée

Découvrir l'article

Nous utilisons des cookies pour vous garantir la meilleure expérience sur Breizh Info. Si vous continuez à utiliser le site, nous supposerons que vous êtes d'accord.