Disons-le d’entrée, pour que les procureurs de service rangent leurs fiches : cette tribune ne défend ni Vladimir Poutine, ni son armée, ni son « opération spéciale ». Cette guerre est une boucherie. Elle saigne à blanc la jeunesse de deux peuples slaves qui n’avaient aucune raison de s’entretuer, pendant que les fonds d’investissement affûtent déjà les contrats de reconstruction et les titres de propriété sur les terres noires ukrainiennes. Les livraisons d’armes à l’aveugle, les milliards prélevés depuis quatre ans sur des contribuables européens que personne n’a consultés, les gesticulations martiales de dirigeants qui n’enverront jamais leurs propres enfants au front : rien de tout cela ne mérite d’être défendu.
Voilà pour les précautions. Passons à l’essentiel.
Le 29 juillet, le ministère de l’Intérieur a remis à Xenia Fedorova un arrêté ministériel d’expulsion. Motif : son comportement porterait atteinte aux intérêts fondamentaux de l’État et constituerait une menace grave et actuelle pour l’ordre public. En clair : ce qu’elle dit à la télévision déplaît, donc elle doit quitter le territoire. Son avocat, Me Emmanuel Piwnica, a annoncé un recours immédiat.
Une menace pour l’ordre public ?
Regardons cette accusation en face, parce qu’elle est énorme.
Une menace pour l’ordre public, c’est un homme qui plante un couteau dans une gare. C’est un réseau qui recrute des mineurs pour dealer à la sortie des collèges. C’est un individu sous OQTF depuis six ans que personne n’a jamais raccompagné et qui finit par tuer.
Ce n’est pas une femme de 45 ans qui, assise sur un plateau de chaîne d’information, soutient que l’Occident a intérêt à prolonger la guerre et que les Français n’ont jamais été consultés sur leur engagement en Ukraine. On peut trouver ces analyses fausses. On peut les trouver révoltantes. On peut penser qu’elles reprennent mot pour mot les éléments de langage du Kremlin — et c’est probablement le cas. Cela s’appelle une opinion. Une opinion à laquelle on répond par une autre opinion, pas par un arrêté préfectoral.
L’État français reconnaît lui-même, dans les motifs de sa décision, qu’il ne lui reproche aucun acte. Aucune violence. Aucun financement occulte. Aucune tentative de déstabilisation matérielle. On lui reproche des « narratifs ». Des récits. Des mots prononcés en français devant des caméras françaises, dans des émissions dûment déclarées, sur des chaînes soumises au contrôle de l’Arcom.
Un pays qui expulse pour des narratifs a franchi une frontière dont il ne reviendra pas facilement.
L’État qui ne peut rien, sauf ça
Le plus obscène, dans cette affaire, tient à la comparaison.
La France compte des dizaines de milliers d’obligations de quitter le territoire jamais exécutées. Des pays d’origine refusent leurs propres ressortissants et la France encaisse. Des individus fichés, condamnés, signalés comme dangereux, circulent librement faute de place en centre de rétention, faute de laissez-passer consulaire, faute de volonté. On nous explique depuis vingt ans que c’est compliqué, que le droit européen contraint, que les moyens manquent, que la Cour de justice veille.
Et puis surgit une chroniqueuse russe qui dit du mal de la politique ukrainienne de la France, et soudain la machine administrative retrouve sa vigueur. Les services planchent dans le secret. On cherche le montage juridique le plus solide, celui qui résistera au juge. On y consacre des mois. On trouve. On frappe.
L’appareil d’État n’est donc pas impuissant. Il est sélectif. Il est mou avec ce qui menace la sécurité physique des Français, et redoutable avec ce qui menace le récit officiel. Ce n’est pas de l’incompétence, c’est un ordre de priorités. Et cet ordre de priorités en dit plus long sur la nature du régime que tous les discours de la Place Beauvau.
Le même jour, la même semaine
Le hasard fait bien les choses. Le 29 juillet, l’Arcom rendait publique une amende de 200 000 euros contre CNews pour des séquences diffusées un an plus tôt. Le même jour, l’arrêté d’expulsion visant Fedorova était remis. Dans les deux cas, la même mécanique : une autorité administrative apprécie seule des propos, décide seule qu’ils franchissent une limite qu’elle a elle-même tracée, et sanctionne sans qu’aucun juge n’ait rien constaté.
C’est cette mécanique qu’une commission parlementaire veut désormais étendre aux réseaux sociaux, au prétexte des « ingérences intérieures ». Rendre invisible par précaution. Sanctionner avant l’infraction. Punir le récit.
Il paraît que tout cela protège la démocratie. On voudrait comprendre laquelle.
Il faut défendre ceux qu’on n’aime pas
Une objection sérieuse, qu’il faut regarder sans détourner les yeux : Fedorova n’est pas une martyre de la liberté d’expression. Elle a dirigé pendant cinq ans une chaîne financée par un État qui emprisonne aussi ses dissidents et ses journalistes (la France n’a aucune leçon a donner en la matière). Un ancien chroniqueur d’Europe 1, Victor Eyraud, affirme avoir été écarté de l’antenne du jour au lendemain pour lui avoir déplu. Elle a publié un livre entier sur sa propre censure tout en occupant simultanément trois antennes. Le paradoxe est réel et il est comique.
Et alors ?
La liberté d’expression ne se mérite pas. Elle ne s’accorde pas au vu du casier moral du demandeur. Un droit qui ne protège que les gens estimables n’est pas un droit, c’est un privilège révocable — et les critères de révocation, une fois posés, servent toujours à quelqu’un d’autre. Ceux qui applaudissent aujourd’hui parce que la cible leur est antipathique se souviendront de cette semaine le jour où le curseur se déplacera. Il se déplacera. Il se déplace toujours.
Le seul critère acceptable, en régime de liberté, c’est celui de l’acte. Une menace concrète, une incitation directe, une atteinte matérielle : que la justice s’en saisisse, avec un dossier, un avocat, une audience contradictoire, un juge. Tout le reste — les analyses détestables, les thèses fausses, les propagandes étrangères — se combat par la contradiction, par l’enquête, par le ridicule. Pas par la police des frontières.
La France est en train d’oublier cette distinction élémentaire. Elle ne l’oublie pas sous la pression d’une dictature exotique, mais sous celle d’un extrême centre convaincu de sa propre vertu, persuadé que l’unanimité qu’il réclame est le contraire du totalitarisme et non sa définition même.
Xenia Fedorova doit pouvoir rester. Non parce qu’elle a raison — chacun est libre de se faire son opinion sur le sujet ukraino-russe. Mais parce que le jour où l’on expulse pour des idées, personne n’est plus chez soi.
YV
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9 réponses à “Fedorova : incapable d’expulser les criminels, l’État français se venge sur une journaliste”
La République des ripoux et drogués prouve une fois de plus sa bassesse. Qu’elle aille s’installer à Ferney en Suisse pour afficher le mépris qu’elle pourrait avoir du méprisable et minable drogué qui ruine la France depuis DIX ans et pour sa bande de ploutocrates profiteurs.
Si on n’a pas compris l’essence du régime Macronien avec cela, on ne comprendra jamais rien !
Do svidania, Xenia. Lorsque tu reviendras, j’espère que tu trouveras un pays débarrassé du foutriquet de l’Élysée et de sa clique de courtisans d’État, tous plus minables les uns que les autres.
Les prédateurs politiques n’en ont pas fini avec la destruction de l’état et la manipulation de cervelles Avec le financement des milliardaires, le vrai état profond ….
Lire « Nos cerveaux endoctrinés » Michael Nehls edt: Résurgence
Il y a surement trop d’intérêts financiers et des enrichissements amoraux pour que la guerre en Ukraine se termine . Expulser ue personne publique ( elle est journaliste ) pour la simple raison qui est celle d’écrire et de narrer des faits qui ne sont pas dans la doxa du pouvoir rappelle étrangement ce qui se passe dans toute dictature
La France des Macronescu et des Nunez… nous n’en pouvons plus… Qui en veut encore ? Ras-le-bol…
Un euphémisme qui pourrait me valoir une amende… la taule…
Oui, nous en sommes là… et il est grand temps d’arracher nos masques post-Covid, de brûler nos autoautorisations de dire la vérité, de nous révolter…
Faire mine de renvoyer les belligérants dos à dos, c’est déjà prendre parti, car on sait parfaitement qui a commencé la guerre, qui s’entête à la poursuivre et qui fait en sorte de martyriser des populations civiles qu’il prétendait naguère délivrer d’un joug néo-nazi ! Quant à Mme Fedorova, elle a bien de la chance d’être expulsée. En Russie, un contestataire a aujourd’hui beaucoup plus de chances d’être expédié en Sibérie, si ce n’est de tomber par la fenêtre.
Yann Vallerie vous auriez pu rappeler que la Russie a envahi l’Ukraine le 22 février 2022 ; la chaîne que dirigeait Xénia Fedorova, RT France, est fermée le 2 mars et interdite définitivement en janvier 2023. Du jamais vu sauf par les Nazis dès la fin 1940 !
Le Parti Communiste n’a jamais vu son organe de propagande, L’Humanité, interdit par le pouvoir politique qui même continuait à le financer alors que le torchon en question soutenait ouvertement, en pleine Guerre Froide, l’Union Soviétique et avait relayé les propos de G. Marchais qui, rentrant de Moscou,(il avait sa datcha sur les bords de la Mer Noire) avait trouvé le bilan du régime soviétique « globalement positif ».
Nu-niais cherche t-il à faire oublier son incompétence pendant le traitement des incendies du Sud-Ouest ; heureusement que sur le terrain il y avaoit des hommes compétents !
Vraiment les articles de Breiz-info sont d’une rare qualité. Mon défunt ami Gicquel, patriote breton, dans son dernier refuge, doit être fier de ses compatriotes