Le dessous des mers : le musée national de la Marine raconte la conquête des fonds marins à Brest

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La totalité de la surface de la Lune est cartographiée. Seuls 26 % des fonds marins de la planète le sont. Cet écart, à lui seul, résume l’ambition de l’exposition que le musée national de la Marine présente au Château de Brest jusqu’au 7 mars 2027.

Intitulée Le dessous des mers. L’aventure de la cartographie sous-marine, elle est ouverte depuis le 26 juin et constitue le deuxième volet d’un cycle déployé pour la première fois sur les cinq sites du réseau — Brest, Paris, Port-Louis, Rochefort et Toulon — autour d’un thème commun : l’appel des profondeurs.

Des monstres marins aux modélisations 3D

Le parcours s’ouvre sur les représentations de la mer de l’Antiquité au XVIe siècle, époque où les cartographes peuplaient les marges du trait de côte de créatures fabuleuses, faute de mieux. Il se referme sur les levés assistés par intelligence artificielle. Entre les deux, cinq siècles d’efforts pour mesurer ce qui échappe au regard, à travers une centaine de pièces : cartes, maquettes, peintures, instruments de navigation, mobilier archéologique, éléments présentés à l’échelle 1.

Le tournant est situé au XVIIIe siècle, avec la figure de Charles-François Beautemps-Beaupré (1766-1854), considéré comme le père de l’hydrographie moderne, et avec la création en 1720 du Dépôt des cartes, plans et journaux de la Marine. La France devient alors le premier État à se doter d’un véritable service hydrographique. Cette filiation aboutit au Shom, le Service hydrographique et océanographique de la Marine, installé à Brest.

Les progrès techniques suivent : radiolocalisation et acoustique dans la première moitié du XXe siècle, révolution numérique dans les années 1980, algorithmes aujourd’hui. Des levés plus rapides, plus précis, plus systématiques — et un espace stratégique qui se dérobe toujours largement.

Brest et la Bretagne au cœur du parcours

Deux épisodes locaux sont mis en lumière : le blocus anglais devant Brest, de 1793 à 1814, et l’arasement du Rocher de la Rose, obstacle situé à l’embouchure de la Penfeld, entrepris dans les années 1850 puis 1880.

Deux focus historiques complètent le propos. Le premier porte sur le rôle décisif de l’hydrographie dans le débarquement de Normandie du 6 juin 1944 : sans connaissance fine des fonds, pas de plages praticables. Le second est consacré à la recherche de La Cordelière, le navire breton coulé en 1512 au large de Brest, dont l’épave demeure l’un des grands objectifs de l’archéologie sous-marine régionale.

Un enjeu de puissance, pas seulement de patrimoine

L’exposition ne s’en tient pas à l’histoire des techniques. Elle rappelle que la carte marine est un instrument de pouvoir sur une planète recouverte à 70,8 % par l’océan. Les applications se sont multipliées : archéologie sous-marine, implantation des champs éoliens et hydroliens, gestion des risques et de la biodiversité, et bien sûr défense et géostratégie — la dissuasion nucléaire française reposant sur la capacité des sous-marins lanceurs d’engins à évoluer dans un milieu dont la topographie doit être connue au mètre près.

Le conseil scientifique réuni pour l’occasion traduit cette dimension : on y trouve des ingénieurs hydrographes de l’Ifremer et du Shom, le directeur du Drassm, ainsi que plusieurs officiers des forces sous-marines, dont l’amiral Bernard Rogel, ancien chef d’état-major de la Marine. Le commissariat est assuré par Jean-Yves Besselièvre, administrateur du musée national de la Marine à Brest, et Lénaïg L’Aot-Lombart, administratrice adjointe. L’exposition est labellisée « 400 ans de la Marine ».

Infos pratiques

Le dessous des mers. L’aventure de la cartographie sous-marine — musée national de la Marine, Château de Brest, 29200 Brest. Jusqu’au 7 mars 2027.

Ouverture d’avril à septembre tous les jours de 10 h à 18 h 30 ; d’octobre à mars tous les jours de 10 h à 18 h, fermeture le mardi. Tarif plein 12 €, tarif réduit 10 €, audioguide 2 €. Renseignements au 02 98 22 12 39.

Les autres volets du cycle : Port-Louis jusqu’au 15 novembre 2026, Rochefort du 25 septembre 2026 au 2 janvier 2028, Paris du 14 octobre 2026 au 4 avril 2027, Toulon du 18 novembre 2026 au 27 juin 2027.

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