À peine une semaine après l’adoption d’une loi-cadre sur la restitution des biens culturels spoliés — loi dans laquelle les députés écologistes n’ont pas réussi à faire inscrire les « biens militaires » —, la députée écologiste des Hauts-de-Seine Sabrina Sebaihi annonce le dépôt d’une proposition de loi spécifiquement dédiée à la restitution à l’Algérie du canon « Baba Merzoug », dit « La Consulaire », installé dans le port militaire de Brest depuis 1833. Un objet dont l’histoire réelle, pourtant bien documentée, suffit pourtant à elle seule à démontrer tout le caractère idéologique — pour ne pas dire mémoricide — de cette initiative.
On ne construit pas l’avenir sur des trophées de guerre. Je dépose une proposition de loi pour restituer le canon Baba Merzoug dit « La Consulaire » à l’Algérie parce que la mémoire ne peut pas rester à sens unique et parce que la justice ne s’expose pas dans un arsenal.… pic.twitter.com/fcHkFN8PFU
— Sabrina Sebaihi (@SabrinaSebaihi) April 20, 2026
Il y a des trophées qui dérangent. Il y en a d’autres qu’on préférerait faire oublier. Et puis il y a ceux que, depuis quelques années, une partie de la classe politique française s’évertue à rendre, dans un geste réflexe d’auto-flagellation mémorielle dont les historiens eux-mêmes commencent à mesurer l’absurdité. Le canon Baba Merzoug, que les Français nomment depuis 1833 « La Consulaire », appartient clairement à cette dernière catégorie.
Un canon ottoman — pas algérien
Rappelons les faits, tels qu’ils ressortent des travaux historiques les plus sérieux. Cette pièce d’artillerie monumentale — 6,58 mètres de long, 12 tonnes de bronze, calibre 10 pouces, portée estimée à près de 5 kilomètres — n’est pas, contrairement à ce que la propagande officielle algérienne laisse entendre, un objet « algérien ». Au moment où le canon est fondu, l’Algérie en tant qu’État n’existe tout simplement pas. La région relève alors de la Régence d’Alger, une province autonome de l’Empire ottoman, dirigée par des deys turcs et dont l’économie repose largement sur la course barbaresque et la traite des esclaves chrétiens.
Les recherches récentes, notamment celles évoquant les structures comparatives avec d’autres basilics, montrent que le canon appartient vraisemblablement à une série de huit pièces identiques fondues à la fonderie impériale de Constantinople pour les campagnes militaires du sultan ottoman Sélim I₁₁ (1512-1520). Le cartouche porte d’ailleurs l’inscription arabe « es Sultan Selim Khan ». Une seconde hypothèse, défendue en 1840 par le père Dopigez, aumônier de l’armée d’Afrique, fait remonter sa fonte à 1542 à Alger sous la direction d’un maître d’œuvre vénitien au service du gouverneur turc Hassan Agha. Dans les deux cas, nous sommes face à une pièce de l’artillerie ottomane, bien avant toute idée d’une « nation algérienne ».
Le canon qui a exécuté un consul français
L’histoire du surnom français « La Consulaire » est édifiante et rappelle ce que les promoteurs de la restitution préfèrent passer sous silence. En juillet 1683, en représailles à une opération navale de l’amiral Duquesne visant à faire libérer les esclaves chrétiens détenus à Alger, le dey d’Alger fait attacher à la bouche de ce canon le consul de France, Jean Le Vacher, lazariste, âgé de soixante-quinze ans. Le canon est alors tiré en direction de la flotte française — projetant le corps du consul en morceaux contre les navires du roi. La scène, popularisée par plusieurs gravures hollandaises de l’époque, marqua durablement les esprits européens.
Quelques années plus tard, en 1688, sous le dey Mezzo-Morto Hussein, ce sont 42 chrétiens, parmi lesquels le consul André Piolle, qui subiront le même sort ou un traitement approchant, en représailles à une nouvelle expédition française commandée par le maréchal Jean d’Estrées.
Autrement dit : l’objet que l’écologiste Sabrina Sebaihi, députée de la 4ᵉ circonscription des Hauts-de-Seine, entend aujourd’hui offrir en grand geste de « réconciliation » à l’Algérie est, dans sa mémoire française, directement associé à l’exécution par déchiquetage d’un consul catholique de la République, en pleine fonction diplomatique. Un détail que l’on ne trouve bizarrement pas dans son communiqué, ni dans la plupart des articles militants qui relaient sa proposition.
Un trophée de guerre devenu monument
C’est précisément ce passé qui explique qu’en 1830, lors de l’expédition d’Alger décidée par Charles X pour mettre fin à la course barbaresque, l’amiral Duperré — qui commandait la flotte française — ait personnellement sélectionné ce canon parmi les prises de guerre. Le choix n’était pas anodin : il s’agissait de rapatrier en France l’arme qui avait tué le consul Le Vacher et servi à tant d’autres exactions. Le canon fut transporté à Brest, où Duperré avait été précédemment amiral, transformé en colonne sur un socle de granit en 1833, et surmonté en 1837 d’un coq gaulois aux ailes déployées, patte posée sur un boulet issu de l’Arsenal.
Il s’agit donc, stricto sensu, d’un monument commémoratif français à la mémoire de ses propres morts diplomatiques et militaires — autant qu’un trophée de la victoire obtenue contre une puissance barbaresque qui avait écumé la Méditerranée pendant plus de trois siècles, réduisant en esclavage environ un million de chrétiens européens entre le XVIᵉ et le début du XIXᵉ siècle selon les estimations les plus récentes des historiens.
Le cadre juridique : inaliénabilité des biens publics
Le droit français est par ailleurs très clair sur le statut de l’objet. Les biens culturels des collections publiques sont inaliénables et imprescriptibles. Toute restitution exigerait une loi spécifique — ce qu’avait d’ailleurs bien compris la loi-cadre adoptée à l’unanimité le 13 avril dernier par l’Assemblée nationale pour simplifier les restitutions de biens culturels spoliés entre 1815 et 1972. Or cette loi-cadre exclut explicitement les « biens militaires » de son champ d’application. Les députés écologistes et de gauche avaient tenté, via l’amendement n°17, de supprimer cette exclusion. Sans succès. Le groupe Rassemblement national avait pour sa part plaidé pour que toute restitution soit conditionnée au maintien de relations diplomatiques « cordiales » — une référence à peine voilée à l’état exécrable des relations franco-algériennes depuis la reconnaissance française de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental en juillet 2024.
Débouté en commission, le groupe écologiste revient donc à la charge par une proposition de loi autonome, rédigée par Sabrina Sebaihi. « On ne construit pas l’avenir sur des trophées de guerre », écrit-elle sur le réseau social X. « Je dépose une proposition de loi pour restituer le canon Baba Merzoug dit « La Consulaire » à l’Algérie parce que la mémoire ne peut pas rester à sens unique et parce que la justice ne s’expose pas dans un arsenal. »

Un activisme mémoriel qui interpelle
L’initiative n’est pas isolée. En mars 2024, la même députée était parvenue à faire voter par l’Assemblée nationale une résolution reconnaissant et condamnant les événements du 17 octobre 1961 à Paris. En mars 2025, elle avait proposé la restitution des effets personnels de l’émir Abdelkader. L’objectif affiché, répété à chaque occasion, est celui d’une « justice mémorielle » supposée ouvrir une page nouvelle dans les relations franco-algériennes.
On peut s’interroger, à plusieurs titres, sur la cohérence de la démarche.
D’abord, parce que la « justice mémorielle » fonctionne visiblement à sens unique. Jamais un député français en exercice n’a proposé, par exemple, que l’Algérie restitue les restes des pieds-noirs disparus lors du massacre d’Oran le 5 juillet 1962. Jamais il n’a été demandé à Alger de reconnaître officiellement les exactions commises contre les harkis abandonnés à leur sort après l’indépendance. Jamais n’a été évoquée la restitution des biens privés français — logements, exploitations agricoles, commerces, usines — spoliés sans indemnisation après 1962. La mémoire ne saurait rester à sens unique, dit madame Sebaihi. On ne peut qu’être d’accord. Encore faudrait-il que le même principe s’applique dans l’autre sens.
Ensuite, parce que l’assimilation entre la Régence ottomane d’Alger et l’Algérie moderne relève d’une falsification historique pure et simple. Les canons ottomans fondus à Constantinople au début du XVIᵉ siècle ne sont pas plus « algériens » qu’une armure mamelouk retrouvée en Égypte ne serait « égyptienne » au sens politique moderne. Le régime algérien actuel a certes intérêt, pour des raisons de légitimation nationale, à construire une continuité fictive entre lui-même et la Régence barbaresque — au passage, en effaçant soigneusement la part arabo-ottomane de cette histoire. Rien n’oblige la République française à y souscrire.
Enfin, parce que le contexte diplomatique rend cette initiative particulièrement mal venue. Alors que les relations franco-algériennes sortent tout juste d’une crise historique de dix-huit mois (rappels d’ambassadeurs, expulsions croisées de diplomates, suspension de la coopération sécuritaire), alors que l’écrivain Boualem Sansal a été emprisonné par le régime d’Alger et que le journaliste Christophe Gleizes est toujours détenu, alors qu’Alger continue de refuser systématiquement de reprendre ses ressortissants sous OQTF, certains considéreraient qu’il serait peut-être temps d’attendre au moins quelques gestes symboliques de la part d’Alger avant d’en multiplier, côté français, les unilatéraux.
Une cohérence à retrouver
À Brest, La Consulaire a bientôt deux siècles de présence. Elle fait partie du patrimoine naval et militaire de la cité du Ponant, qu’elle domine depuis son socle de granit avec son coq gaulois au sommet. Elle raconte une histoire douloureuse mais fondatrice : celle de trois siècles de piraterie barbaresque contre les côtes européennes, de l’esclavage subi par nos ancêtres méditerranéens, et de l’épopée qui, en 1830, mit un terme définitif à cette plaie. Vouloir faire disparaître cette mémoire, au nom d’une « réconciliation » que l’autre partie ne fait jamais le moindre effort de réciprocer, relève moins de la justice historique que de l’amnésie organisée.
La proposition de loi de madame Sebaihi a toutes les chances, dans la configuration parlementaire actuelle, de finir enterrée. Tant mieux. Elle aura au moins eu le mérite d’illustrer, une fois de plus, l’étrange tropisme d’une partie de la gauche française pour qui l’histoire de France ne semble valoir la peine d’être écrite qu’à condition de pouvoir s’en excuser.
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10 réponses à “« La Consulaire » de Brest : une députée EELV veut offrir à l’Algérie un canon… ottoman, pris en 1830 comme trophée de guerre”
Le canon appartenait aux turcs..
A limite le rendre aux turcs .cette moukere voulait interdire le site
va ma France.
histoire qu’on ne voit pas le grand remplacement.
il est temps d’interdire aux binationaux comme elle .
Franco de papier algérienne par ses 2 parents .
l’ accés aux fonctions électives et fonctionnariat
C’est qui elle, pour ce permettre de remettre en cause un trophée légitime ?
*se
Ne ya ket mat he ‘fenn ganti (‘fenn war mod Emgleo Breiz setu evel Ar Falz). Poent bras lakaat ar re ‘e maez.
Il faut mettre fin au droit du sol , cela éviterait de voir des personnes née de parents étranger devenir français par leur naissance sur le sol français et d’imposer leurs lubies , surtout des revanchards qui détestent notre pays qui pourtant leur a tout donner..
Boualem Sansal a été « gracié » (lol) par le régime algérien en novembre 2025 et est depuis retourné en France. Christophe Gleizes est lui toujours en prison en Algérie. A part cela, l’article est tout à fait pertinent
Encore une qui n’a finalement qu’une obsession, faire plaisir à son pays d’origine. C’est vrai que c’est mieux le bled. Encore une opportuniste, mais qu’a-t-elle à gagner à faire ça?
Stop à l’accès à la fonction publique pour les binationaux.
Quelle perte de temps de faire une loi pour restituer un canon turc à l’algérie!!
Avant de rendre un canon à l’algérie, cette brave dame devrait plutôt sortir une loi pour rapatrier par milliers les clandos algériens qui pourrissent la sécurité en France.
Sabrina Sebaihi tient-elle à soulager sa conscience de Française, lourde du passé national, ou bien à prendre une revanche sur la France au nom de ses parents et ancêtres algériens ?
On veut bien restituer cette écolo à son pays d’origine où elle pourra profiter de toute la considération qui est réservée aux femmes.
Et si elle pouvait prendre les OQTF Algérien avec elle ce serait très bien aussi.