Pays de Galles : Le Plaid Cymru fait tomber un siècle de domination travailliste, le nationalisme gallois aux portes du pouvoir

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C’est un événement politique d’une portée considérable. Pour la première fois de son histoire, le Parti travailliste perd le Pays de Galles. Au terme du scrutin du jeudi 7 mai 2026 pour le renouvellement du Senedd — le Parlement gallois —, c’est Plaid Cymru, le parti nationaliste fondé en 1925, qui s’impose comme première force politique du pays. Une rupture qui met fin à plus d’un siècle de domination quasi-ininterrompue du Labour sur cette nation de 3,3 millions d’habitants, et qui pourrait amener Rhun ap Iorwerth, dirigeant de 53 ans, au poste de Premier ministre gallois dès la semaine prochaine.

Avec 43 sièges sur les 96 du nouveau Senedd élargi (passé de 60 à 96 députés à l’occasion d’une réforme constitutionnelle), Plaid Cymru s’impose largement en tête, sans toutefois disposer de la majorité absolue (fixée à 49 sièges). Reform UK, le parti de Nigel Farage, signe lui aussi une percée historique avec 34 sièges — son meilleur résultat dans une élection galloise. Le Labour, longtemps maître incontesté du pays, s’effondre à neuf sièges seulement, soit 35 députés en moins qu’avant le scrutin. Les conservateurs récupèrent 7 sièges, les Verts 2, les libéraux-démocrates 1.

La défaite personnelle d’Eluned Morgan

L’image symbolique du scrutin est probablement la défaite d’Eluned Morgan elle-même. Première ministre galloise depuis 2024, elle perd son siège dans la circonscription de Ceredigion Penfro, dans le sud-ouest du pays, qu’elle pensait pourtant pouvoir conserver. Plaid Cymru y arrive en tête, suivi par Reform UK, et le Labour ne décroche aucun siège. Eluned Morgan a immédiatement annoncé sa démission de la direction du Labour gallois, devenant ainsi la première dirigeante d’un gouvernement britannique à perdre son siège tout en exerçant ses fonctions.

« Je prends mes responsabilités, je démissionne », a-t-elle déclaré, en reconnaissant un résultat « catastrophique » et en appelant le gouvernement travailliste de Sir Keir Starmer à « changer de cap ». Une critique à peine voilée à l’égard du Premier ministre britannique, dont l’impopularité a pesé lourdement sur le scrutin gallois. La Première ministre sortante a salué Plaid Cymru pour son « succès considérable », tout en avertissant que le Labour avait besoin de « redevenir le parti de la classe ouvrière » et de « répondre à la colère, et non l’alimenter ».

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Une victoire 100 ans dans le faire

Pour Rhun ap Iorwerth, dirigeant de Plaid Cymru depuis 2023, ce moment a une saveur particulière. « C’est un moment 100 ans dans la fabrication », a-t-il déclaré devant des militants enthousiastes à Llandudno, en référence à la fondation du parti en 1925 — initialement pour préserver la langue galloise et l’identité culturelle du pays. « Nous avons gagné parce que nous incarnons l’espoir face à la division, la crédibilité face au chaos, et le progrès face à la stagnation », a-t-il martelé.

Né à Tonteg, près de Pontypridd, dans le sud du Pays de Galles, Rhun ap Iorwerth est un ancien journaliste politique de la BBC reconverti à la politique en 2013. Élu pour la première fois au Senedd dans la circonscription d’Anglesey (Ynys Môn), il a perdu une première candidature à la direction de son parti en 2018 avant d’être élu sans concurrent en 2023, après la démission brutale d’Adam Price.

Une stratégie politique calibrée

Le succès de Plaid Cymru ne tient pas au seul effondrement du Labour. La stratégie politique du parti, ces deux dernières années, mérite d’être examinée. Le dirigeant nationaliste a fait un choix tactique majeur en mettant en sourdine la revendication d’indépendance pendant la campagne, sachant qu’à peine un tiers des Gallois y est aujourd’hui favorable selon les sondages.

À la place, Plaid Cymru a misé sur trois leviers : la compétence, la crédibilité économique, et un slogan stratégique pendant les dernières semaines de campagne — celui d’une « course à deux chevaux » opposant Plaid à Reform UK, qui a permis de capter le vote utile des électeurs hostiles au parti de Nigel Farage. Cette stratégie a fonctionné : dans les circonscriptions urbaines et populaires du sud du pays, Plaid Cymru a largement devancé Reform.

Le programme du parti, présenté en février dernier sous forme d’un plan détaillé pour les cent premiers jours de gouvernement, met l’accent sur la réduction des délais d’attente du système de santé gallois, l’amélioration des résultats scolaires, la lutte contre la pauvreté infantile (qui touche un tiers des enfants au Pays de Galles), l’expansion de la garde d’enfants, et l’investissement dans le logement et les énergies vertes. Plaid a également révisé sa position historique sur le nucléaire, soutenant désormais la modernisation des sites existants comme Wylfa et Trawsfynydd — un revirement source de tensions internes mais signe d’un pragmatisme nouveau.

La question de l’indépendance, en sourdine mais pas oubliée

Sur le fond constitutionnel, Rhun ap Iorwerth assume une ligne claire mais étalée dans le temps. Il prefère parler de « redessiner la Grande-Bretagne » plutôt que d’employer le terme cru d’indépendance. Pas de référendum prévu lors du premier mandat. À la place, le programme prévoit la mise en place d’une « commission nationale » qui poserait les fondements d’un Livre blanc sur l’indépendance galloise.

L’objectif tactique : améliorer d’abord les conditions de vie, redresser les services publics et la croissance économique, pour libérer le pays d’un « sentiment d’infériorité » et démontrer que l’autonomie est désirable avant d’être souhaitée. Plaid demande dans l’immédiat des compétences supplémentaires pour le Pays de Galles sur la police et la Couronne (Crown Estate), et la révision de la « formule de Barnett » qui détermine les allocations budgétaires galloises — qu’ap Iorwerth juge structurellement défavorable au pays.

Un effet domino sur l’ensemble du Royaume-Uni

Au-delà du seul cas gallois, ce scrutin du 7 mai 2026 produit un effet domino qui pourrait restructurer durablement la politique britannique. Le Pays de Galles rejoint désormais l’Écosse — où le SNP de John Swinney a conservé sa majorité relative au même moment — et l’Irlande du Nord, où Sinn Féin de Michelle O’Neill exerce le poste de Première ministre depuis 2024. Pour la première fois dans l’histoire des îles Britanniques, trois Premiers ministres pro-indépendance pourraient cohabiter dans les nations dévolues du Royaume-Uni.

Michelle O’Neill, vice-présidente de Sinn Féin, n’a pas tardé à appeler à une coopération entre les trois forces séparatistes. Dans un message publié sur X, elle a déclaré : « Pour la première fois, il pourrait y avoir trois Premiers ministres pro-indépendance à travers ces îles. De plus en plus de gens regardent vers un avenir au-delà des contraintes de l’Union. » Elle a annoncé avoir contacté John Swinney et Rhun ap Iorwerth pour les féliciter et confirmer son intention de travailler avec eux.

John Swinney, le Premier ministre écossais, avait lui-même indiqué pendant la campagne qu’il souhaitait collaborer avec Sinn Féin et Plaid Cymru pour faire avancer les agendas indépendantistes des trois nations. Une convergence stratégique qui placera Sir Keir Starmer dans une position diplomatique délicate : il devra simultanément gérer la pression de trois Premiers ministres dévolus issus de partis ouvertement opposés à l’Union actuelle.

Une coalition à construire

À court terme, Plaid Cymru doit maintenant former un gouvernement. Avec 43 sièges sur 96, le parti doit trouver six députés supplémentaires pour atteindre la majorité absolue. Plusieurs scénarios sont à l’étude : une coalition formelle avec les Verts (2 sièges), un appui sans participation des libéraux-démocrates (1 siège), ou des accords ponctuels avec le Labour ou les Tories sur certains projets.

Le vote pour confirmer Rhun ap Iorwerth comme Premier ministre du Pays de Galles pourrait avoir lieu dès mardi prochain. Le dirigeant nationaliste s’est dit prêt à « tendre la main » aux autres partis pour construire un gouvernement « avec urgence ». Une opération politique délicate, dont la réussite ou l’échec donnera la mesure de la maturité gouvernementale réelle d’un parti qui, jusqu’à présent, n’avait jamais accédé au pouvoir exécutif.

L’accueil de la presse britannique unioniste — du Telegraph en particulier — n’a pas été tendre. La chroniqueuse Kara Kennedy a ainsi décrit Plaid Cymru comme « une bande d’amateurs aux yeux écarquillés, totalement dépassés », accusant le parti d’être incapable de financer ses promesses (notamment la garde d’enfants gratuite jusqu’à 5 ans) et d’avoir fait campagne sur les « slogans et l’ambiance » plutôt que sur des chiffres robustes. Un avertissement qui rejoint les critiques formulées par Eluned Morgan elle-même pendant la campagne, accusant Plaid d’avoir des engagements financiers « impossibles à tenir ».

Une bascule pour le Royaume-Uni

Au-delà des seules questions galloises, ce scrutin du 7 mai 2026 marque sans doute l’une des dates les plus importantes de l’histoire constitutionnelle récente du Royaume-Uni. La fin du règne séculaire du Labour au Pays de Galles, l’émergence simultanée de Plaid Cymru et de Reform UK comme premières forces politiques galloises, et la convergence avec les dynamiques indépendantistes écossaises et nord-irlandaises dessinent un paysage profondément remanié.

Pour les nationalistes des trois nations dévolues, c’est une fenêtre d’opportunité historique. Pour Sir Keir Starmer et son gouvernement, c’est un cauchemar politique qui s’ouvre. Pour les observateurs européens — habitués depuis longtemps à des paysages politiques fragmentés et à des nationalismes régionaux puissants —, c’est sans doute la confirmation que le Royaume-Uni, longtemps présenté comme l’archétype du bipartisme stable, vient enfin de basculer dans l’ère des démocraties à coalitions et à recompositions.

Reste à voir comment Rhun ap Iorwerth saura, dans les semaines qui viennent, transformer une aspiration au changement en gouvernement effectif — et si le Pays de Galles, trop longtemps relégué à la marginalité politique de l’archipel britannique, pourra tirer parti de cette nouvelle donne pour redessiner véritablement son destin.

Crédit photo : DR (photo d’illustration)
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7 réponses à “Pays de Galles : Le Plaid Cymru fait tomber un siècle de domination travailliste, le nationalisme gallois aux portes du pouvoir”

  1. creoff dit :

    La Grande Bretagne éclate.. Les Etats Unis sont au bord de l’implosion, l’Europe fait encore semblant avec des intérêts de plus en plus divergents, l’OTAN s’effrite lentement sur le front Ukrainien et son cheval de Troie, la Turquie.. Tous ces pays qui voulaient réussir à partitionner la Fédération de Russie et lorgnaient sur ses richesses s’effondrent de l’intérieur. Le trou noir Ukrainien a englouti des sommes faramineuses au dépends des peuples européens. Le cout du soutien à Israel, création ex nihilo purement Anglo-saxonne, dans sa guerre d’agression contre l’Iran finit d’effondrer toutes les valeurs éthiques justifiant les dépenses. Les Anglais se réveillent avec la gueule de bois

  2. Glaswezh dit :

    Unan bennaket a oar piv eo an daou strollad-kembread arall anvet « GWLAD » ha « PROPEL » ?
    Muioc’h a gleiz eget ar « Plaid » pe muioc’h a zehou ?
    Trugarez !

    Someone know who are this two other welsh party named GWLAD and PROPEL ?
    More left or more right than the Plaid ?
    Diolch yn fawr !

  3. Brenin Cymru dit :

    Gwlad a zo ur strollad politikel eus ar c’hreiz-dehoù broadelour ha dizalc’hour kembreat.
    Gwyn Wigley Evans eo e rener bremañ.
    Ein Gwlad (Hor Broad) a zo bet krouet e miz Eost 2018 e Llanelli gant Gwyn Wigley Evans e penn.
    Gounezet en deus Gwlad ur sez e kuzul-rannvro e dilennadegoù lec’hel Kembre 2022, gant Gwyn Wigley Evans dilennet evit karter Llanrhystyd Kuzul-rannvro Ceredigion. Evans en deus tapet 39,8% eus ar mouezhioù, ur muiañ-niver a 13,2% e-keñver an demokrated frankizour kembreat a oa bet e penn ar sez a-raok.
    Dilennet en deus ar strollad ivez daou ezel da Guzul-kumuniezh Ynysybwl ha Coed-y-cwm : ur c’huzulier dilennet da-heul ur votadeg er c’harter izelañ ha Clayton Jones, dilennet hep enebiezh er c’harter uhelañ.

    Gwlad est un parti politique gallois de centre-droit nationaliste et indépendantiste .
    Son dirigeant actuel est Gwyn Wigley Evans.
    Ein Gwlad ( Notre Nation ) fut fondé en août 2018 à Llanelli avec Gwyn Wigley Evans à sa tête.
    Gwlad a remporté un siège au conseil de comté lors des élections élections locales galloises de 2022 , avec l’élection de Gwyn Wigley Evans pour le quartier de Llanrhystyd au sein du Conseil de comté de Ceredigion . Evans a obtenu 39,8 % des voix, soit une majorité de 13,2 % sur les Libéraux-démocrates gallois qui occupaient précédemment ce siège.
    Le parti a également fait élire deux membres au conseil communautaire d’Ynysybwl et de Coed-y-cwm : un conseiller élu à la suite d’un scrutin dans le quartier inférieur et Clayton Jones, élu sans opposition dans le quartier supérieur.

    Mae Gwlad yn blaid wleidyddol genedlaetholgar Gymreig ac annibynnol o’r dde canol.
    Ei reolwr presennol yw Gwyn Wigley Evans.
    Sefydlwyd Ein Gwlad (Ein Cenedl) ym mis Awst 2018 yn Llanelli gan Gwyn Wigley Evans.
    Enillodd Gwlad sedd cyngor sir yn etholiadau lleol Cymru yn 2022, gyda Gwyn Wigley Evans yn cael ei ethol dros etholaeth Llanrhystyd Cyngor Sir Ceredigion. Enillodd Evans 39.8% o’r bleidlais, mwyafrif o 13.2% dros y Democratiaid Rhyddfrydol Cymru a oedd yn dal y sedd o’r blaen.
    Etholodd y blaid hefyd ddau aelod i Gyngor Cymuned Ynys-y-bŵl a Choed-y-cwm: cynghorydd a etholwyd yn dilyn pleidlais yn y ward isaf a Clayton Jones, a etholwyd yn ddiwrthwynebiad yn y ward uchaf.

  4. Brenin Cymru dit :

    Propel (anvet gwechall Strollad Broadel Kembre , ha goude-se Strollad Broad Kembre ) zo ur strollad politikel broadelour ha souverenour kembreat hag a ra war-dro dizalc’hiezh Kembre diouzh ar Rouantelezh-Unanet .
    Krouet e oa bet ar strollad e penn-kentañ 2020 gant e rener bremañ, Neil McEvoy.
    Ur c’huzulier-rannvro a zo gant Propel e Kembre evit ar mare.

    Propel (anciennement Parti national gallois , puis Parti de la nation galloise ) est un parti politique souverainiste et nationaliste gallois qui milite pour l’indépendance du Pays de Galles vis – à-vis du Royaume-Uni .
    Le parti a été fondé début 2020 par son actuel dirigeant, Neil McEvoy.
    Propel compte actuellement un conseiller de comté au Pays de Galles.

    Mae Propel (a elwid gynt yn Blaid Genedlaethol Cymru, ac yna’n Blaid y Genedl Gymreig) yn blaid wleidyddol genedlaetholgar a sofranistaidd Gymreig sy’n ymgyrchu dros annibyniaeth Cymru o’r Deyrnas Unedig.
    Sefydlwyd y blaid ddechrau 2020 gan ei harweinydd presennol, Neil McEvoy.
    Ar hyn o bryd mae gan Propel un cynghorydd sir yng Nghymru.

  5. Kernunos dit :

    Attention, ne pas se réjouir trop vite. Tout cela reste socialoïde donc par nature hostile à l’émancipation des peuples autochtones. A ce jour, Plaid Cymru soutient plus l’immigration que le parti travailliste. Le Pays de Galles va devenir la destination privilégiée pour les étrangers refoulés par le durcissement des politiques migratoires. Les enclaves allochtones vont s’accroître au détriment des gallois qui croient avoir sauvé leur âme en demandant plus d’aides sociales.

  6. Glaswezh dit :

    Diolch i ti am yr holl manlion Brenin Cymru.

  7. RAYMOND NEVEU dit :

    Très intéressant ce que nous rappelle le dieu celte Cernunos ou Kernunos…Ne l’oubliez pas- Na zijoñjit ket! Un devezh mat e vo d’en em eñvoriñ.

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