Ingérence russe : l’alibi parfait d’une classe politique médiocre qui n’a plus rien à dire

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Mercredi 5 août, l’entourage de Gabriel Attal annonce que le candidat Renaissance a été visé par une ingérence venue de Russie. Viginum confirme dans la foulée avoir détecté l’opération la veille, et l’impute « avec une confiance élevée » au réseau prorusse Matriochka. Le mode opératoire est décrit avec précision : de faux contenus publiés sur X, usurpant les identités visuelles de RFI, BFM, Le Parisien, Ouest-France, Libération, France 24 et l’AFP, affirmant notamment que l’intéressé présenterait des signes de la maladie de Parkinson. L’AFP dépêche, Le Parisien reprend, Franceinfo décline, le reste suit. Troisième opération en quelques jours, après Édouard Philippe et Raphaël Glucksmann.

Et maintenant, la question idiote. Celle qu’aucun de ces confrères ne pose : qui, exactement, a vu ces contenus ?

Pas l’article de l’AFP. Pas le communiqué. Le contenu original. La fausse vidéo. Le faux reportage. Qui, parmi les millions de Français qui passent leurs journées sur les réseaux, a croisé une seule de ces images avant que le service de communication d’un candidat ne les signale à la presse ?

Une opération si discrète qu’il faut un communiqué pour la découvrir

La réponse est dans les chiffres, et ce sont ceux de Viginum, pas les nôtres : entre 100 000 et 200 000 vues, « en grande partie de façon artificielle et inauthentique ». Traduisons pour ceux qui n’ont pas la chance de fréquenter la langue administrative : des robots qui se regardent les uns les autres, puis des comptes jetables qui interpellent des fact-checkers pour qu’ils daignent réagir. Une opération de déstabilisation de l’élection présidentielle française avec l’audience d’une chaîne YouTube consacrée au macramé.

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Nous voilà donc face à un objet politique remarquable : une ingérence numérique assez invisible pour n’exister pratiquement pas dans l’espace public réel, et assez grave pour justifier une communication politique immédiate. Une attaque qui n’atteint personne — jusqu’à ce que les victimes elles-mêmes, épaulées par l’ensemble de la presse subventionnée, se chargent gracieusement de la diffusion. Si Matriochka existe, ses opérateurs doivent lever leur verre chaque soir à la santé du service de presse de Renaissance. Jamais amplification n’aura été aussi bon marché.

Le mécanisme, lui, fonctionne à merveille. Annoncer qu’on est attaqué par la Russie, c’est obtenir en une phrase deux choses qu’aucun bilan ne permet plus d’obtenir : le statut de victime sérieuse, et celui de défenseur de la démocratie. On ne discute plus votre programme, on ne compte plus vos échecs : on vous plaint et on vous protège. Le passe-partout absolu.

Le précédent américain, ou l’art de faire passer une info vraie pour une opération russe

On nous dira que la Russie mène de vraies opérations d’influence. C’est exact, et personne d’honnête ne le conteste ici. Les réseaux de bots existent, Doppelgänger existe, Storm-1516 existe. Poutine dirige la Russie d’une main de fer, et fait la guerre à un pays voisin. Voilà pour les faits.

Le problème n’est pas là. Il est dans l’usage domestique de ces faits.

Le cas d’école reste américain, et il mérite d’être rappelé à chaque fois qu’un cabinet ministériel sort l’argument. Octobre 2020 : le New York Post publie le contenu de l’ordinateur portable de Hunter Biden. Cinquante et un anciens hauts responsables du renseignement américain signent aussitôt une lettre affirmant que l’affaire porte toutes les marques d’une opération d’information russe. Joe Biden s’en sert en débat télévisé. Les réseaux sociaux censurent l’article. Et l’ordinateur, quelques mois plus tard, s’avère parfaitement authentique — confirmé par le FBI, puis, du bout des lèvres, par les mêmes médias qui avaient hurlé à la manipulation.

Ajoutez le dossier Steele, financé via le cabinet d’avocats de la campagne Clinton, bourré d’allégations jamais corroborées et utilisé pour obtenir des surveillances judiciaires. Ajoutez trois années de collusion Trump-Russie présentée comme un fait établi, jusqu’au rapport Mueller : interférence russe, oui ; conspiration criminelle ou coordination de campagne, non. Ajoutez le serveur secret de l’Alfa Bank, la fameuse cassette compromettante jamais produite, les votes prétendument modifiés dans les machines dont aucune preuve n’a jamais existé.

Une décennie de « c’est la Russie » réflexe, dont il ne reste presque rien. C’est ce bilan-là que devraient garder en tête ceux qui exigent aujourd’hui qu’on prenne un communiqué de Viginum pour parole d’Évangile.

Xenia Fedorova, ou l’ingérence comme motif d’expulsion

Le volet français a pris un tour plus sérieux le 29 juillet. Xenia Fedorova, ancienne présidente de RT France jusqu’à la fermeture de la chaîne en 2022, aujourd’hui chroniqueuse sur CNews et au JDNews, s’est vu notifier un arrêté ministériel d’expulsion. Assignation à résidence, pointage quotidien au commissariat, avoirs gelés pour 6 mois. Motif : son comportement porterait atteinte aux intérêts fondamentaux de l’État, et sa présence constituerait une menace particulièrement grave et actuelle pour l’ordre public.

Qu’a-t-elle fait ? Elle a dit à l’antenne à peu près ce que dit depuis des années Luc Ferry, ancien ministre de l’Éducation nationale de Jacques Chirac, sur l’aveuglement stratégique européen, l’élargissement de l’OTAN sans architecture de sécurité, la fabrication d’un ennemi commode. On n’expulse pas Luc Ferry. Franceinfo, sommé de préciser le grief, a fini par lâcher qu’elle déroulait à l’antenne le discours de Moscou. C’est tout. Aucune infraction, aucun délit, aucun propos illégal.

Robert Ménard, cofondateur de Reporters sans frontières, l’a dit sans détour dans une tribune : il ne se fait aucune illusion sur le positionnement de la dame, qu’il juge relais de la propagande du Kremlin, mais il trouve l’arrêté disproportionné. Sa question mérite d’être reprise telle quelle : va-t-on désormais empêcher de s’exprimer ceux qui pensent mal ou racontent des sottises ?

La réponse est oui. Et ce n’est pas nouveau. Le 19 novembre 2016 — six ans avant le déclenchement de la guerre en Ukraine —, la revue Éléments organisait un colloque avec l’écrivain Zakhar Prilepine et le philosophe Alexandre Douguine. Ce dernier, lors d’une escale en Allemagne, apprend qu’il est indésirable en France ; on le remet dans un avion pour Moscou. En quoi la venue de deux intellectuels à un colloque parisien relevait-elle d’une ingérence ? Le gouvernement français ne l’a jamais expliqué. Il n’a jamais eu à le faire.

Et puisqu’on parle de précédents : en décembre 2024, la Cour constitutionnelle roumaine a annulé le premier tour d’une élection présidentielle pour cause d’ingérences présumées, sans jamais les qualifier précisément. Un candidat nationaliste était en tête. On notera que l’invocation de l’ingérence produit des effets juridiques bien réels, y compris sur des résultats électoraux, sans avoir à produire l’ombre d’une preuve devant les citoyens concernés. Ceux qui s’inquiètent aujourd’hui pour 2027 n’ont pas besoin d’imaginer un complot : il leur suffit de lire les journaux de 2024.

Les ingérences qui n’en sont jamais

Restent les autres. Celles dont on ne parle pas, parce qu’elles ne viennent pas de l’Est.

Dominique de Villepin est devenu, selon la formule employée par plusieurs commentateurs, l’avocat officieux du Qatar en France. Ségolène Royal passe une part considérable de son temps en Algérie, au point que l’éditorialiste Kamel Daoud a pu parler d’elle dans Le Point comme d’une influenceuse d’Alger. Marie-France Garaud a révélé de son vivant que Jean Monnet, l’un des pères fondateurs de la construction européenne, émargeait aux fonds secrets de la CIA. On attend toujours le gel d’avoirs, l’assignation à résidence, le communiqué de Viginum.

Les journalistes qui relaient consciencieusement la ligne de Washington, de Tel-Aviv, d’Alger, de Doha ou de Bruxelles ne relèvent d’aucune ingérence. Ils font du journalisme d’opinion, ce qui est parfaitement légitime — et nous le défendrons toujours. Simplement, la légitimité devrait valoir dans les deux sens. Elle ne vaut que dans un.

Le plus comique, dans cette affaire, c’est que Gabriel Attal, Raphaël Glucksmann et Édouard Philippe n’ont besoin de personne pour perdre. Ils s’en sortent très bien tout seuls.

Aucun bot russe n’a dissous l’Assemblée nationale en juin 2024 par caprice. Aucune poupée gigogne n’a fait passer la dette publique là où elle est. Aucun réseau de désinformation n’a désindustrialisé le pays, saturé les urgences, vidé les campagnes, importé une immigration que personne n’a jamais votée, ni transformé le débat public en tribunal permanent où le citoyen qui proteste est sommé de prouver qu’il n’est pas manipulé.

Ce que la macronie appelle ingérence russe, ce sont des Français qui ne croient plus au spectacle. Qui ont regardé pendant neuf ans une classe dirigeante expliquer que tout allait bien, que les chiffres étaient bons, que le problème venait des gens. Ils n’ont pas eu besoin d’un faux logo de BFM sur X pour arriver à cette conclusion. Ils ont eu leurs fins de mois, leurs urgences fermées, leurs commissariats débordés et leurs enfants qui ne trouvent pas de logement.

Il y aura d’autres opérations Matriochka, d’autres communiqués, d’autres dépêches. Il y en aura de plus en plus à mesure qu’approchera avril 2027. On peut d’ores et déjà en prévoir le calendrier : elles se multiplieront à mesure que les sondages se dégraderont, et elles viseront exclusivement des candidats du bloc central.

Ce jour-là, on repensera à ce mois d’août 2026, où un service de l’État a communiqué en urgence sur une campagne de déstabilisation que personne, dans ce pays, n’avait vue passer.

YV

Crédit photo : DR

[cc] Breizh-info.com, 2026, dépêches rédigée par la rédaction de breizh-info.com, parfois avec l’aide d’une Intelligence artificielle (correction, mise en forme). Dépêche libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

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