Six associations du Morbihan et des îles publient ce mercredi 5 août, depuis Quiberon, un appel commun à participer à l’enquête publique sur le raccordement électrique des parcs éoliens Bretagne Sud, ouverte du 17 août au 28 septembre. Signataires : la Fédération protection aménagement baie de Quiberon, îles et grand site dunaire ; les Gardiens du Large ; Non aux éoliennes visibles depuis Groix ; Le Génie du Lieu ; Sites & Monuments ; et l’Union Belliloise.
Leur mot d’ordre est sans ambiguïté : c’est le moment ou jamais de dire non, le rejet du raccordement valant rejet des parcs qui en dépendent.
Ce que couvre l’enquête
L’enquête a été annoncée le 27 juillet par les préfets du Morbihan et du Finistère. Elle porte sur le seul projet de raccordement mutualisé au réseau électrique national à haute tension de deux parcs : l’AO5 (250 MW, promoteur germano-belgo-coréen Pennavel) et l’AO10 (ex-AO9, 500 MW, encore en appel d’offres).
Elle doit recueillir l’avis des citoyens avant que le préfet accorde ou non l’autorisation environnementale au projet, ainsi que la déclaration d’utilité publique pour sa partie terrestre.
Le point mérite d’être souligné : les parcs eux-mêmes n’en sont qu’au stade préliminaire. Pennavel n’a pas encore défini ses caractéristiques techniques, et le lauréat de l’AO10 n’est pas désigné. Ces deux projets feront probablement l’objet d’une procédure ultérieure, uniquement électronique, pour obtenir chacun leur propre autorisation environnementale.
D’où l’insistance des signataires : l’enquête ouverte le 17 août est, selon eux, la seule véritable consultation sur registres et avec commissaires enquêteurs portant sur le projet Bretagne Sud.
Le chiffrage et le tracé
Le raccordement sera construit et financé par RTE, à la charge des consommateurs d’électricité, pour 1,6 milliard d’euros.
Le tracé comprend :
- un poste électrique en mer de 60 mètres de haut, en bordure des parcs, à 29 km au sud de Groix et 23 km à l’ouest de Belle-Île
- environ 36 km de câbles sous-marins jusqu’à la plage de Kerhillio, à Erdeven
- 26 km de câbles souterrains jusqu’au poste 225 kV de Pluvigner
Le tracé traverse au passage la zone Natura 2000 du grand site dunaire ainsi que le périmètre des mégalithes récemment inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO.
Le dossier d’enquête, rendu public pour le 17 août, s’appuie sur une étude d’impacts de RTE. En septembre 2025, le préfet du Morbihan avait soumis une version préliminaire de cette étude aux conseils municipaux et intercommunalités concernés : la plupart lui ont retourné un avis négatif.
Les motifs d’opposition
Le communiqué énumère les nuisances mises en avant : des éoliennes de 340 mètres — la hauteur de la tour Eiffel —, la destruction de paysages emblématiques de la région, l’empiétement du raccordement sur le patrimoine mégalithique multimillénaire, l’industrialisation de la mer et les menaces pour ceux qui en vivent, pêcheurs et économie touristique au premier chef.
S’y ajoutent les atteintes à la biodiversité, particulièrement aviaire, et ce que les signataires qualifient d’absurdité et d’incertitudes techniques : Bretagne Sud constitue un prototype d’éolien flottant industriel. Ils avancent enfin que 70 % des coûts générés seront supportés par des fonds publics.
Comment participer
Le dossier d’enquête et les registres seront disponibles du lundi 17 août au lundi 28 septembre dans les mairies d’Erdeven, Brec’h, Locoal-Mendon, Ploemel, Plouharnel, Pluvigner, Groix, Le Palais et Quiberon.
Participation par internet : morbihan.gouv.fr, rubrique Publications puis Participation du public.
Les associations rappellent que chacun peut motiver sa réponse à sa guise, mais qu’une formulation laconique suffit à être recevable — « Je m’oppose au projet éolien Bretagne Sud », suivie d’au moins un motif général.
Permanences des commissaires enquêteurs :
- Lundi 17 août, 9h-12h30 — mairie de Plouharnel
- Vendredi 21 août, 8h30-12h — mairie du Palais
- Mardi 25 août, 14h-17h — mairie d’Erdeven
- Vendredi 28 août, 8h30-12h — mairie de Groix
- Lundi 31 août, 14h-17h30 — mairie de Quiberon
- Samedi 5 septembre, 8h45-12h — mairie de Pluvigner
- Mercredi 9 septembre, 13h45-17h30 — mairie de Brec’h
- Mardi 15 septembre, 9h-12h30 — mairie de Ploemel
- Jeudi 17 septembre, 8h30-12h — mairie de Locoal-Mendon
- Mercredi 23 septembre, 9h-12h — mairie d’Erdeven
- Lundi 28 septembre, 13h30-17h30 — mairie de Plouharnel
Les signataires invitent les habitants, permanents ou occasionnels, à venir s’exprimer collectivement lors de ces permanences.
Un calendrier déjà contesté
Cet appel s’ajoute à celui de l’association PIEBÎEM, qui dénonçait le 31 juillet depuis Arradon le choix d’ouvrir une consultation citoyenne en plein mois d’août, et réclamait un sursis au démarrage de la procédure.
Deux griefs y étaient avancés. D’abord l’absence du diagnostic archéologique complet au moment de l’ouverture de l’enquête, alors que le tracé traverse une zone classée à l’UNESCO au titre de ses mégalithes — un point sur lequel les garants de la Commission nationale du débat public avaient alerté.
Ensuite, deux recours pendants devant le Conseil d’État. Le premier vise l’annulation de l’appel d’offres n° 10 : il réunit Cérémé, la Fédération Environnement Durable, le Réseau Énergies Terre&Mer et Vent des Maires, aux côtés de PIEBÎEM, des Amis de Saint-Gildas et de la presqu’île de Rhuys, et de Gerveur Da Viken. Le second attaque le décret PPE3, dont dépend Bretagne Sud 2 : y participent la Fédération Environnement Durable, Vent de Colère, Sites et Monuments — également signataire de l’appel de ce mercredi —, ainsi que PIEBÎEM, les Gardiens du Large et Gerveur Da Viken.
L’enquête publique s’ouvre donc alors que les deux étages réglementaires sur lesquels repose le projet sont contestés devant la plus haute juridiction administrative.
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