Ducros, Lipton, Taureau Ailé : des pesticides interdits massivement détectés dans nos aliments du quotidien

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L’ONG foodwatch a rendu public mardi 19 mai les résultats d’une vaste campagne d’analyses portant sur 64 produits alimentaires courants — riz, thés et épices — vendus en grande distribution dans quatre pays européens, dont la France. Le constat est sévère : 49 produits sur 64 contiennent des résidus de pesticides, et parmi les 54 substances différentes identifiées, 27 sont interdites dans l’Union européenne en raison de leur dangerosité pour la santé humaine et l’environnement. Deux produits français dépassent les limites légales et devraient, selon l’ONG, faire l’objet d’un rappel immédiat.

La France particulièrement touchée

Sur les 15 produits français passés au crible par le laboratoire indépendant mandaté par foodwatch, 13 contiennent des traces de pesticides, et 12 d’entre eux abritent des substances pourtant prohibées sur le territoire européen. La totalité des thés et des épices analysés est contaminée. Les marques épinglées sont loin d’être confidentielles : Ducros, Albert Ménès, Intermarché (Bouton d’or) pour les épices ; Lipton, Twinings, Carrefour, Leader Price et Monoprix pour les thés ; Taureau Ailé, Carrefour et Leader Price pour les riz.

Certains produits cumulent un véritable cocktail chimique. Le paprika doux moulu de Ducros affiche 18 résidus de pesticides distincts, dont 6 interdits. Le paprika de la marque Bouton d’or, distribuée par Intermarché, en concentre 14, dont 5 prohibés. Au niveau européen, foodwatch indique avoir détecté jusqu’à 22 substances différentes sur un seul et même échantillon de paprika.

Deux produits hors-la-loi : le paprika Ducros et le riz Taureau Ailé

Deux références françaises dépassent purement et simplement les limites maximales de résidus autorisées par la réglementation européenne. Le paprika doux moulu de Ducros contient du chlorfénapyr — un insecticide interdit — ainsi que du flonicamide, à des taux supérieurs aux seuils légaux. Le riz Le Thaï de la marque Taureau Ailé, lui, présente une concentration d’anthraquinone supérieure à la limite autorisée. Cette substance, prohibée dans l’Union, peut provenir d’un répulsif aviaire ou d’une pollution atmosphérique.

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foodwatch a sommé les autorités françaises de procéder au retrait-rappel immédiat de ces deux produits et a parallèlement adressé une lettre ouverte aux ministres de l’Agriculture et de la Santé.

L’« effet boomerang » : interdits ici, exportés là-bas, importés ensuite

Le mécanisme dénoncé par foodwatch n’a rien d’un hasard de la mondialisation. L’ONG le résume sous l’expression d’« effet boomerang » : des substances jugées trop dangereuses pour être épandues sur les sols européens continuent d’être fabriquées par l’industrie agrochimique du Vieux Continent, puis exportées vers des pays tiers, principalement en Asie et en Afrique, où elles servent à traiter des cultures dont une partie revient sur le marché européen sous forme de produits importés.

Selon les chiffres avancés par les ONG Public Eye et Unearthed, les exportations européennes de pesticides prohibés sur le sol communautaire ont bondi de 50 % entre 2018 et 2024. Le riz, le thé et les épices figurent précisément parmi les denrées les plus exposées, du fait qu’elles ne sont presque pas cultivées au sein de l’Union et dépendent largement des filières d’importation.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s’était engagée en 2020 à interdire l’exportation hors UE des substances chimiques prohibées sur le territoire communautaire. Six ans plus tard, le processus législatif initié en 2022 est, selon foodwatch, à l’arrêt. Camille Dorioz, responsable de campagnes de l’ONG en France, dénonce une promesse non tenue dont les consommateurs européens font les frais à leur insu.

Le projet Omnibus pourrait aggraver la situation

Loin d’aller dans le sens d’un durcissement, Bruxelles s’apprête au contraire à examiner le projet « Food and Feed Safety Omnibus », présenté par la Commission comme un effort de « simplification » des règles européennes en matière de sécurité alimentaire. foodwatch décrit ce texte comme une régression : il affaiblirait, selon l’ONG, les limites maximales de résidus, allégerait les contrôles aux frontières et assouplirait les procédures d’évaluation sanitaire des pesticides. Le projet, qui regroupe en un seul paquet dix textes essentiels de la sécurité alimentaire européenne, fait déjà l’objet d’une pétition rassemblant plus de 81 000 signatures.

L’ONG souligne l’incohérence du calendrier : c’est au moment précis où les analyses confirment l’ampleur de la contamination que les institutions européennes envisagent d’alléger l’arsenal de contrôle.

Un cocktail dont les effets cumulés restent peu étudiés

Au-delà de la question des seuils, foodwatch insiste sur une lacune méthodologique de l’évaluation européenne : les limites de résidus sont calculées substance par substance, sans prise en compte des interactions entre molécules. Or les analyses du laboratoire indépendant ont relevé jusqu’à 22 pesticides différents sur un même échantillon. Plusieurs travaux scientifiques pointent depuis des années les risques liés à ces « effets cocktail », notamment pour les substances suspectées d’agir comme perturbateurs endocriniens — pour lesquelles, rappelle l’ONG, la dose ne conditionne pas nécessairement la toxicité.

Les études épidémiologiques disponibles établissent par ailleurs un lien entre l’exposition régulière à certains pesticides et l’apparition de cancers ou de maladies neurodégénératives.

Les revendications de foodwatch

L’ONG formule plusieurs demandes précises : interdiction totale du commerce des pesticides non autorisés au sein de l’UE, abaissement automatique de toutes les limites maximales de résidus au seuil de détection pour les substances prohibées, suspension du projet Omnibus, renforcement des contrôles aux frontières et sanctions financières dissuasives à l’encontre des opérateurs qui contournent leurs obligations légales. Sur ce dernier point, foodwatch rappelle que le règlement européen 178/2002 fait peser la responsabilité de la sécurité alimentaire sur les opérateurs eux-mêmes — fournisseurs, marques et distributeurs.

Pour la France, c’est désormais aux pouvoirs publics de décider s’ils retirent ou non du marché le paprika Ducros et le riz Taureau Ailé pointés du doigt. Une décision dont l’issue, au-delà de ces deux marques, donnera la mesure du sérieux avec lequel les autorités sanitaires entendent traiter la question des « pesticides boomerang ».

Photo d’illustration : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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2 réponses à “Ducros, Lipton, Taureau Ailé : des pesticides interdits massivement détectés dans nos aliments du quotidien”

  1. beauchene dit :

    L’avenir de la recherche anti cancer sera de faire de la recherche sur l’ effets cocktail de ses multiples pesticides.

  2. Yvette dit :

    Et c’est là où, de temps en temps sur certains produits, le bio peut être plus sécurisant (surtout dans les petites enseignes comme Biocoop ou autres…). Cela fait bien longtemps que je n’achète plus de riz de grande marque. Et en vrac cela me coûte bien moins cher, de surcroît… (Voilà, c’était mon petit conseil du jour).

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