L’enseigne de grande distribution E.Leclerc de Noyal-sur-Vilaine, en Ille-et-Vilaine, a décidé de retirer de ses rayons les pièges à colle destinés à la capture des rongeurs. Cette décision fait suite à une campagne menée par l’association PAZ (Projet Animaux Zoopolis) entre l’hiver et le printemps 2026, qui a abouti par voie de pétition et de mobilisation devant l’établissement breton.
L’association, fondée en 2017 et spécialisée dans la défense des animaux sans distinction d’espèces, communique cette semaine sur sa victoire bretonne tout en appelant l’ensemble du réseau E.Leclerc à suivre l’exemple. Plus de 80 magasins de la chaîne ne commercialisent déjà plus ces dispositifs jugés cruels par de nombreux observateurs.
Une mobilisation déclenchée par une cliente
L’origine du dossier remonte à un signalement d’une cliente prénommée Catherine, choquée de découvrir des pièges à colle dans les rayons du magasin de Noyal-sur-Vilaine, commune de l’agglomération rennaise. Selon le communiqué de PAZ, cette cliente a contacté l’association pour qu’elle agisse. Une pétition a été lancée et a récolté plus de 19 000 signatures.
Le groupe local PAZ de Rennes a ensuite organisé une mobilisation devant le magasin le 4 avril 2026. À cette occasion, la direction de l’établissement a annoncé à la référente associative qu’elle cessait la commercialisation de ces pièges. Mi-mai 2026, une vérification effectuée par la cliente à l’origine du signalement a confirmé que les rayons étaient désormais vides de ces produits.
« Le E.Leclerc Noyal-sur-Vilaine a décidé d’arrêter de vendre des pièges à colle. Nous les félicitons et les encourageons à sensibiliser la direction nationale, qui contrairement à Carrefour, Gamm vert, Les Mousquetaires, etc. ne s’est toujours pas engagée à arrêter la vente de ce produit cruel », a déclaré Amandine Sanvisens, cofondatrice de PAZ.
Le mode d’action des pièges à colle
Les pièges à colle se présentent généralement sous la forme d’une plaque ou d’un morceau de carton recouvert d’une substance adhésive très collante. Lorsqu’un animal entre en contact avec la surface, il s’y trouve immobilisé. Selon la documentation rassemblée par PAZ, les animaux piégés agonisent souvent plusieurs heures, voire plusieurs jours, certains tentant de se déchirer la peau, de ronger leurs propres membres ou se brisant les os en essayant de se décoller. Les yeux et muqueuses peuvent également se trouver englués, entraînant une mort lente par étouffement.
Particularité notable, ces produits sont considérés comme tellement cruels par les autorités européennes que les fabricants ne sont légalement pas autorisés à les présenter comme des pièges mortels sur leur emballage. Une décision d’exécution de l’Union européenne du 7 septembre 2017 les classe comme de simples instruments de capture.
Le caractère non sélectif de ces dispositifs constitue par ailleurs un problème majeur. Selon PAZ, de nombreux animaux non visés meurent englués dans ces pièges initialement posés pour les rongeurs : oiseaux divers, petits mammifères, mais aussi des espèces protégées par la loi française comme les hérissons ou les rouges-gorges.
Des interdictions déjà en vigueur dans plusieurs pays
L’argument international compte parmi les leviers de l’association. Plusieurs États ont déjà interdit l’utilisation ou la vente des pièges à colle, ou imposé des restrictions d’usage strictes : la Suisse, l’Irlande, le Pays de Galles, la Wallonie, la Région de Bruxelles-Capitale, l’Angleterre, l’Écosse, l’Islande, l’Inde et la Nouvelle-Zélande figurent parmi les pays ayant légiféré.
L’efficacité même de ces dispositifs est par ailleurs largement contestée. La décision d’exécution européenne de 2017 indique qu’aucune étude approfondie n’a été menée car « la condition d’efficacité suffisante n’est pas remplie ». Les contraintes d’utilisation (sensibilité à la poussière, à l’humidité, aux variations de température) rendent leur efficacité aléatoire.
Du point de vue juridique français, plusieurs juristes spécialisés en droit animalier soulignent une contradiction potentielle entre l’usage de ces pièges et les dispositions du code pénal protégeant les animaux domestiques contre les mauvais traitements. Les souris (Mus musculus) et les rats surmulots (Rattus norvegicus) figurent en effet sur la liste des espèces classées domestiques par arrêté ministériel du 11 août 2006, ce qui leur ouvre la protection des articles 521-1 et R.654-1 du code pénal.
Une mobilisation parlementaire transpartisane
Le sujet a généré une mobilisation politique d’ampleur inhabituelle, transcendant les clivages traditionnels. Trois propositions de loi ont été déposées au Parlement français pour interdire la production, la commercialisation et l’utilisation de ces pièges :
- le 3 mars 2025, par le sénateur Bernard Jomier (Socialiste, écologiste et républicain, Paris) ;
- le 17 avril 2025, par le député Gabriel Amard (La France Insoumise, Rhône) ;
- le 18 novembre 2025, par le député Emmanuel Mandon (Les Démocrates, Loire).
Au-delà de ces textes, plusieurs dizaines de parlementaires ont interpellé le gouvernement par voie de questions écrites. Les sensibilités politiques représentées dans cette mobilisation traversent l’ensemble du spectre : Rassemblement National (Bruno Bilde, Emmanuel Blairy, Joseph Rivière, Serge Muller, Christopher Szczurek, Katiana Levavasseur, Christine Engrand), Les Républicains (Dominique Estrosi Sassone, Arnaud Bazin, Olivier Paccaud), socialistes (Jérôme Darras, Christine Pirès Beaune, Denis Fégné, Mickaël Bouloux), écologistes (Antoinette Guhl, Anne Souyris, Marie-Charlotte Garin), majorité présidentielle (Karl Olive, Corinne Vignon), centristes (Sophie Mette), communistes (Cathy Apourceau-Poly), insoumis (Nathalie Oziol, Marianne Maximi, Ersilia Soudais), et plusieurs non-inscrits dont Bernard Chaix (Union des droites pour la République).
Au Parlement européen, l’eurodéputée Emma Fourreau (The Left) a également déposé une question écrite à la Commission européenne.
Le député breton Mickaël Bouloux (Socialistes et apparentés, 8e circonscription d’Ille-et-Vilaine) figure parmi les parlementaires bretons mobilisés sur le sujet, avec une question écrite déposée en mars 2025 sur l’utilisation des pièges à colle et la souffrance animale.
Une cascade d’engagements de la grande distribution
L’engagement du E.Leclerc de Noyal-sur-Vilaine s’inscrit dans un mouvement de fond qui touche la grande distribution française. Selon le bilan tenu par l’association PAZ, plusieurs enseignes majeures se sont engagées à retirer ces produits de leurs rayons à la suite de leurs campagnes successives : Leroy Merlin, Mr.Bricolage, Rural Master, L’Entrepôt du Bricolage, Bricoman, Bricorama, Brico cash, Bricomarché, Intermarché, Netto (l’ensemble du groupe Les Mousquetaires depuis mars 2025), Carrefour (engagement national après écoulement des stocks fin 2025), Jardiland, Gamm vert, VillaVerde, Kiriel, Point Vert, Magasin Vert (réseaux Eureden, Euralis, LORCA, Apex et Méristème Est), Desjardins, et plus récemment Noz et le site Maxiburo.
À l’inverse, plusieurs enseignes continuent à ce jour de commercialiser ces produits selon la documentation de PAZ : E.Leclerc au niveau national, ainsi que des sites de vente en ligne comme Amazon, Cdiscount, Shein, Fnac Darty, La Boutique du Bricolage, des jardineries comme Sanrival, OOGarden, Magellan, des animaleries comme Nilufar, et des enseignes généralistes comme B&M, GiFi ou LaMaison.fr.
Le siège de E.Leclerc encore silencieux
Dans le cas spécifique du groupe E.Leclerc, la situation est particulière. Plus de 80 magasins de l’enseigne ont d’ores et déjà cessé la commercialisation à titre individuel, conformément au modèle décentralisé qui caractérise la coopérative depuis sa fondation par Édouard Leclerc en 1949. Le siège national, en revanche, ne s’est pas encore engagé sur une position uniforme à l’inverse de Carrefour ou des Mousquetaires.
L’enseigne, qui revendique sa structure coopérative et l’autonomie de ses adhérents, laisse à chaque magasin la décision finale sur les références proposées en rayon. Cette spécificité organisationnelle explique en partie la diversité des situations rencontrées d’un magasin à l’autre, et c’est précisément cette autonomie locale qui a permis aux clients militants de Noyal-sur-Vilaine d’obtenir gain de cause directement auprès du directeur du magasin.
La position du gouvernement français
L’association PAZ indique avoir alerté le ministère de l’Écologie sur la cruauté des pièges à colle lors d’un échange ministériel le 28 mars 2024. Une tribune cosignée par des associations de protection animale et des centres de soins pour animaux sauvages a par ailleurs été publiée dans Le Monde le 10 février 2026, appelant à l’interdiction de ces dispositifs.
À ce jour, et malgré les propositions de loi déposées au Parlement et les nombreuses interpellations des ministres, la France n’a toujours pas légiféré pour interdire la fabrication, la commercialisation ou l’utilisation des pièges à colle. L’association indique vouloir maintenir sa mobilisation tant qu’une législation contraignante n’aura pas été adoptée.
Pour les défenseurs de la cause animale, l’épisode de Noyal-sur-Vilaine illustre l’efficacité d’une action militante ciblée, à l’échelle d’un magasin et d’un territoire local. Pour les opposants à toute évolution réglementaire en la matière, en particulier dans le secteur agricole confronté à la problématique des rongeurs nuisibles, la disparition progressive de ces outils du marché soulève des questions sur les alternatives concrètes disponibles pour faire face aux infestations dans les exploitations rurales. Le débat parlementaire qui s’annonce, si les propositions de loi déposées prospèrent, devra trancher entre ces deux logiques. En attendant, c’est au cas par cas, magasin par magasin, que se joue l’évolution du marché français.
Crédit photo : capture site ville de Guérande (photo d’illustration)
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3 réponses à “Bretagne : le E.Leclerc de Noyal-sur-Vilaine cesse de vendre des pièges à colle après une mobilisation associative”
Bonjour,
Ces pièges à colle sont efficaces et importants pour préserver l’environnement et l’hygiène d’une maison. Tout d’abord, ils utilisent des produits très peu toxiques en comparaisons des boulettes utilisées habituellement pour tuer ces animaux. Ensuite, les souris et plus encore les rats, s’adaptent bien aux pièges habituels qu’ils évitent facilement. Ils arrivent même à s’adapter aux pièges à colle, et il faut ruser avec eux. Bien entendu, c’est vrai à la campagne dans de vieilles maisons qui ont particulièrement besoin de ce genre d’outils. Un pauvre citadin ne peut pas comprendre. Ce dernier mène une lutte absurde et dangereuse contre les humains sans s’en apercevoir. Car si vous êtes infesté de rats et de souris, votre nourriture est contaminée par tout un tas d’agents pathogènes. Nous avons oublié que la peste a été véhiculée par les rats dans notre société du confort. Ceux qui ignorent l’histoire sont condamnés à la revivre.
Reste l’argument de la cruauté. C’est vrai, c’est un peu cruel. Arracher une souris d’un tapis de colle l’est aussi. Mais la nature est cruelle. Et les gens qui se croient exempts de cruauté, le sont encore plus que les autres. Ils développent des solutions toxiques et néfastes pour les humains. Les rats et les souris en campagne peuvent très bien vivre leur vie sans les humains. Ils n’ont pas besoin d’entrer dans les maisons. Il faut le leur rappeler de temps en temps, par pédagogie, sinon c’est l’invasion, mais aussi les moyens toxiques auxquels ils s’habituent, la pollution de l’environnement les maladies qui vont avec. A l’inverse, le piège à colle est une solution équilibrée tant qu’il est utilisé à l’intérieur des habitations.
Cdt.
M.D
Ps : reconnectez vous un peu à votre nature avant de donner des leçons environnementales…
Si je comprends bien beaucoup d’escrologues auraient été pris au piège en voulant se mêler de ce qui ne les regarde pas, ces nouvelles blattes communes doivent être traitées avec un puissant insecticide.
Tout un article en défaveur de ces pièges et trois lignes pour rappeler » des questions sur les alternatives concrètes disponibles pour faire face aux infestations dans les exploitations rurales » J’ai été infesté de souris mulots et en ai attrapé des dizaines sous l’évier de la cuisine, avec des tapettes. J’ai eu aussi des rats, très habiles à éviter pièges et appâts. Notre chat en ramène, merci. J’ai le tort d’être un « rural ».