Deux jours, deux victoires, une seule équipe aux commandes : le Tour de France 2026 a-t-il déjà rendu son verdict avant même d’avoir quitté les Pyrénées-Orientales ? Ce lundi, sur la route de Granollers aux Angles, Tadej Pogacar n’a laissé aux fuyards que le parfum de la victoire — jamais la victoire elle-même. Le dernier baroudeur en course, Alex Baudin, a été cueilli à 11,5 kilomètres de l’arrivée après s’être consolé avec le maillot à pois. Le Slovène, lui, a réglé l’affaire à sa manière : 200 mètres d’accélération, et Jonas Vingegaard relégué à deux secondes, dépossédé du jaune qu’il portait depuis le prologue.
Un scénario qui devient lassant
La mécanique est désormais connue par cœur, et c’est bien ce qui interroge. Après avoir offert la victoire à son lieutenant Isaac Del Toro la veille à Barcelone, Pogacar a cette fois choisi de tout garder pour lui : l’étape, sa 22e sur la Grande Boucle, et le maillot jaune, obtenu sans même avoir eu besoin de creuser un écart conséquent — l’addition des bonifications a suffi. UAE Emirates-XRG n’a même pas eu besoin d’un plan écrit à l’avance : « Au milieu de l’étape, on a décidé de jouer la victoire d’étape. Ce n’était pas forcément le plan au début », a reconnu le champion du monde au micro d’Eurosport, comme si la course entière n’était qu’une question d’opportunités à cueillir au fil de l’humeur du peloton.
C’est bien là que le bât blesse. Une équipe capable de changer ses intentions en cours d’étape et de rafler malgré tout la mise, deux jours de suite, sur un parcours censé ménager les organismes avant les hautes montagnes : le message envoyé au reste du peloton — et aux spectateurs — commence à ressembler à une démonstration de force plus qu’à une compétition. À J-3, Remco Evenepoel, Florian Lipowitz, Juan Ayuso ou Richard Carapaz ont déjà l’air de courir pour la deuxième place.
Le symbole Darrigade, et déjà les regards vers le Tourmalet
Ce mardi 7 juillet, la caravane bascule en Ariège pour la 4e étape, entre départ à 13h10 et arrivée estimée à 17h34 à Foix, sous une chaleur qui ne faiblit pas : 39°C au départ, 37°C à l’arrivée, un vent quasi nul en fin de parcours. Après le Tourmalet version aller-simple pour les baroudeurs de la veille, ce mardi pourrait offrir un peu de répit aux échappés — ou pas, tant les équipes de sprinteurs polyvalents lorgnent les 50 points offerts à l’arrivée.
Le tracé n’a rien d’une autoroute : col de Bedos, col du Paradis, puis surtout col de Coudons (10,7 km à 5,5 %) et col de Montségur (6,9 km à 6,9 %), avant une longue descente de onze kilomètres qui ramène le peloton à 35,5 kilomètres de la ligne. De quoi trier sérieusement le groupe des prétendants à l’étape.
Cette fois, c’est Lidl-Trek qui devrait dicter le scénario, avec un objectif limpide : porter Mads Pedersen vers le maillot vert. Le Danois, qui pourrait grappiller les points du sprint intermédiaire de Quillan avant de viser l’étape, aura besoin d’un solide porteur d’eau — Mathias Vacek en tête de liste — pour passer les cols ariégeois avant le sprint. Face à lui, Michael Matthews, Dorian Godon (déjà plusieurs fois vainqueur cette saison), Michael Valgren ou Filippo Ganna se partagent le costume d’outsiders, sans oublier Mathieu van der Poel, qui pourrait bien trouver là un profil d’étape taillé pour lui.
Reste à savoir si, comme la veille, les favoris du général laisseront filer une échappée qui ne les concerne pas — ou si UAE, en pleine razzia depuis le départ, décidera une nouvelle fois d’imposer son tempo, même sur un jour qui ne devrait pas, en théorie, être le sien.
Photo : © A.S.O / Charly Lopez
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