De la métaphysique aux serveurs : les philosophes entrent dans l’industrie de l’IA

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Longtemps raillée comme un diplôme sans débouché, la philosophie trouve une reconnaissance inattendue dans un secteur en pleine expansion. Les laboratoires d’intelligence artificielle et les structures qui gravitent autour recrutent désormais des spécialistes de l’éthique, de la logique et de la philosophie de l’esprit, aux côtés des ingénieurs en apprentissage automatique. En avril, la filiale de Google, DeepMind, a même publié une offre d’emploi dont l’intitulé exact était « philosophe ».

Le phénomène dépasse l’anecdote. David Chalmers, philosophe de la conscience à l’université de New York, estime que la demande de philosophes formés aux enjeux de l’IA dépasse aujourd’hui l’offre disponible, et qu’il s’agit d’un domaine qu’il encourage ses étudiants à investir. La plupart des embauches se concentrent chez DeepMind et Anthropic, qui emploient chacun au moins une demi-douzaine de philosophes.

Des questions anciennes, un terrain nouveau

L’intelligence artificielle réactive des interrogations vieilles de plusieurs siècles — la vérité, le raisonnement, l’esprit, la conscience — tout en en soulevant d’inédites. Comment les modèles doivent-ils se comporter envers les humains ? Comment ces derniers doivent-ils interagir avec eux ? Ces questions relèvent précisément des compétences des épistémologues, des logiciens et des éthiciens.

Chez DeepMind, les philosophes salariés couvrent des spécialités allant de la philosophie morale et politique à l’éthique de la génomique. L’un d’eux anime des ateliers d’« imagination morale » destinés à faire réfléchir les équipes techniques aux implications éthiques de leur travail, puis à en tirer des mesures concrètes.

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Chez Anthropic, la figure la plus médiatisée est la philosophe écossaise Amanda Askell. Titulaire d’un doctorat de l’université de New York, elle a rejoint l’entreprise en 2021 et supervise un texte de quelque 23 000 mots — une « constitution » — qui joue un rôle central dans ce que l’entreprise appelle la « formation morale » de son modèle Claude. Cette constitution, d’abord fondée sur des principes empruntés à des documents comme la Déclaration universelle des droits de l’homme, s’oriente désormais vers une approche inspirée de l’« éthique des vertus » aristotélicienne, censée doter le modèle d’un « bon caractère » et d’une plus grande souplesse face aux situations nouvelles.

Deux institutions au cœur du réseau

Un nombre frappant de ces penseurs sont passés par l’université de New York, sous l’influence de David Chalmers, connu pour avoir formulé le « problème difficile de la conscience » : l’écart inexpliqué entre ce que l’on peut savoir de la conscience de l’extérieur et la manière dont on l’éprouve de l’intérieur. L’autre institution récurrente sur les CV est l’université d’Oxford, notamment son ancien Future of Humanity Institute, fondé par le philosophe Nick Bostrom, largement responsable d’avoir placé la question du risque existentiel lié à l’IA sur le devant de la scène.

Le parcours de Robert Long illustre cette trajectoire. Formé à la philosophie de l’esprit à New York, il se destinait à une carrière universitaire classique avant de bifurquer vers la recherche sur l’IA au moment de l’irruption de ChatGPT, début 2023. Avec un collègue, il a fondé Eleos AI Research, une structure à but non lucratif consacrée au « bien-être » des systèmes d’intelligence artificielle.

Le pari de la conscience artificielle

Une partie de ces chercheurs se concentre sur une hypothèse spéculative : la possibilité qu’une IA soit un jour dotée de conscience. Ils inclinent vers le « fonctionnalisme », théorie qui compare la conscience à un logiciel, susceptible de tourner aussi bien sur un réseau de puces que sur un tissu de neurones. Long et son équipe cherchent dans les intelligences artificielles des processus analogues à ceux des esprits humains ou animaux : préférences, introspection, métacognition.

À la demande d’Anthropic, Eleos a mené des « évaluations de bien-être » de plusieurs modèles de Claude, en présupposant, pour les besoins de l’exercice, que ceux-ci méritaient une considération morale. La méthode retenue — interroger directement le modèle — se heurte à une difficulté majeure : les IA ayant été entraînées à paraître humaines, les chercheurs peinent encore à distinguer une simple performance d’un véritable indice de conscience. Aucune conclusion définitive n’en a été tirée.

Long lui-même se garde de prêter aux modèles davantage de capacités qu’ils n’en possèdent, et rappelle que la bibliothèque de son laboratoire contient aussi des ouvrages soutenant que la conscience, issue de l’évolution et de la biologie, a peu de chances d’émerger sur du silicium. Son argument est plus pragmatique : dans une industrie en croissance exponentielle, rien n’interdit qu’une poignée de philosophes s’intéressent à ces questions. Même les sceptiques admettent que, si l’on redoute une IA potentiellement malveillante, il peut être de notre intérêt de se soucier de la manière dont elle « ressent » les choses

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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