Brivael Le Pogam, le bâtisseur breton qui veut donner à l’Occident un « levier infini » [Interview]

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Autodidacte, entrepreneur, fondateur d’Argil — une plateforme d’avatars générés par intelligence artificielle —, Brivael Le Pogam s’est imposé en quelques mois comme l’une des voix les plus tranchantes d’une nouvelle génération de bâtisseurs européens. Breton revendiqué, lecteur de Hayek et de Friedman, il oppose frontalement la « construction » à la « déconstruction » et fait de l’entrepreneur la figure centrale du monde qui vient. De la « French Theory » au wokisme, de l’« empathie suicidaire » à la décentralisation, de la justice à l’immigration, il a accepté de répondre sans détour à nos questions. Entretien avec un homme qui croit que, face au commentateur, « la réalité a toujours le dernier mot ».

Breizh-info.com : Vous avez commencé à coder à douze ans et développé seul, adolescent, un jeu en ligne réunissant des dizaines de milliers de joueurs. Autodidacte revendiqué, vous présentez aujourd’hui Argil comme un moyen de donner à l’Occident un « levier infini ». Qu’est-ce qui, dans votre trajectoire personnelle, a forgé cette conviction que la technique est d’abord une affaire de bâtisseurs et non de commentateurs ?

Brivael Le Pogam : J’ai toujours été habité par deux choses : l’informatique et la création de valeur. Enfant, j’étais d’une curiosité dévorante, fan absolu de jeux vidéo. Un jour, plutôt que de jouer, j’ai voulu construire. J’ai cloné un jeu que j’aimais. Ce geste a tout déclenché.

Il m’a jeté dans le chaudron de l’entrepreneuriat, et je n’en suis jamais sorti. Depuis, je ne conçois ma vie qu’à travers ça : bâtir. Même mes choix de salariat ont toujours été subordonnés à un projet, à quelque chose d’ambitieux à faire émerger.

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C’est de là que vient ma conviction. Quand on construit, la réalité a toujours le dernier mot. Le code compile ou ne compile pas. Le produit trouve son marché ou il meurt. Le commentateur, lui, ne rencontre jamais cette épreuve. Il peut avoir tort toute sa vie sans jamais le payer. Le bâtisseur paie immédiatement. C’est ce qui le rend humble, et c’est ce qui le rend sérieux.

Breizh-info.com : Argil permet à n’importe qui de cloner son avatar et de générer des vidéos réalistes en quelques minutes. Cette technologie d’avatars IA suscite autant d’enthousiasme que d’inquiétude — désinformation, deepfakes, brouillage du vrai et du faux. Comment répondez-vous à ceux qui voient dans votre outil un accélérateur de confusion plutôt qu’un instrument d’abondance ?

Brivael Le Pogam : Je reprends une idée de Geoffrey Hinton : il faut beaucoup de deepfakes pour que tout le monde y soit sensibilisé. C’est contre-intuitif, mais c’est juste.

De notre côté, nous avons mis en place des garde-fous, un KYC sur la création d’avatar. Mais soyons lucides : cette technologie va être totalement commoditisée. Personne ne la contrôlera de façon centrale. Ce sera aux plateformes de faire leur travail, vérifier les IP, tracer les usages.

Le vrai chantier n’est pas technique, il est éducatif. Il faut rendre les gens moins fragiles au deepfake, au scam, à la manipulation, plutôt que de construire des usines à gaz réglementaires qui ne protègent personne et étouffent l’innovation. Regardez comment X gère la chose avec les Community Notes. Je suis très aligné sur cette ligne. La résilience plutôt que le contrôle.

Breizh-info.com : Dans votre tribune du National Post, vous désignez la « French Theory » de Foucault, Derrida et Deleuze comme le système d’exploitation du wokisme, exporté vers les campus américains avant de revenir en Europe sous une forme plus militante. Pourquoi tenir la France pour intellectuellement responsable d’un phénomène que beaucoup perçoivent comme avant tout américain ?

Brivael Le Pogam : J’ai eu la chance d’échanger avec des gens qui ont côtoyé les figures de la French Theory dans les années 70. Et c’est un fait, pas une opinion : ce corpus a été enfanté par Deleuze, Foucault et Derrida.

Ce sont des idées françaises, construites autour de la déconstruction. Elles sont parties aux États-Unis, elles y ont incubé dans les campus, puis elles se sont mêlées à autre chose de profondément américain, le puritanisme. Ce croisement a donné le wokisme contemporain.

Donc oui, la France porte une responsabilité intellectuelle. Nous avons exporté le système d’exploitation. Les Américains ont écrit les applications. Et aujourd’hui le tout nous revient sous une forme militante. Refuser de le voir, c’est se mentir.

Breizh-info.com : Vous opposez frontalement la déconstruction à la construction, en faisant presque une ligne de partage morale entre deux types d’hommes. Mais ne risque-t-on pas, en érigeant l’entrepreneur en figure héroïque, de tomber dans un autre absolutisme — celui qui mesurerait la valeur d’un homme à sa seule capacité à produire ?

Brivael Le Pogam : J’assume l’absolutisme sur ce point. Je crois qu’il y a une vérité. En économie, on sait que l’approche autrichienne, l’approche friedmanienne, est la bonne. Elle est peut-être imparfaite, mais même imparfaite il faudrait la réinventer en permanence tant elle décrit juste.

Ma méthode n’est pourtant pas dogmatique, elle est expérimentale. On teste un système. On regarde s’il crée de la prospérité, du bonheur, et s’il ne produit pas d’effets délétères. S’il ne marche pas, on le change. Ce que je refuse, c’est la politique idéologue, le dogme qui survit à ses propres échecs.

Et c’est précisément le procès que je fais à la gauche contemporaine. Le progressisme, le wokisme, la décroissance, ce sont des machines à détruire de la valeur. Pire, ce sont des machines qui tuent, factuellement. Les grooming gangs qu’on a refusé de voir. Les morts de canicule qu’on finit par accepter au nom d’une idéologie décroissante. À un moment, on juge un arbre à ses fruits.

Breizh-info.com : Vous affirmez que les entrepreneurs sont les « rois du monde », en rattachant dans un même geste le boulanger, le plombier, l’artisan et la startup d’IA. En France, où le rapport au profit et à la réussite matérielle reste ambivalent, comment comptez-vous faire entendre ce discours sans passer pour un libéral hors-sol ?

On sort d’un monde qui a été gouverné par les takers : les politiciens et les banquiers, ceux qui géraient l’argent des autres sans rien créer. Ce monde-là est en train de mourir, et c’est l’IA qui l’achève.

On entre dans l’âge des builders. Et pour moi, un builder, c’est large. C’est celui qui construit un produit, un service, ou une œuvre. Le boulanger, le plombier, l’artisan, l’artiste, la startup d’IA, c’est la même noblesse. Celle de faire advenir quelque chose qui n’existait pas. Dans ce monde, la politique politicienne s’efface. Son rôle se réduit à créer les écosystèmes où les gens peuvent créer de la valeur. Rien de plus.

Quant au reproche de libéralisme hors-sol, je renvoie à Milton Friedman, qui a déjà tout dit. Le libéralisme, c’est la symphonie de Mozart appliquée à l’économie. Le socialisme, c’est une fausse note permanente, une aberration qui sonne faux. Les Français le sentent, même quand leur culture leur interdit de l’admettre.

Breizh-info.com : Vous désignez le poids de l’État dans le PIB comme le vrai problème national et affirmez pouvoir, en trois mois et sans budget, refaire un système administratif transparent « by design » grâce à l’IA. N’est-ce pas précisément le type de solutionnisme technologique dont vos propres adversaires pourraient se servir pour vous caricaturer ? Que répondez-vous au reproche d’arrogance ?

Brivael Le Pogam : Je n’ai aucune solution magique, et je me méfie de ceux qui en vendent. Ce que je dis est plus simple : l’IA permet de rendre les systèmes radicalement plus efficients, et l’État est le plus inefficient de tous.

Il faut traiter l’État comme une startup. On essaie. On mesure. On corrige. On prend des risques calculés. On ne sacralise rien. L’arrogance, ce n’est pas de vouloir refaire le système. L’arrogance, c’est de prétendre qu’un système conçu il y a quarante ans, qui ne produit que de la dette et de la lenteur, serait intouchable. Moi, je propose simplement de le mettre à l’épreuve du réel.

Breizh-info.com : Sur la justice, vous appelez à un système rapide, fondé sur la donnée, résolument du côté des victimes. Où placez-vous la frontière entre une justice « mesurée et corrigée » et une justice algorithmique qui ferait reculer le rôle du juge, de la conscience et de l’équité ?

Brivael Le Pogam : Il faudra toujours un humain dans la boucle pour le jugement final. Ça, c’est non négociable. La conscience ne se délègue pas à une machine.

Mais l’algorithmie peut faire disparaître toute la couche bureaucratique du système judiciaire. Car le vrai goulot d’étranglement n’est pas dans la décision du juge, il est dans l’administratif. On peut rendre le diagnostic infiniment plus rapide et plus efficient sans jamais toucher au cœur du jugement.

Et là, je rejoins ma critique de l’empathie suicidaire. Je pense qu’il faut décanoniser Badinter. Ses idées sur la réinsertion ont montré leur dysfonctionnement pendant quarante ans. Je suis pour une ligne très ferme avec ceux qui commettent des crimes et des délits, et pour toute l’empathie possible envers les victimes. On a inversé l’ordre des priorités. Il faut le remettre à l’endroit.

Breizh-info.com : Le concept d’« empathie suicidaire » est devenu central dans vos interventions. Vous l’appliquez notamment aux questions migratoires et sécuritaires. Que répondez-vous à ceux qui y voient une manière habile de disqualifier toute forme de compassion sous couvert de réalisme ?

Brivael Le Pogam : On est allés extrêmement loin dans l’empathie suicidaire. À force de ne pas vouloir condamner les criminels, on a laissé prospérer des choses indéfendables. Les grooming gangs en sont l’exemple le plus glaçant.

Et tout cela sous la menace d’un seul mot : le racisme. C’est le tabou ultime, le coup de génie de la gauche de ces quarante dernières années. Personne n’ose nommer les choses, donc personne ne les traite.

Ce n’est pas une manière de disqualifier la compassion, c’est l’inverse. La vraie compassion va aux victimes, pas aux bourreaux. Et sur l’immigration, le constat est clair : une large majorité de Français veut un solde migratoire négatif. Le peuple a tranché. Le devoir des dirigeants, c’est de l’entendre, pas de le rééduquer.

Breizh-info.com : Vous êtes régulièrement comparé à Elon Musk, dont vous semblez partager le tempérament de bâtisseur et le goût de la provocation. Mais Musk incarne aussi les limites du genre : impulsivité, brutalité, dépendance aux humeurs d’un seul homme. Qu’est-ce qui vous distingue de lui, et que refusez-vous d’imiter ?

Brivael Le Pogam : L’impulsivité, la brutalité, la dépendance aux humeurs, ce sont des fantasmes relayés par des médias qui ne connaissent pas Elon Musk. Je me suis intéressé à lui en profondeur.

C’est en réalité quelqu’un d’extrêmement efficace et pragmatique, en particulier dans sa manière de recruter et de diriger des humains. C’est pour ça que les gens qui travaillent avec lui sont heureux d’y être. Et c’est ça qui va devenir le standard. Demain, il n’y aura plus de salariat, il y aura du freelance. Et avec des freelances, la règle est simple : tu es compétent et tu as du travail, tu ne l’es pas et tu t’en vas.

J’ai eu l’occasion d’échanger en privé avec lui. C’est quelqu’un de doux et de mesuré. Rien à voir avec le personnage diabolique que la presse fabrique. Ce que je refuse d’imiter, ce n’est donc pas un trait de Musk, c’est la posture de ses détracteurs : juger un bâtisseur sur une caricature plutôt que sur ce qu’il construit.

Breizh-info.com : Vous portez un nom breton et une vision très assumée de l’Occident et de l’enracinement. Quelle place la Bretagne et vos racines tiennent-elles dans votre parcours et votre pensée ? Et croyez-vous qu’une figure comme la vôtre puisse émerger ailleurs qu’à Paris ou dans la Silicon Valley — sur un territoire, dans une région, loin des grands hubs ?

Brivael Le Pogam : Je suis breton, j’ai grandi en Bretagne, et j’y suis attaché. Je ne suis pas un militant de la cause bretonnante, mais je crois profondément que les cultures, régionales comme nationales, doivent être préservées. Chacun devrait être fier de la sienne. C’est cette diversité enracinée qui fait la beauté du monde.

Et oui, je crois qu’une figure comme la mienne peut émerger ailleurs qu’à Paris ou dans la Silicon Valley. On va voir surgir ces figures partout en Europe, dans chaque pays. La gauche et le globalisme ont dominé quarante ans. Ils sont en train d’échouer. On est au tout début d’un nouveau monde.

L’autonomie de la Corse est désormais inscrite dans le débat institutionnel français, et la question d’un statut particulier pour d’autres territoires resurgit régulièrement, y compris pour la Bretagne. Vous qui défendez l’enracinement, la subsidiarité et la liberté contre le poids de l’État central, comment voyez-vous l’avenir de la Bretagne ? Une région comme la nôtre gagnerait-elle à disposer de son autonomie, voire de son indépendance — et cette logique de décentralisation rejoint-elle, selon vous, votre combat pour des systèmes plus légers, plus transparents et plus proches du réel ?

Brivael Le Pogam : Je ne crois pas à une indépendance totale. La question n’est pas là. Elle est dans le bon équilibre des systèmes.

Je suis pour beaucoup plus de décentralisation. La centralisation parisienne est catastrophique, elle éloigne la décision du réel. Et oui, ça rejoint directement mon combat : des systèmes plus légers, plus proches du terrain, plus lisibles. La subsidiarité, c’est exactement cela, laisser décider au niveau le plus proche possible.

Mais la Bretagne fait partie de la France, et c’est très bien ainsi. On peut vouloir plus d’autonomie sans vouloir la sécession. Décentraliser le pouvoir, ce n’est pas démembrer la nation. C’est la rendre plus forte parce que plus vivante.

Propos recueillis par YV

Photo d’illustration : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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