L’entretien est rare. Un officier du département des systèmes sans pilote du Premier Corps Azov de la Garde nationale ukrainienne a accordé une interview exclusive au média militaire américain The War Zone, offrant un aperçu sans précédent d’une campagne qui est en train de modifier en profondeur l’équilibre logistique du conflit en Ukraine orientale.
La logique de la campagne à moyenne portée
Le principe est d’une clarté stratégique implacable. Plus on s’éloigne de la ligne de contact, plus la concentration de fret ennemi augmente — et plus la superficie à défendre par les Russes devient impossible à saturer. À 50 kilomètres du front, les Russes peuvent concentrer leurs défenses. À 300 kilomètres, la tâche devient mathématiquement intenable. C’est précisément dans cet espace que le Corps Azov a décidé de frapper.
Azov patrols the border areas around Mariupol.
Ukrainian territory must be free of Russian forces. The surest path to achieving this is pushing the « sanitization zone » for enemy logistics closer to Russia itself and occupied Crimea.
PublicitéPilots of the First Corps Azov of the… pic.twitter.com/qJLfZljIks
— First Corps Azov of the National Guard of Ukraine (@azov_media) May 25, 2026
« Le sens de cette campagne est de toucher les concentrations de cargo ennemies là où elles sont les plus denses et où leur protection est la plus faible », explique l’officier. La cible n’est pas le fantassin avec son sac à dos près du front, mais les camions lourds, les wagons de chemin de fer, et surtout les camions-citernes de carburant qui alimentent l’ensemble du dispositif russe.
Des drones tactiques transformés en armes opérationnelles
Ce qui rend cette campagne remarquable, c’est qu’elle repose non pas sur des systèmes d’armes coûteux et rares, mais sur des drones à voilure fixe de type kamikaze — les Hornet américains et les Darts — modifiés directement par les unités elles-mêmes. L’ajout de terminaux Starlink et des modifications sur les systèmes de propulsion ont permis de porter la portée maximale de ces engins, conçus initialement pour des missions à 50 kilomètres, jusqu’à 250 kilomètres. « Nous n’augmentons pas le coût de nos équipements. Nous introduisons simplement des modifications techniques », précise l’officier.
Russian rail logistics are now also the target of Midstrike drones, with lines to Crimea being particularly affected. pic.twitter.com/K1BFd0QVov
— Sergio 🇺🇦 🇪🇺 (@SergioCentaurus) June 5, 2026
Ces modifications ont été développées par Azov en interne. Les premiers tests ont débuté en début d’hiver, et le déploiement opérationnel a commencé en janvier ou février 2026. La doctrine tactique a également été repensée de fond en comble, les anciennes procédures ayant été conçues pour des systèmes beaucoup plus onéreux.
L’intelligence artificielle comme multiplicateur de force
L’IA intervient à deux niveaux. D’abord en guidage terminal — ce que l’officier appelle le « last-mile system » — pour assurer la précision finale de l’impact. Ensuite en identification autonome des cibles lorsque le drone opère en mode automatique : il peut reconnaître le type de véhicule et décider d’engager sans intervention humaine. Cela permet de lancer plusieurs drones simultanément sur des zones étendues.
Toutefois, la politique d’Azov est de maintenir un opérateur humain dans la boucle de décision finale. « Techniquement, les hommes peuvent être exclus du processus, mais notre politique est que la décision finale appartient à l’opérateur », précise l’officier.
Un exemple illustratif a été capturé en vidéo : un premier drone surveille et identifie la cible pendant qu’un second frappe.
Des effets concrets sur la logistique russe
Les résultats sont tangibles. Des pénuries de carburant ont été signalées non seulement en Crimée mais dans l’ensemble des territoires sous contrôle russe. « Le carburant, c’est le sang de la guerre », résume l’officier. Détruire un véhicule léger près du front ne représente que quarante litres de carburant. Détruire un camion-citerne en profondeur, c’est plusieurs tonnes.
Face à cette menace, les Russes ont multiplié les contre-mesures désespérées : filets anti-drones déployés loin à l’arrière, hommes armés de fusils à pompe postés tous les cinquante mètres le long des routes critiques, et même des camions repeints en motifs zébrés ou feuillages censés tromper les algorithmes de reconnaissance d’image. L’officier estime que la guerre électronique ne représente qu’environ 10 % des efforts russes de neutralisation — le reste relevant de moyens physiques. Et pour l’heure, aucune de ces contre-mesures ne s’avère efficace.
L’officier formule une recommandation directe aux États-Unis, dont il salue la fourniture des drones Hornet tout en pointant une lacune structurelle : « Si vous achetez des Hornet pour vos unités, vous aurez de bons drones tactiques. Mais si vous voulez en extraire tous les bénéfices, vous devrez modifier la structure de vos unités pour y intégrer des laboratoires de reconfiguration. »
Plus largement, sa conclusion sur l’issue du conflit tranche avec les analyses conventionnelles fondées sur le nombre de chars ou d’avions : « La victoire appartiendra au camp capable de s’adapter le plus vite, pas à celui qui dispose de plus de ressources. »
Photo : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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