Le Tour d’Italie 2026 s’est achevé dimanche 31 mai à Rome, sur une ultime étape disputée au sprint et remportée par Jonathan Milan. Mais l’histoire de cette édition, partie de Bulgarie trois semaines plus tôt, restera celle de Jonas Vingegaard : le Danois, vainqueur du classement général dès sa première participation, est devenu le huitième coureur de l’histoire à avoir remporté les trois Grands Tours au cours de sa carrière.
Un général plié, mais une course qui n’a jamais ennuyé
Disons-le franchement : le suspense pour la victoire finale n’aura pas duré bien longtemps. Vingegaard a pris le maillot rose à l’issue de la deuxième semaine et n’a plus jamais semblé en danger, reléguant ses poursuivants à plusieurs minutes. Felix Gall (Decathlon CMA CGM) termine deuxième à 5’22 », Jai Hindley (Red Bull-BORA-hansgrohe) troisième à 6’25 ». Sur le papier, voilà une course pliée d’avance.
Et pourtant. C’est là tout le paradoxe de ce Giro, et plus largement de la Corsa Rosa depuis plusieurs années : la domination d’un homme n’a jamais tué le spectacle. Vingegaard lui-même a entretenu l’intérêt en allant chercher les victoires d’étape, cinq des six arrivées au sommet, avec des attaques lancées parfois de très loin. Là où d’autres leaders se contentent de gérer, le Danois a couru à l’offensive, transformant chaque arrivée en altitude en démonstration. Le reste du peloton, lui, s’est livré une bataille permanente pour les bouquets et les maillots secondaires.
C’est une vérité que les amateurs de cyclisme connaissent bien : le Giro offre souvent un théâtre plus généreux que le Tour de France, corseté par sa pression médiatique et ses équipes verrouillées, et largement plus vivant que la Vuelta de fin de saison, qui peine régulièrement à exister. L’audace des tracés italiens, la ferveur du public et un peloton qui ose ont une fois encore fait la différence.
Milan répare une anomalie sur les pavés romains
L’ultime étape, un circuit de quelque 130 kilomètres dans Rome, a tenu ses promesses. Avant l’emballage final, Filippo Ganna (Netcompany-Ineos) ne pouvait pas laisser passer l’occasion d’un baroud d’honneur devant le Colisée : le rouleur italien a attaqué à dix-huit kilomètres de l’arrivée, accompagné de Jasper Stuyven et Matteo Sobrero, ces derniers refusant tout relais pour ne pas favoriser l’échappée. Le peloton a finalement repris les fuyards à moins de trois kilomètres de la ligne.
Au sprint, Jonathan Milan (Lidl-Trek) a enfin levé les bras. Le Frioulan, qui n’avait pas encore gagné sur ce Giro, avait un double compte à régler : avec ce Tour d’Italie d’abord, mais aussi avec Rome, où il avait crevé deux ans plus tôt dans l’emballage final. L’anomalie est réparée. Lancé de loin, le Français Paul Penhoët (Groupama-FDJ United) a bien cru réussir un coup de maître avant d’être débordé par la puissance de Milan ; il complète tout de même le podium du jour, derrière Giovanni Lonardi (Polti-VisitMalta). Pour Milan, c’est un cinquième succès d’étape sur le Tour d’Italie en carrière.
Un Français en cyclamen, un Portugais en blanc
Au-delà du général, cette édition aura réservé de belles satisfactions. Paul Magnier (Soudal Quick-Step) repart d’Italie avec le maillot cyclamen de meilleur sprinteur, fort de trois victoires d’étape. Enfermé dans le dernier kilomètre à Rome et incapable de jouer sa carte, le coureur de 22 ans n’avait de toute façon pas besoin de ce dernier sprint : son avance au classement par points était telle que seul un abandon aurait pu l’en priver. Il devient le quatrième Français à remporter ce classement, après Laurent Jalabert, Nacer Bouhanni et Arnaud Démare.
Les autres maillots distinctifs reviennent à Giulio Ciccone (Lidl-Trek), meilleur grimpeur, et à Afonso Eulálio (Bahrain-Victorious), désigné meilleur jeune. Le Portugais de 24 ans, révélé dès la cinquième étape par une deuxième place obtenue dans l’échappée à Potenza, aura confirmé tout au long des trois semaines.
Le Giro, marchepied vers la Grande Boucle
Reste une question qui plane déjà sur l’été. Pour Vingegaard, ce Giro n’était pas une fin en soi, mais une étape vers le Tour de France, prévu du 4 au 26 juillet. Le Danois et son équipe Visma-Lease a Bike l’ont assumé sans détour : l’objectif était de gagner en forme et en confiance sans entamer ses réserves.
Le coureur de 29 ans affirme s’être nettement amélioré au fil des trois semaines, qu’il décrit comme sa meilleure préparation possible en vue de la Grande Boucle. Plutôt qu’un stage en altitude, jugé tout aussi fatigant par son entourage, il a préféré la compétition, en ciblant des temps forts et en se ménageant le reste du temps, souvent abrité dans la roue de ses équipiers. Une fois le maillot rose en poche, l’équipe a d’ailleurs adopté une course plus défensive pour favoriser la récupération.
L’enjeu est désormais limpide : transformer la vie en rose italienne en maillot jaune français. Sur le Tour, Vingegaard retrouvera Tadej Pogacar, double vainqueur sortant, ainsi que le jeune Paul Seixas. Le Danois assure aborder cette échéance presque au sommet de sa forme. Si le pari du double Grand Tour devait être tenu, ce Giro 2026 prendrait alors une dimension supplémentaire : celle d’un tremplin parfaitement calculé.
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