C’est l’un des grands sites artistiques et culturels de Bretagne, et l’un des rares nés de la seule volonté populaire : la Vallée des Saints, à Carnoët (Côtes-d’Armor), ses 215 statues monumentales de granit dressées sur la colline de Quénéquillec, ses 50 sculpteurs à l’œuvre depuis 2008, ses plus de 4 millions de visiteurs, ses plus de 5 000 donateurs. C’est face à ce lieu, précisément, qu’une société d’énergie éolienne entend ériger 3 machines de 150 mètres de haut. Le dossier vient d’être déposé en préfecture — contre l’avis de la commune, des riverains et du site lui-même.
Le projet est porté par Galileo énergies nouvelles, société installée à Carhaix-Plouguer, qui vise un terrain privé au lieu-dit Milin Polan, en visibilité directe de la colline. Des éoliennes de 150 mètres surplombant des œuvres qui en mesurent 4 à 5 : le rapport d’échelle se passe de commentaire. Pour l’association qui gère le site, le péril est existentiel. Elle prend soin de préciser qu’elle ne se prononce pas sur l’opportunité de l’éolien dans la région : son combat porte sur l’intégrité d’une œuvre unique, dont le paysage est une composante à part entière. La ligne des reliefs, l’horizon et le ciel forment l’enceinte naturelle dans laquelle chaque géant de granit s’inscrit et dialogue avec les autres. Défigurer cet horizon, ce n’est pas modifier un décor : c’est mutiler l’œuvre elle-même, et porter un coup irréparable à un patrimoine qui prolonge dans le granit un héritage artistique breton vieux de 5 siècles. Son directeur général, Sébastien Minguy, rappelle que le choix de la colline de Quénéquillec n’a rien d’un hasard : statues et paysage ne font qu’un.
EOLIENNES ; LA VALLEE DES SAINT EN DANGER
Les Bretons sont vent debout contre l'implantation de 2 éoliennes dans la vallée des Saints.@FabienBougle
: "l'éolienne, est un symbole religieux. Vous avez cette butte féodale qu'on voit à 360° avec ses sculptures, c'est presque sacré…Publicité— Fabien Bouglé (@FabienBougle) September 9, 2026
La commune contre, les riverains contre, le promoteur avance
Le plus édifiant dans ce dossier est ailleurs : tout le monde, localement, a dit non. Le conseil municipal de Carnoët, qui avait voté en septembre 2022 une délibération favorable à une simple étude de faisabilité, s’est rétracté début 2025, reprochant au porteur de projet de ne pas avoir concerté les riverains comme prévu. Les élus soutiennent depuis l’opposition citoyenne, animée notamment par l’association TAC (Territoire d’actions concertées).
Peu importe, visiblement. Le vote initial de 2022 a suffi à enclencher la machine : études de faune, de flore, d’acoustique et de production énergétique — toutes concluant, comme il se doit, que l’implantation était possible. Et le 7 septembre 2026, la société a informé la mairie du dépôt de sa demande d’autorisation environnementale (dossier ICPE) auprès des services de l’État. Autrement dit : l’avis de la commune et de ses habitants n’aura été qu’une formalité contournée, et la décision appartient désormais au seul préfet. Le promoteur assure ne pas laisser la Vallée des Saints de côté et vouloir chercher des solutions par le dialogue — tout en rappelant, détail qui dit tout, que le site n’est pas classé. Une œuvre bretonne majeure du 21e siècle, connue bien au-delà de la péninsule, ne pèse donc juridiquement rien face à un dossier d’installation classée bien ficelé.
Un patrimoine breton sacrifiable, jusqu’à quand ?
L’affaire de Carnoët illustre une mécanique désormais rodée en Bretagne comme ailleurs : des machines industrielles imposées d’en haut, des communes qui découvrent qu’une délibération exploratoire vaut blanc-seing, des citoyens mobilisés trop tard consultés jamais, et des paysages — c’est-à-dire ce qui reste de l’âme d’un pays — traités en variable d’ajustement de la planification énergétique. Que le site visé soit précisément celui où la Bretagne sculpte depuis bientôt 20 ans la mémoire de ses saints fondateurs ajoute au dossier une dimension symbolique que même les études d’impact ne pourront pas mesurer.
L’association demande purement et simplement l’abandon de tout projet éolien en visibilité de la colline de Quénéquillec. La décision est maintenant entre les mains du préfet des Côtes-d’Armor. Les Bretons attachés à leur patrimoine, eux, sauront à quoi s’en tenir selon la réponse de l’État. Une mobilisation importante, dont les Bretons ont le secret, n’est pas à exclure.
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