138km autour de Lausanne, 1 700 mètres de dénivelé, quatre côtes répertoriées et une arrivée en bosse au sommet de Saint-François : le menu de la première étape du Tour de France Femmes avec Zwift, samedi 1er août, laissait la porte entrouverte aux puncheuses. Elle s’est refermée sèchement sur la puissance de Lorena Wiebes. La Néerlandaise de SD Worx-Protime, 27 ans, a réglé le peloton au sprint et endossé le premier maillot jaune de cette cinquième édition, exactement comme en 2022. Sixième succès d’étape sur la Grande Boucle, quatorzième victoire de la saison : la meilleure sprinteuse du monde n’a laissé aux autres que les places d’honneur.
Elles ont pourtant tout tenté pour la déborder. À 1,3 kilomètre de la ligne, la championne de France Célia Géry, 20 ans, a lancé les hostilités, trop loin. Demi Vollering (FDJ United-Suez) a dégainé quelques centaines de mètres plus tard, avec Kim Le Court-Pienaar (AG Insurance-Soudal) collée dans sa roue. Wiebes est simplement revenue plus tard, et plus vite. La Mauricienne prend la deuxième place, la Néerlandaise de FDJ la troisième et quatre secondes de bonification, une manière de signifier à la concurrence que les jambes suivent. Derrière, Pauline Ferrand-Prévot, tenante du titre, termine huitième dans le même temps, juste devant la Brestoise Cédrine Kerbaol (EF Education), neuvième et déjà bien placée au général.
Une échappée à quatre, et un coup de maître français
Le peloton n’a pas jugé utile de s’affoler. Il a laissé filer un quatuor composé de la Tchèque Nikola Noskova (Cofidis), de l’Espagnole Idoia Eraso (Laboral Kutxa-Fundación Euskadi), de la Néerlandaise Maud Rijnbeek (VolkerWessels) et de la Française Océane Mahé, sous les couleurs de Ma Petite Entreprise. Jusqu’à six minutes d’avance, avant que les trains de FDJ United-Suez, Lidl-Trek puis EF Education ne rembobinent l’affaire dans les vingt derniers kilomètres.
Le temps, pour Océane Mahé, de faire ses courses au sommet. Première à Châbles, première à Villars-le-Comte, deuxième à Vulliens derrière Noskova : huit points, et le premier maillot à pois du Tour de France Femmes 2026 sur les épaules d’une Française. Noskova, elle, empoche le prix de la combativité.
Le clin d’œil ne passera pas inaperçu chez ceux qui suivent le dossier du cyclisme féminin hexagonal. Ma Petite Entreprise est une formation nouvelle, bâtie sur un modèle à contre-courant : un financement assuré par des entreprises françaises et complété par des particuliers, sans dépendance à un grand groupe étranger. Un pari économique autant que sportif. Vingt-quatre heures après le grand départ, la structure ramène déjà un maillot distinctif au pied du podium protocolaire. Il y a des retours sur investissement plus lents.
Chutes, abandon et tension à venir
La journée n’a pas épargné tout le monde. Marlen Reusser (Movistar), l’une des sérieuses candidates au général, a chuté à 21 kilomètres de l’arrivée pour avoir pris un virage trop large, sans gravité. Escortée par deux coéquipières, la Suissesse a dû produire une chasse coûteuse pour réintégrer le peloton — elle finit tout de même dixième. Plus tôt, plusieurs accrochages ont émaillé la course, dont un a contraint l’Italienne Laura Tomasi à l’abandon, premier de ce Tour.
Ce dimanche 2 août, la course reste en Suisse pour contourner le Léman jusqu’à Genève, départ à 14 h 15, arrivée estimée autour de 17 h 44. Sur le papier, 1 800 mètres de dénivelé et un enchaînement de côtes — Chexbres, Savigny, Cossonay, le raidillon de Bougy-Villars (900 mètres à 10,4 %) et Mont-sur-Rolle — qui ne devraient pas empêcher un nouveau sprint. Sur le terrain, un détail inquiète : à environ six kilomètres de la ligne, la chaussée se réduit à une seule voie. Effet entonnoir, tension maximale, peloton potentiellement coupé en deux malgré la neutralisation des temps aux cinq kilomètres. Avec 33 degrés annoncés et un vent quasi nul, le sprint massif promis pourrait bien se transformer en sprint réduit.
Wiebes reste la favorite désignée, devant Elisa Balsamo, en pleine confiance après le Giro, et Charlotte Kool. Zoe Bäckstedt, Chiara Consonni, Shari Bossuyt, Sandrine Tas et l’inusable Marianne Vos, 39 ans, guetteront le moindre désordre. Océane Mahé, elle, aura d’autres points à défendre.
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