Cinq cents patrons et sept coureuses : Ma Petite Entreprise débarque sur le Tour de France femmes

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Un maillot de cyclisme professionnel, normalement, ça se lit comme une page de publicité : un nom en gros sur la poitrine, celui d’une banque, d’un opérateur, d’un fonds d’investissement. Celui de Ma Petite Entreprise se lit comme un annuaire des pages jaunes.

Derrière l’équipe savoyarde alignée ce samedi au départ du Tour de France Femmes, on trouve cinq cents partenaires, dont environ 90 % de très petites, petites et moyennes entreprises. Des artisans. Des électriciens. Des vignerons. Des dentistes. Des cabinets d’ingénierie. Des commerçants. Aucun d’entre eux ne pèse assez pour s’offrir seul une équipe cycliste ; tous ensemble, ils en font tourner une, et elle roule désormais sur la plus grande course du monde.

Un modèle à contre-courant

Le principe est simple à énoncer, beaucoup moins à mettre en œuvre : devenir la première formation professionnelle intégralement financée par des TPE et des PME.

Dans un sport où quelques grands groupes concentrent la quasi-totalité des investissements publicitaires, la démarche relève de l’anomalie économique. Elle a pourtant tenu, et vite. La structure obtient en décembre dernier une licence ProTeam — le deuxième échelon du cyclisme professionnel, au-dessus des équipes continentales et sous le WorldTeam — puis décroche l’une des sept invitations distribuées par ASO pour le Tour de France Femmes.

« On savait que c’était possible, mais rien n’était acquis », résume Emeric Ducruet, l’un des fondateurs et par ailleurs dirigeant de deux PME. L’idée initiale visait d’abord une équipe masculine, avant que le calcul ne s’impose de lui-même : construire rapidement une formation féminine compétitive était plus raisonnable.

Autre choix assumé, et il n’est pas anodin : l’effectif est entièrement francophone — neuf Françaises et une Suissesse. Une décision présentée comme un facteur de cohésion, et appelée à durer, dans l’optique d’offrir un accès au professionnalisme à des jeunes femmes issues des clubs français.

Auvergne-Rhône-Alpes représente à elle seule environ 60 % des adhésions. L’ancrage est régional, revendiqué comme tel.

Le retour de Vincent Lavenu

Aux commandes sportives, on retrouve un nom que le peloton français connaît bien : Vincent Lavenu.

Le Savoyard avait créé l’équipe Chazal il y a trois décennies, structure devenue AG2R et conduite jusqu’au podium du Tour de France. On lui doit les carrières de Jean-Christophe Péraud, de Romain Bardet, et le recrutement du très jeune Paul Seixas, aujourd’hui l’un des grands espoirs du cyclisme français — mais dans une autre équipe.

Il ne s’en cache pas : cette séparation a laissé une trace, et il l’a exprimé publiquement en visitant le Tour masculin cet été. Le voir revenir sur la Grande Boucle, treize ans après ses derniers grands rendez-vous avec sa structure d’origine, mais dans un projet qui n’a plus rien à voir avec le modèle du sponsor unique, ne manque pas de sel.

Signe que la maison tourne en famille : sa fille Nina a remporté fin juin le championnat de France amateurs, à La Tour-du-Pin.

Une Malouine en bleu-blanc-rouge

Pour la Bretagne, le rendez-vous à ne pas manquer tombera le mardi 4 août, entre Gevrey-Chambertin et Dijon.

Célia Le Mouël, 26 ans, native de Saint-Malo, y étrennera le maillot de championne de France du contre-la-montre, conquis fin juin à La Tour-du-Pin au terme d’un succès que personne n’avait vu venir. Vingt et un kilomètres, une bosse de deux kilomètres au milieu, et une équipe qui découvre le Tour : le moment sera forcément grand pour la formation, et il n’y en aura pas beaucoup d’autres de cette intensité.

Le reste de la semaine, la Malouine devrait disposer d’une liberté que peu de coureuses connaissent dans les grandes équipes. Sans leader intouchable à protéger sur les étapes de plaine, plutôt solide sur tous les terrains, elle a le profil de celles qui vont chercher les échappées du matin. On la verra devant lors des six premiers jours, c’est à peu près certain.

Le Mouël compte déjà trois participations au Tour, tout comme ses coéquipières Avoine et Coston. Ce sont les seules de l’effectif à connaître la maison.

Latimier, la carte du général

Les ambitions au classement, elles, reposent sur Clémence Latimier.

L’Iséroise de 22 ans, originaire de Voiron et formée du côté de Chambéry, arrive à Lausanne en confiance. Sa fin de printemps a été remarquable : quatrième du CIC-Tour Féminin des Pyrénées, épreuve autrement relevée, puis treizième du Tour de Suisse. Elle avait auparavant frôlé son premier succès professionnel sur l’Alpes Grésivaudan Classic, terminée deuxième.

L’objectif affiché par l’équipe est de placer au moins une coureuse dans les vingt premières du classement général à Nice. C’est raisonnable, c’est atteignable, et ce serait déjà considérable pour une structure qui n’existait pas il y a trois ans.

Une réserve, tout de même, et elle porte un nom : le contre-la-montre. Grimpeuse longiligne, Latimier n’apprécie guère l’exercice — elle avait concédé 3’35 » sur 23 kilomètres au Tour de Suisse. Le chrono de Dijon dira si elle joue le général jusqu’au Ventoux ou si elle bascule sur la chasse aux étapes. Elle-même se dit surprise de sa progression. Alors, sait-on jamais.

La première victoire professionnelle de l’équipe, il faut le signaler, est déjà tombée : Océane Mahé s’est imposée en mai sur le Tour du Haut Limousin.

L’enjeu invisible : mille partenaires

Derrière la course, il y a une équation à résoudre en neuf jours.

L’équipe reconnaît n’avoir pas grandi aussi vite qu’elle l’espérait, faute de bras sur le volet commercial pour aller démarcher. L’objectif est désormais public : passer de cinq cents à mille entreprises partenaires. Non par ambition d’affichage, mais pour une raison très concrète — renouveler les contrats des coureuses.

Car le paradoxe guette. Celles qui auront brillé cette saison sont déjà courtisées par des formations plus riches, et une équipe qui révèle des talents sans pouvoir les conserver finit en centre de formation involontaire pour le WorldTour. Neuf jours d’exposition mondiale, c’est exactement ce qu’il faut pour convertir des dizaines de patrons hésitants.

D’où la promesse formulée par les dirigeants, et qui vaut programme de course : mouiller le maillot, attaquer, prendre des risques — comme les entrepreneurs qu’elles représentent.

On demande à voir. Mais s’il y a une équipe qui n’a rien à perdre sur ce Tour, c’est bien celle-là.

Photo d’illustration : Crédit : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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