Thatcher, l’Irlande du Nord, l’immigration : un biographe français démonte les malentendus

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Professeur d’anglais à la retraite, agrégé recruté en 1990 par la Faculté des Sciences Juridiques de l’Université Lumière-Lyon 2 pour y enseigner la langue et organiser les enseignements de langues vivantes, notre interlocuteur y a exercé pendant près de 30 ans, dans un environnement universitaire qu’il décrit comme largement acquis au conformisme de gauche. C’est de ce parcours, et d’une lecture assidue de la biographie autorisée en 3 volumes de Charles Moore, qu’est née l’idée d’écrire, une fois la retraite venue, un portrait de Margaret Thatcher en français — langue dans laquelle, note-t-il, seules 4 thèses universitaires ont été consacrées à elle ou au thatchérisme en 30 ans, contre une trentaine sur Barack Obama en 13 ans.

Rédigé par intermittence sur 3 à 4 ans, entièrement depuis son bureau français, à partir de sources imprimées et en ligne — dont les propres ouvrages de Margaret Thatcher, The Path to Power et Statecraft, ainsi que le Government by the Market ? de Peter Self —, l’ouvrage se veut un portrait équilibré, à égale distance de l’hagiographie et du procès à charge. Il est publié depuis fin février 2026 aux éditions Godefroy de Bouillon, fondées par Richard Haddad. Dans cet entretien, l’auteur revient sur les privatisations, la grève de la faim de Bobby Sands, l’accord anglo-irlandais de 1985, la dévolution écossaise, le drame du Heysel, le discours de 1978 sur l’immigration, et sur ce qu’il reste aujourd’hui du thatchérisme en Grande-Bretagne comme en France.

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Breizh-info.com : Qu’est-ce qui déclenche, à la retraite, la décision d’écrire une biographie de Thatcher plutôt que de continuer à la lire ? Combien de temps ce livre vous a-t-il pris ?

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Les raisons sont multiples.

Si j’avais attendu d’avoir tout lu sur Madame Thatcher, je n’aurais toujours pas commencé à écrire la moindre ligne, tant la littérature qui lui est consacrée est énorme. Je suis parti de la biographie autorisée de Charles Moore en 3 volumes – autorisée en ce sens qu’elle a été écrite avec l’accord de Mme Thatcher et l’engagement de ne rien publier de son vivant. Sur la base solide de Moore et des trois ouvrages signés par Madame Thatcher que j’avais lus précédemment, j’ai ajouté d’autres sources, en me limitant à des sources britanniques.

Autre raison : je lis beaucoup, mais j’aime écrire aussi. Au fil de mes lectures, l’idée que je me faisais de Mme Thatcher a évolué, ce qui m’a amené à penser que si mon opinion sur elle pouvait varier, je pouvais en faire part à d’autres. L’idée était d’en faire un portrait équilibré, ni hagiographie, ni procès à charge, écrit dans un style abordable par tous.

Le fait d’avoir enseigné près de trente ans à l’Université Lumière-Lyon 2, n’est pas étranger à ma volonté de coucher sur papier mes vues sur ce premier Premier ministre féminin du Royaume Uni.

Lorsque je suis arrivé dans cette université en qualité d’enseignant en 1990 (jeune agrégé du secondaire, j’avais été recruté par la Faculté des Sciences Juridiques pour enseigner l’anglais et aussi organiser les enseignements de langues vivantes au sein de la composante), la majorité des enseignants étaient mitterrandiens bon teint, donc le conformisme idéologique régnait, dans ma fac comme dans l’ensemble de l’Université.

Le hasard a fait que le Président de l’époque, Michel Cusin (1933-2010) avait été un de mes professeurs de littérature et civilisation anglaises favoris : son approche lacanienne m’amusait. Il adorait Henry Purcell et la musique baroque anglaise (Il faisait partie du chœur de l’Opéra de Lyon) et c’est lui qui avait eu l’idée d’ajouter Lumière au nom de l’Université. C’était un homme de culture, a round character, tel que l’a défini E.M. Foster dans Aspects of the Novel (1927).

Tout cela pour vous faire comprendre qu’entre le Lyon 2 de Michel Cusin et le Lyon 2 actuel, il y a un gouffre, qu’en trente ans la radicalisation a gagné du terrain et les Lumières ne sont plus que de pâles lueurs. Des hommes comme Michel Cusin ou Roland Tissot (1936-2022), américaniste, spécialiste de la peinture américaine, musicien aussi, m’ont marqué sur le plan intellectuel. Ecrire ce livre sur Margaret Thatcher est donc ma façon d’apporter ma modeste pierre à la culture classique et populaire à la fois et de lutter contre ce que j’ai vécu comme le déclin de mon alma mater. Mon travail a été étalé sur trois à quatre ans, par intermittences.

Breizh-info.com : Concrètement, comment travaille-t-on sur un tel sujet depuis la France ? Vous êtes-vous rendu en Grande-Bretagne, avez-vous dépouillé les archives de Cambridge et les fonds de la Thatcher Foundation, interrogés des témoins encore vivants – ou est-ce un travail de sources imprimées ?

J’ai essentiellement travaillé à la façon de Georges Rémi, le fameux Hergé, sans sortir de mon bureau. Si j’avais voulu écrire une thèse, j’aurais sans doute effectué le déplacement de Cambridge ; revisité Oxford, où Margaret Roberts fit ses études de chimiste, et aussi Grantham, sa ville natale, qui n’a peut-être plus grand-chose à voir avec ce qu’elle était il y a cent ans, au moment de sa naissance.

En fait l’essentiel de ce que j’ai écrit trouve sa source dans les livres lus, achetés en ligne, à l’exception du Government by the Market ? de Peter Self, ainsi que The Path to Power et Statecraft de Margaret Thatcher, achetés sur place lors de leurs parutions respectives, des articles trouvés sur Internet, qui reste une source précieuse qui permet parfois de découvrir des choses surprenantes comme cette annonce d’une conférence sur Margaret Thatcher donnée, en avril 2024, dans une banlieue rurale de Cambridge, par un vénérable octogénaire qui fut ministre de Madame Thatcher lors de son premier mandat (1979-83), Sir John Coles. Depuis cette annonce, j’ai pu accéder au script de l’entrevue que Sir John avait donné en 2022 dans le cadre du programme d’archives sonores du corps diplomatique britannique du Churchill College de l’Université de Cambridge. Je n’ai pas rencontré Sir John, mais c’est tout comme !

Breizh-info.com : Sur quel point précis avez-vous changé d’avis en cours d’écriture ? Qu’est-ce que vous croyiez savoir d’elle en commençant et que vos sources ont démenti ?

Mon avis a évolué sur la question des privatisations. Je suis parti de l’avis dominant qui veut que les privatisations aient été une réussite, opinion que même Ian Gilmour (1926-2007), ex-ministre du premier gouvernement Thatcher devenu un de ses plus virulents critiques comme le montre son Dancing with Dogma (1992), partageait. Par contre la lecture de Peter Self (1919-99) m’a fait comprendre que ces privatisations n’avaient pas qu’un double objectif économique, celui de dénationaliser les entreprises publiques majeures pour combler les déficits publics, mais aussi celui éminemment plus politique de satisfaire la base électorale des Conservateurs et en même temps de réduire la mainmise des Travaillistes sur une large partie du logement social par le biais du Right to buy, id est la possibilité pour les locataires de logements sociaux d’acquérir leur lieu d’habitation. Quant aux privatisations des entreprises publiques, elles ont, elles aussi, plus été une grande braderie qu’une volonté d’en tirer un prix juste dans l’intérêt des finances publiques, ce qui n’a pas été un bon point pour un premier ministre qui se targuait de rigueur budgétaire.

Breizh-info.com : La bibliographie britannique est écrasante – Campbell, Moore, Vinen. Qu’est-ce qu’un regard français peut apporter que les biographes britanniques ne voient pas ? Et pourquoi, à votre avis, quasiment personne n’a écrit sur elle en français en 40 ans ?

J’avoue ne pas savoir quoi répondre à la première question. Peut-être, tout simplement, un regard extérieur, dépassionné. Et encore : en France, dans le milieu universitaire que j’ai fréquenté, le conformisme de gauche (y compris dans l’école de commerce locale, EM Lyon, avec laquelle j’ai longuement collaboré) contribuait à me placer dans le camp des suspects puisque je ne critiquais pas systématiquement ce que Margaret Thatcher avait pu faire ou dire. Les allergies les plus graves concernaient surtout les anglophones, comme cet Ecossais enseignant chez nous, Keith Dixon, qui avait fait paraître en 2000 un pamphlet contre Tony Blair, sous le titre de Un Digne Héritier (https://www.amazon.fr/digne-h%C3%A9ritier-Blair-tchatch%C3%A9risme/dp/2912107091), 120 pages instruisant le procès de ce premier ministre félon, d’après lui, car marchant dans les pas du thatchérisme. Il faut dire que M. Dixon s’inscrivait dans la mouvance radicale de notre Université.

D’après l’IA, à ce jour quatre thèses universitaires seulement ont été soutenues en France sur Madame Thatcher et/ou le thatchérisme. Chronologiquement, la première fut écrite par M. Moussa Souwwan et soutenue en 1989 à Paris 7 ; elle porte sur la politique sociale du gouvernement entre 1979 et 1987, soit les deux premiers mandats uniquement. En 1990, Mme Marie-Claude Esposito, soutenait à Paris 4 une thèse consacrée à la politique industrielle des Conservateurs sous Edward Heath et Margaret Thatcher, donc pas exclusivement consacrée au thatchérisme. Plus près de nous, toujours à Paris 4, mais en 1996, M. Kamel Meziti, présenta sa thèse intitulée L’expérience Thatcher : nouveau conservatisme et projet de société. Et enfin, 23 ans plus tard, en 2019, M. Yves Golder soutenait à l‘Université de Strasbourg une thèse intitulée Margaret Thatcher : construction d’une image politique, 1950-1990, publiée ensuite en version allégée chez l’Harmattan en 2022. C’est la seule que je cite dans mon livre, n’ayant pas eu connaissance des autres au moment de la rédaction. On ne peut donc pas dire que l’objet d’étude Thatcher ait mobilisé le monde universitaire : quatre thèses en trente ans, c’est maigre. A titre de comparaison, on dénombre une trentaine de thèses consacrées, en totalité ou partiellement, à Barack Obama depuis 2013, soit en 13 ans (cf. theses.fr). Tout cela aurait-il un rapport avec le traitement médiatique qui a été fait, en France, de ces deux figures clivantes de la politique contemporaine ?

vVous publiez chez Godefroy de Bouillon, maison marquée. La droite française brandit Thatcher depuis les années 80 sans forcément l’avoir lue, quand une partie des souverainistes en fait l’ennemi absolue. Que pensez-vous de cette double récupération ? Y a-t-il un malentendu français sur ce qu’elle a réellement fait ?

Etant un illustre inconnu, vous vous doutez que la recherche d’un éditeur n’a pas été chose facile. Ma naïveté et mon optimisme m’avaient laissé espérer que mon livre serait publié à l’automne 2025, soit à l’occasion du centenaire de la naissance de Madame Thatcher. Cela n’a pas eu lieu. Etant un fidèle auditeur de Radio Courtoisie et spectateur de TV Libertés et après avoir consulté le catalogue de Godefroy de Bouillon, contacter Richard Haddad, le fondateur de la maison, m’a semblé logique, et l’affaire fut rondement menée. D’où la sortie du livre fin février de cette année.

La droite française médiatique, celle qu’on voit et qu’on entend, me semble atteinte de paresse intellectuelle et peu portée sur la lecture. Ou si elle lit, elle le cache bien, n’en parle pas, et n’en tient pas compte dans ses programmes. Elle ne remet pas vraiment en cause la domination intellectuelle de la gauche, qu’elle accepte souvent avec fatalisme, au point d’adhérer à sa doxa, faite de vivre-ensemble, de chance pour la France, etc. Il paraît même qu’un président de la République française se serait fait élire sur un programme de droite pour gouverner pendant cinq ans avec des gens de gauche et aurait même contribué au déclin du régalien chez nous. Le naïf que je suis peine à le croire.

Si certains souverainistes honnissent Margaret Thatcher, ils le font, je pense, en ayant sa politique économique, inspirée par Friedrich Hayek et Milton Friedman, à l’esprit et en omettant son combat pour la souveraineté de son pays, que ce soit lors de l’épisode Malouines en 1982, sa volonté de ne pas céder en Ulster (« Northern Ireland is part of the United Kingdom; as much as my constituency is. », affirmé en novembre 1981 à la Chambre des Communes), voire son anticommunisme, qui la rendit très populaire dans tous les pays satellites de l’URSS en Europe de l’est.

Quant au malentendu entre nos deux pays, n’est-il pas atavique ? Si Albion est perfide, pourquoi Margaret ne l’aurait-elle pas été ? Et si Napoléon Ier considérait avec condescendance que les Anglais étaient une « nation de boutiquiers » (c’est Adam Smith qui définissait ainsi ses compatriotes) que penser d’une fille d’épicier provincial ?

Breizh-info.com : L’Irlande du Nord : avec le recul, comment jugez-vous sa gestion de la grève de la faim en 1981 ? A-t-elle commis une faute politique en laissant mourir Bobby Sands, ou n’avait-elle aucune marge ? Et comment expliquez-vous que cette unioniste intransigeante ait elle-même signé l’accord anglo-irlandais de 1985, que les loyalistes ont vécu comme une trahison ?

Charles Moore rappelle qu’avant même la grève de 1981, il y avait eu un « tour de chauffe » fin 1980 avec menace des prisonniers irlandais de l’IRA d’enclencher une grève de la faim si on ne leur accordait pas le statut de prisonniers politiques. Heureusement, l’esprit de Noël avait prévalu et la grève fut évitée. Par contre dès janvier 1981, la revendication avait surgi à nouveau, la pression monta et le passage à l’acte eut lieu le 1er mars 1981 avec Bobby Sands (1954-81), premier gréviste de la faim.

Cinq jours plus tard, à Belfast, Margaret Thatcher réitérait la position de son gouvernement :

There is no such thing as political murder, political bombing or political violence. There is only criminal murder, criminal bombing and criminal violence. We will not compromise on this. There will be no political status.”

Nier l’existence d’une dimension politique au meurtre était bien sûr contestable : il n’y a pas que des meurtres crapuleux. Néanmoins, telle était l’attitude de Margaret et de son gouvernement. La connaissant, on pouvait se dire qu’il y avait peu de chances qu’elle en change. Le décès de Bobby Sands, le 5 mai 1981, soit deux mois exactement après la déclaration de Belfast, était hélas prévisible. Nous assistions à la confrontation de deux jusque-boutismes, et cela se reproduira avec la grève des mineurs de 1984-5. Cet épisode tragique est pour moi symbolique de l’incompréhension de la nature irlandaise par Margaret, incompréhension due sans doute au manque d’intérêt qu’elle portait à l’histoire commune des deux îles. Charles Moore lui-même admet que dans tous les épisodes tragiques relatifs à la question irlandaise pendant la période Thatcher il avait parfois du mal à comprendre l’attitude de certains. Sans être Anglais, je ne comprends pas tout non plus.

L’accord du 15 novembre 1985 mettait un terme à cinq ans de négociations entre la République d’Irlande et le Royaume-Uni. Il prévoyait essentiellement que tout changement de statut de l’Irlande du Nord ne pourrait se faire qu’avec le consentement de la majorité de la population. Démographiquement parlant, à l’époque, les deux tiers de la population était protestante et loyaliste. Les Orangistes/ loyalistes dominaient la vie économique et politique de la région. Le danger d’une majorité pro-républicaine (et catholique) demandant le rattachement à la République était inexistant à court comme à moyen terme. La démission en bloc des quinze députés loyalistes siégeant à Westminster suite à cet accord relève une fois encore de l’irrationnel. Irrationnelle aussi la réaction de l’IRA qui organisa une série d’attentats à la bombe à Londres pour fêter cela !

Breizh-info.com : Le thatchérisme a laminé le Pays de Galles minier et testé la poll tax sur l’Ecosse avant l’Angleterre. Diriez-vous que Margaret Thatcher est la mère involontaire de la dévolution, du SNP moderne et de la question écossaise telle qu’elle se pose aujourd’hui ?

Rappelons que la dévolution écossaise fut actée par le Parlement de Westminster en 1998 (Scottish Act 1998) par le premier gouvernement Blair élu en 1997, année pendant laquelle les Ecossais s’étaient largement prononcés (à près de 75%) par référendum en faveur de la création d’un Parlement écossais. Donc la paternité de la dévolution revient au « digne héritier » de Margaret Thatcher, comme l’appelait Keith Dixon, cité plus haut.

Les réformes constitutionnelles de Tony Blair en 1998, que ce soit la dévolution pour l’Ecosse et celle accordée au Pays de Galles (Government of Wales Act 1998), ou la réforme de la Chambre des Lords (1999) n’auraient jamais été entreprises par Margaret Thatcher. De même qu’elle n’aurait fait voter par le Parlement le Human Rights Act 1998, qui incorporait en droit anglais la Convention Européenne des Droits de l’Homme. Quant au SNP actuel et sa coloration wokiste, je suis sûr qu’elle l’aurait eu en sainte horreur.

Andy Burnham, le nouveau premier ministre travailliste, aurait, selon la BBC, fait savoir à John Swinney, reconduit au poste de first minister of Scotland (premier ministre) en mai de cette année, qu’au sujet d’un nouveau référendum sur l’indépendance de l’Ecosse, il ne pouvait qu’en rejeter l’idée (« they could agree to disagree »).

Breizh-info.com : 1985 est une année noire : l’incendie de Bradford en mai, l’émeute de Millwall à Luton, puis le Heysel et ses 39 morts 3 semaines plus tard. Thatcher réunit immédiatement une cellule de crise et obtient le retrait des clubs anglais des coupes européennes avant même la décision de l’UEFA. Etait-ce du sang froid politique ou la réaction disproportionnée d’une femme qui, de notoriété publique, détestait le football ?

Depuis la fin des années 60, l’hooliganisme lié au football est apparu et a rapidement pris de l’ampleur.

Le drame qui a lieu le 29 mai 1985, lors de la finale de la Coupe d’Europe des Clubs Champions entre Liverpool FC et la Juventus de Turin de Platini à Bruxelles, au stade du Heysel, avec ses 39 morts, essentiellement italiens, et des centaines de blessés, donna l’occasion à Margaret Thatcher d’appeler à une plus grande sévérité vis-à-vis des fauteurs de troubles qui se traduira en 1989 par le vote du Football Spectators Act, dont les principales mesures pratiques sont les interdictions de stade pour comportement violent et la confiscation de leur passeport aux supporters dangereux en cas de déplacement de leur club à l’étranger.

A chaud, elle prend la décision de retirer les clubs anglais des compétitions européennes pour la saison suivante (1985-6). Deux jours plus tard, l’UEFA confirme et étend la mesure aux cinq années à venir, jusqu’en 1989-90. Sang-froid politique ou réaction disproportionnée ? La question peut-elle se poser en ces termes ?

Le mal de l’hooliganisme lié au football devant être combattu, il était plus facile de le faire lorsque les fautifs étaient anglais et qui plus est, les supporters d’un club emblématique. Le drame du Heysel avait choqué toute l’Europe, tout comme avait choqué bon nombre de téléspectateurs (dont moi) la décision prise de jouer le match le soir même.

Breizh-info.com : Margaret Thatcher est morte en 2013, avant le Brexit. Qui, dans la Grande-Bretagne de 2026, est son héritier réel – Badenoch, Farage, personne ? Le thatchérisme a-t-il survécu à celle qui lui a donné son nom ou s’est-il dissous dans le libéralisme qu’elle-même critiquait à la fin de sa vie ?

A première vue, Kemi Badenoch, qui dirige le Parti conservateur depuis 2024, a un profil qui ne déplairait certainement à Margaret Thatcher. Elle a voté pour le Brexit, admire Winston Churchill, auquel Margaret vouait une forme de dévotion, Airey Neave, un proche de Margaret, et Margaret elle-même. Les prises de position de Madame Badenoch en matière économique et au plan sociétal plairaient aussi à Margaret.

Mais, comme l’écrivait Scott Fitzgerald dans Gatsby : “you can’t repeat the past”.

Le thatchérisme répondait à un besoin dans les années 80. Depuis, certains s’en sont réclamés, mais combien l’ont-ils appliqué ? Idem pour le gaullisme en France, que certains continuent de revendiquer. Mais le costume n’est-il pas trop grand pour eux ?

Breizh-info.com : Un sujet peu traité en France : son fameux discours de 1978 sur les Britanniques qui se sentaient « submergés » par l’immigration, qui lui valut une tempête médiatique. Qu’a-t-elle réellement fait sur ce terrain une fois au pouvoir et que penserait-elle du Royaume-Uni aujourd’hui ?

Le 30 janvier 1978, Margaret Thatcher, en tant que chef de l’opposition, fut interrogée par Granada Television dans le cadre de son émission World in Action. C’est lors de cette entrevue qu’elle déclara que si l’immigration continuait au rythme alors constaté les gens « auraient vraiment peur que le pays puisse être submergé par des personnes ayant une culture différente ». Bien évidemment, une telle phrase ne pouvait que déclencher une controverse.

Qu’a-t-elle fait une fois au pouvoir ?

Les chiffres officiels (ceux de l’Office for National Statistics) sont intéressants à consulter. Pour la période allant de 1980 à 1990 inclus, soit la totalité en années pleines de l’ère Thatcher, le nombre d’étrangers autorisés à résider de façon permanente au Royaume-Uni fut de 54000 par an contre 72000 dans les années 70, soit une baisse de 25%. Lors de certaines années, il y eut plus d’émigration que d’immigration. Le nombre total de personnes nées à l’étranger vivant au Royaume était de 3,2 millions en 1980 et de 3.66 millions en 1990, soit une augmentation de 14% en dix ans. Autrement dit, que cela soit dû directement à Margaret Thatcher ou non, il n’y avait pas « d’invasion migratoire ». Par contre, l’Office for National Statistics indique qu’il y a eu une forte augmentation de l’immigration à partir de 1997. Est-il utile de préciser que Margaret Thatcher n’était plus au pouvoir alors et que John Major, son remplaçant, venait de perdre les législatives au profit de Tony Blair et son New Labour.

Propos recueillis par YV

Crédit photo : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle. Breizh-info.com, 2026, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention obligatoire et de lien do follow vers la source d’origine.

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