Le Belfast Telegraph a publié samedi une enquête qui n’arrange pas les affaires de Saoradh à Belfast. Mark Mackin, culturiste et figure locale du parti — il en présidait la section belfastoise jusqu’à son remplacement par Seamus Fitzsimons, originaire de Colin — apparaît régulièrement sur les distributions de tracts et les rassemblements de rue. Ses comptes sur les réseaux sociaux le montrent aussi déguisé en Bane, le super-vilain du Dark Knight Rises de Christopher Nolan, incarné à l’écran par Tom Hardy.
Une source citée par le journal résume l’affaire d’une formule : ces gens se déguisent déjà en révolutionnaires, l’un d’eux se déguisant en personnage de bande dessinée n’a rien de surprenant. Selon elle, le parti prêtait déjà à rire dans la ville avant cette révélation, et se trouve regardé avec méfiance par les autres composantes de la mouvance dissidente.
Saoradh, vitrine politique de la New IRA
Fondé en 2016, Saoradh — « libération » en irlandais — se présente comme une formation politique entièrement distincte de la New IRA. La conviction inverse est largement partagée par les services de sécurité des deux côtés de la frontière, et le parti est régulièrement décrit comme l’aile politique du groupe armé. En 2019, la BBC avait identifié 2 militants du parti à Derry comme membres de la direction de la New IRA dans la ville.
L’organisation cherche depuis plusieurs années à s’implanter dans les quartiers républicains de Belfast comme alternative au Sinn Féin. Sans grand succès.
Des fresques systématiquement recouvertes
Le symptôme le plus visible tient aux murs. Depuis plusieurs semaines, Saoradh tente de faire peindre ses fresques murales à Twinbrook, dans l’ouest de Belfast. Elles sont recouvertes à chaque fois.
Le parti a fini par proposer une fresque à la mémoire de Brendan « The Dark » Hughes, figure emblématique de l’IRA provisoire à Belfast, dans l’espoir que le personnage dissuaderait les effacements. Selon la source du Sunday Life, l’hommage n’avait jamais été envisagé avant que les autres fresques ne soient repeintes. Saoradh a accusé des militants du Sinn Féin d’être derrière ces effacements, ce que Danny Baker, député à l’Assemblée pour l’ouest de Belfast, a démenti.
Aucune fusillade à Belfast depuis 2017
Les difficultés politiques du parti reflètent l’état de l’organisation armée dans la capitale nord-irlandaise. Depuis l’arrestation en 2017 de 2 tireurs de la New IRA, Eamon Hutchinson et Matt Johnston, le groupe n’a plus mené une seule fusillade à Belfast.
Auparavant, il y était responsable de 4 assassinats : les civils Kevin Kearney, Conor McKee et Michael McGibbon, ainsi que le surveillant pénitentiaire Adrian Ismay, tué en mars 2016 par une bombe placée sous son véhicule. S’y ajoutaient plusieurs attaques à l’arme à feu et à l’explosif visant la police. Il y a une dizaine d’années, la New IRA comptait encore dans ses rangs plusieurs anciens tireurs de l’IRA provisoire.
Le travail policier et la lassitude ont fait le reste. Le dernier fait recensé à Belfast remonte à avril, avec une bombe artisanale à base de bouteille de gaz déposée au commissariat de Dunmurry. Dans les quartiers nationalistes de la ville, la New IRA est aujourd’hui dépassée par l’ONH en capacité de nuire, et par l’INLA en nombre de membres — cette dernière restant le principal groupe paramilitaire républicain de Belfast.
Derry, l’exception
Le tableau change à 100 kilomètres de là. L’unité de Derry de la New IRA reste considérée comme une menace sérieuse, et c’est vers elle que se dirigeait l’engin intercepté cet été dans le comté de Monaghan.
Le 22 juillet, la Garda Síochána stoppait une voiture sur la N2 à Aclint, près de Carrickmacross ; un sac contenant du Semtex de qualité militaire et un détonateur était découvert sur la banquette arrière. Près de 400 grammes de Semtex, selon les éléments rendus publics. La principale hypothèse de la police nord-irlandaise était une attaque contre un commissariat au nord de la frontière ; l’engin, décrit comme conçu pour être placé sous un véhicule, était en route vers Derry.
Deux personnes ont été inculpées : Isobella Perrie Sullivan, 25 ans, étudiante en droit du comté de Kildare, remise en liberté sous caution de 15 000 €, et Simon O’Donovan, 44 ans, employé d’un musée dublinois, maintenu en détention. Parmi les conditions imposées à la première figure l’interdiction de tout contact avec des membres de Saoradh ou de la New IRA.
L’écart est net : dans une ville, une organisation qui n’arrive plus à faire tenir une fresque sur un mur ; dans l’autre, un réseau capable de faire circuler des explosifs militaires. Le procès de Simon O’Donovan doit reprendre le 5 octobre devant la Special Criminal Court.
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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