Un document déclassifié conservé aux National Archives de Kew révèle qu’un membre du DUP siégeant au Forum, l’instance ayant précédé l’Assemblée nord-irlandaise, avait explicitement envisagé de reprendre les armes quelques semaines avant la signature de l’accord du Vendredi saint.
Le document est une note interne rédigée le 9 février 1998 par Allen McVeigh, de la division des affaires politiques du Northern Ireland Office (NIO), à destination du secrétaire d’État, du chef de la fonction publique et d’autres hauts responsables. Le fonctionnaire y résume un entretien d’une heure et demie avec un élu du DUP dont il choisit délibérément de taire l’identité, jugeant préférable de ne pas le nommer même dans une note classifiée.
Un discours jugé « glaçant »
Selon le compte rendu, l’élu a estimé que les loyalistes seraient fondés à « riposter » les armes à la main, argumentant que la violence avait porté ses fruits pour les républicains. Il aurait évoqué la perspective d’affrontements « frère contre frère » sans exclure d’y prendre part lui-même, au point que le fonctionnaire du NIO en vient à écrire qu’il aurait pu servir de porte-parole au Loyalist Volunteer Force (LVF), organisation alors toujours impliquée dans des violences meurtrières.
L’élu aurait également jugé que si les ministres du NIO suivaient les conseils de leurs fonctionnaires, ces derniers seraient alors coupables d’une forme de trahison, et se serait montré plus proche, selon ses propres mots rapportés, de l’analyse du LVF que de figures loyalistes plus modérées comme Gusty Spence ou David Ervine, qu’il aurait tournées en dérision. Il aurait prévenu que Drumcree ne constituerait pas la limite ultime cette année-là, les loyalistes ordinaires n’étant plus disposés à se laisser diriger ni par la hiérarchie de l’Ordre d’Orange, jugée sans caractère, ni par le gouvernement britannique.
« Le choix de se battre »
Interrogé sur le rôle de la police face à d’éventuels troubles, l’élu aurait répondu que les policiers devraient examiner leur conscience et choisir entre rester chez eux en congé maladie ou affronter des citoyens jusque-là loyaux qu’ils comptaient parmi leurs soutiens. Le fonctionnaire rapporte que l’homme lui a affirmé que chaque habitant d’Irlande du Nord serait bientôt confronté au choix de se battre ou non pour ses convictions, quitte à ce que cela se traduise par un affrontement entre proches.
Le NIO conclut que son interlocuteur n’inventait rien et ne présentait pas le regard vitreux du fanatique, mais qu’il était parvenu, après mûre réflexion, à la conclusion qu’il faudrait recourir à la violence si nécessaire — ce qui rendait le propos d’autant plus préoccupant selon lui.
Un DUP finalement engagé dans le compromis
L’élu, membre de l’Ordre d’Orange, faisait partie d’une douzaine de personnes identifiables parmi les 24 membres du Forum du DUP à l’époque, majoritairement masculins et souvent membres de l’Ordre d’Orange, ce qui exclut des figures comme Peter Robinson, Sammy Wilson ou Ian Paisley Jr, ainsi que les rares membres féminines du groupe.
Il s’était par ailleurs dit convaincu que le DUP ne se retrouverait jamais du côté perdant du référendum sur l’accord — ce qui fut pourtant le cas 3 mois plus tard — et avait exclu tout dialogue futur avec le Sinn Féin ou le gouvernement irlandais. Le DUP a depuis non seulement dialogué avec Dublin, mais partagé le pouvoir avec le Sinn Féin, une coalition toujours en place aujourd’hui. Quelques semaines après cet entretien, le LVF avait publiquement apporté son soutien au DUP, soutien dont le vice-leader du parti de l’époque, Peter Robinson, avait affirmé ne pas s’embarrasser tout en condamnant le recours à la violence du groupe.
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