Le Portugal interdit le voile intégral : une loi symbole pour masquer une frontière qui ne se ferme pas

Publicité

Il faudra désormais montrer son visage dans la rue au Portugal — sauf en avion, sauf dans les lieux de culte, sauf dans les représentations diplomatiques, sauf pour raisons de santé, sauf pour motifs professionnels, artistiques ou climatiques. La liste des dérogations occupe presque autant de place que l’interdiction elle-même. C’est la loi promulguée par le président António José Seguro, décrite par la presse locale comme la « loi des burqas », qui prévoit des amendes de 150 à 3 000 euros pour qui porte en public un vêtement destiné à dissimuler ses traits.

Le chef de l’État, ancien secrétaire général du Parti socialiste, justifie sa signature en faisant du visage « un élément central de l’identité et de la communication humaines ». Il concède dans le même communiqué qu’il s’agit d’un sujet d’une grande sensibilité sociale et culturelle. Autrement dit : je signe, mais je préviens que je n’en pense pas que du bien.

Un texte de Chega recyclé par la droite de gouvernement

Le parcours du texte mérite d’être rappelé, parce qu’il dit tout de la manœuvre. La proposition initiale émane de Chega, le parti d’André Ventura, et visait explicitement la burqa et le niqab. Approuvée dans son principe en octobre 2025, elle est restée bloquée en commission environ 8 mois. En juin 2026, le PSD de Luís Montenegro a déposé un texte de substitution recentré sur des motifs de sécurité et d’identification, précisément pour évacuer la question islamique. Le 9 juillet, la commission des Affaires constitutionnelles l’adoptait avec les voix du PSD, de Chega, d’Iniciativa Liberal et du CDS, la gauche votant contre.

Le résultat est un texte qui interdit tout ce qui masque un visage, du passe-montagne au masque de carnaval, mais dont chacun sait, à Lisbonne comme ailleurs, qu’il ne concerne dans les faits qu’une poignée de femmes musulmanes. On légifère sur le niqab en jurant qu’il n’est pas question de niqab. Cette pudeur-là a un nom : la peur d’assumer.

Publicité

En France, 1 966 verbalisations et un peu plus de 1 000 femmes

Reste la question que personne n’a envie de poser à Lisbonne : est-ce que ça marche ? Le précédent français fournit la réponse, et elle est documentée.

La loi du 11 octobre 2010, entrée en vigueur le 11 avril 2011, visait moins de 2 000 femmes selon les estimations de l’époque. Réponse du ministère de l’Intérieur à l’Assemblée nationale, données arrêtées au 15 octobre 2018 : 2 117 contrôles, 1 966 verbalisations, un peu plus de 1 000 femmes concernées. Faites la division. Ce sont largement les mêmes qui repassent devant les mêmes policiers, encaissent la même amende de 150 euros et remettent le voile en s’éloignant. Sept ans d’application produisent en moyenne moins d’une verbalisation par jour sur tout le territoire national.

Ajoutez que le contournement est trivial — lunettes enveloppantes, masque sanitaire, capuche — et que les questions écrites de députés sur le sujet s’empilent depuis quinze ans sans que rien ne bouge. Une loi qu’on n’applique pas n’est pas une loi, c’est une déclaration d’intention passible d’amende.

Il y a pire que l’inefficacité. Il y a ce que cette mécanique produit concrètement : un agent en uniforme qui interpelle une femme dans la rue à cause d’un morceau de tissu, quand l’homme qui le lui impose éventuellement, lui, rentre tranquillement chez lui. Le texte portugais sanctionne d’ailleurs aussi la contrainte exercée sur autrui pour couvrir un visage — encore faudra-t-il la prouver, et l’on devine sur qui, entre le mari et l’épouse, tombera l’amende la plus facile à dresser.

400 000 dossiers, une police des frontières dissoute, une autre reconstruite

Pendant ce temps, le Portugal se débat avec des chiffres autrement plus lourds. La population étrangère y a doublé en 5 ans pour atteindre environ 1,55 million de personnes en 2024, soit près de 15 % des habitants, selon l’agence AIMA. Cette même agence, créée après la dissolution du Service des étrangers et des frontières en 2023, a hérité de centaines de milliers de dossiers en attente ; plus de 440 000 demandes de régularisation étaient en cours de traitement au printemps 2025, et 177 026 personnes ne s’étaient tout simplement pas manifestées lorsque l’administration a tenté de les contacter.

En mai 2025, à deux semaines des législatives, le gouvernement annonçait l’envoi d’environ 18 000 notifications de départ, dont 4 500 invitations à partir volontairement sous 20 jours. Il a fallu créer une unité nationale des étrangers et des frontières au sein de la police pour reconstituer ce que l’État avait démantelé deux ans plus tôt. En mars 2026, un nouveau texte a porté la durée de rétention en vue d’éloignement de 60 à 360 jours.

Un État qui doit rebâtir de zéro sa police des frontières, qui compte ses dossiers par centaines de milliers et qui allonge à un an la durée de rétention faute de parvenir à faire partir les gens dans les deux mois, cet État-là vient d’expliquer à ses citoyens qu’il reprenait le contrôle. En interdisant un vêtement.

Ce qu’on ne vote pas

Voilà l’échange tacite proposé à l’électeur européen depuis vingt ans. On lui refuse le débat sur les volumes d’entrée, sur les critères de séjour, sur l’exécution effective des mesures d’éloignement, sur la nationalité. En compensation, on lui offre régulièrement une loi vestimentaire, votée avec solennité, applaudie sur les plateaux, et dont l’application se comptera en quelques dizaines de procès-verbaux par an.

Le voile intégral est une pratique minoritaire, importée, et parfaitement étrangère aux mœurs européennes : personne ici ne le défendra. Mais s’il exprime un refus d’appartenir à la société où l’on réside, alors c’est ce refus qu’il faut traiter, pas le morceau d’étoffe qui le signale. Un pays capable de dire qui il accueille, à quelles conditions, et de faire partir ceux qui ne respectent ni ses lois ni ses usages n’a aucun besoin d’un tarif d’amende pour un vêtement.

Amnesty International, qui avait demandé à Seguro de ne pas promulguer le texte et de le soumettre au contrôle de constitutionnalité, y voit une atteinte disproportionnée à plusieurs libertés. Chega y voit une victoire. Les deux camps ont intérêt à ce que le débat reste sur ce terrain-là. Sur le nombre de reconduites effectivement exécutées au Portugal depuis l’annonce de mai 2025, en revanche, aucun bilan public n’a été publié.

Photo d’illustration : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

Breizh-info.com, 2026, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention obligatoire et de lien do follow vers la source d’origine.

Publicité
Cet article vous a plu, intrigué, ou révolté ?

PARTAGEZ L'ARTICLE POUR SOUTENIR BREIZH INFO

6 réponses à “Le Portugal interdit le voile intégral : une loi symbole pour masquer une frontière qui ne se ferme pas”

  1. subsidized Inhumanity Fest dit :

    Bien vu l’article !
    .
    On l’a vu mille fois en France, on peut faire autant de lois qu’on veut, on ne les applique pas, on les interprète comme on veut (fond Samuel Paty certes pas une loi mais révélateur) on n’y achète que le masquage du problème de fond.
    .
    La politique cosmétique (langage soft), ou plus clairement la politique de clowns malveillants façon Chucky c’est tout ce qu’il reste.
    .
    Rappel : idem en France qui dans les années 90 alors que j’étais d’active, avait passé une loi sur les signes dans l’espace public, rentrer chez soi en uniforme interdit, les bonnes sœurs en tenue interdit.(il ne fallait pas déranger l’occupant)
    Dans le même temps d’autres tenues sont massivement apparues dans l’espace publique, qui elle n’ont jamais été interdites …
    .

  2. Luc DAVIN dit :

    Accepteriez-nou qu’un tiers, quel qu’il soit, décide, pour quelque raison que ce soit, de votre tenue vestimentaire ? …

  3. Shakespeare sous LSD dit :

    Chaque concession sera un aveu de faiblesse et entrainera encore plus de charia et d’occupation :
    « AJ+ français Aug 21
    L’excision fait débat en ce moment, et sous couvert d’anticolonialisme (gauchisme), certains parlent à la place des femmes concernées… »

    Donc l’ingérence intérieure du Qatar est actée, point.

    UNFPA et OMS confirment que l’excision est majoritairement réalisée par des femmes (exciseuses traditionnelles âgées, souvent). Les mères et parentes l’organisent fréquemment pour conformité sociale et mariageabilité. Awa Thiam l’a dénoncée dès 1978 dans son livre, mais la pratique reste ancrée dans des normes collectives. (pas la conformité sociale du pays d’accueil, celle du bled, ce qui est un exemple de pure libanisation et de refus d’intégration et d’assimilation)

    On veut se prétendre être toi, aussi légitime que toi, partie intégrante de l’europe et de son histoire (lol) mais en même temps on fait tout pour faire remarquer qu’on est tout l’inverse, à chaque occasion (accoutrement, mœurs, nourriture, musique, histoire, religion)

    Il faut n’avoir aucune pudeur, aucune dignité, aucun honneur pour se foutre du monde aussi ouvertement.

  4. Miroir dit :

    « Ascenseur pour les fachos » , le voile, le halal, les interdictions religieuses, ne pas serrer la main des femmes, les obligations religieuses etc…
    Amusant comme les auto-proclamés spécialistes du fascisme (donc du socialisme du PSI) sont précisément ceux qui défendent les fascismes d’importation. ;-)

  5. Auguste Persite dit :

    On peut lire des cas d’école culpabilisation inversées (second commentaire dingo)

    Réalité : Nice 2026, « Nice : deux hommes lynchent cinq personnes pour des « jupes trop courtes » (non compatible avec la charia) » fracture de la mâchoire etc … Les deux femmes frappées ainsi que les deux hommes qui les accompagnaient dont un gisant au sol inconscient. Une passante, qui est aussi infirmière, est intervenue pour aider l’ami toujours à terre. L’homme a ajouté : « Elle a reçu un coup de pied au visage. » QUEL ENRICHISSEMENT CULTUREL !

    Effectivement, il faut interdire la tenue islamique sinon les femmes ne s’y conformant pas se feront agresser et/ou *ioler et jamais les occupants ne s’adapteront à nos us et coutumes, par contre ils nous imposeront les leurs (le démontre cet acte de terrorisme islamique … car c’est de l’usage de la terreur pour motif islamique de « jupe non charia compatible » ! )

    Effectivement si des étrangers et une religion terroriste étrangère fait sa loi sur NOS publiques, c’est inacceptable !

    Plus de questions à se poser avec Rima Hassan qui préconise publiquement d’abroger les lois sur le terrorisme qui vise la gauche, ce qui est un aveu de la gauche qui représente officiellement plus de 90% du terrorisme du XXéme siècle en France (sans même avoir leur attribuer le terrorisme islamo gauchiste)

    La réalité chiffrée, c’est l’immense souci de nos traitres à leur pays et à leur peuple, aka l’état profond, aka la secte science po et autres dérivés de l’absolutisme royal de la république antipopulaire et xénophile.

    Une bonne série de raccourcissement leur ferait le plus grand bien, je parle bien sur de sciences po, l’état profond, les sectes qui se vivent comme la noblesse nomenklatura de la raie-publique absolue.

    Hey la secte science po on ne vous doit rien, faut vous réveiller. Pour le populo donc pour la démocratie pour le peuple par le peuple : vous êtes juste de nuisibles junkies perchés prétentieux et narcissiques. Hé oui, hors de votre milieu sectaire vous êtes des bêtes de foire, des femmes à barbe, des tarés complètement déjantés. Allez bosser dans un vrai métier ça vous fera sortir de votre éternelle crise d’adolescence et votre narcissisme sera remis vite à sa place !

  6. subsidized Inhumanity Fest dit :

    «Pas compatible avec mes valeurs» : quand certains influenceurs rejettent la littérature classique française au nom de l’islam
    Publié le 24/08/2026

    En résumé : Les sciences sociales engendrent des idées toxiques car elles ne sont pas soumises au processus auto-correctif de la réalité.

    Ce n’est pas pour rien que la secte la Sorbonne regroupe en son sein la sociologie etc … Tous ces « spécialistes de plateau TV » qui décrivent le réel à ceux qui le vivent alors qu’ils n’ont de leur vie jamais vécu le réel d’un citoyen (un vrai travail productif dans une vraie entreprise privée et un vrai domaine de productivité, dans un vrai quartier, avec un vrai cercle relationnel diversifié)

    Ils résument parfaitement l’adage du service public de désinformation : « On ne décrit pas la société telle qu’elle est mais comme on voudrait qu’elle soit » (ernotte)

    Qui est le putschiste, le séparatiste, la caste qui a décidé de changer de peuple, de mœurs, d’us et coutumes et même de lois et de règles de vie en société ou le peuple ?
    Comment la caste putschiste peut-elle encore utiliser le « démocratie » contre laquelle elle a fait son coup d’état à la vue et aux yeux de tous ?

    La loi martiale sur l’expression et la pensée du peuple est le dernier aveu de la caste séparatiste qui en étudiant la géopolitique, est largement condamnable pour être factuellement des agents d’ingérence extérieure propulsés par des entités étatiques parfaitement identifiées (halalisation et chariatisation de la société)

    Autrement dit, nos castes putschistes n’ont plus aucun sophisme en réserve pour faire paravent de la réalité. Ils devraient demander l’asile politique aux pétromonarchies du moyen orient avant qu’ils ne soit trop tard, là où ils ne seront rien, et où l’égalitarisme n’existe pas. lol

    Ca sera toujours moins pire que lorsque, inévitablement, ils devront en répondre à ceux qu’ils ont trahi. Aucun empire dans l’histoire n’a résisté éternellement, l’empire des bobos multiculturalistes perchés ne fera pas exception.

Publicité

LES DERNIERS ARTICLES

Auto-Moto, Economie

Sécheresse : les stations de lavage au bord de l’asphyxie

Patrimoine, Société, Tribune libre

Profanation d’une statue de la Vierge Marie au son de « sale pute » : en Corse, pas de féministes, mais des promesses… [L’Agora]

International

Rachat de Warner par Paramount : la droite polonaise rêve de mettre la main sur TVN

Economie

Assurance habitation : Brest, ville la moins chère de Bretagne et de France

Histoire, International

Stephen Kertesz, le diplomate hongrois qui faisait de la paix un devoir

A La Une, Sociétal

Joseph Schmittbiel (« Mathilde ou la violence du confinement ») : « La même perversité était à l’œuvre dans les deux cas »

Sociétal

Souveraineté, Europe, Russie, Trump : le grand entretien d’Alain de Benoist avec Paul-Marie Coûteaux

Culture, Culture & Patrimoine, Histoire, Patrimoine

Neuschwanstein, le château enchanté du « roi fou » Louis II, sur Arte

Santé

Aider un proche et travailler : les salariés réclament surtout de la souplesse

International

États-Unis : une ancienne démocrate raconte l’enfer des écoles « antiracistes »

ARTICLES EN LIEN OU SIMILAIRES

Sociétal

Souveraineté, Europe, Russie, Trump : le grand entretien d’Alain de Benoist avec Paul-Marie Coûteaux

Découvrir l'article

A La Une, International

Saxe-Anhalt : l’AfD vise le pouvoir dès décembre, Ulrich Siegmund sûr de son élection

Découvrir l'article

A La Une, International

Entretien avec Krzysztof Bosak, vice-président de la Chambre des députés de Pologne.

Découvrir l'article

Culture & Patrimoine, Sociétal

La revue Éléments consacre son numéro de rentrée à « La nouvelle France »

Découvrir l'article

A La Une, Politique

« Du présent faisons table rase » : les Coriaces sonnent la révolte contre les enfants de la Matrix [Interview]

Découvrir l'article

International

Milei, Trump et Musk, les trois cavaliers et la fin d’un monde

Découvrir l'article

International

Droit de vote des étrangers, financement des diasporas : ce que contient le rapport adopté à l’unanimité par une commission de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe

Découvrir l'article

A La Une, Immigration, Société

La population immigrée présente en France a augmenté de 80% depuis l’an 2000 : trois scénarios pour demain

Découvrir l'article

International

Immigration extra-européenne : où en sont vraiment la Pologne, la Hongrie, la Tchéquie et la Slovaquie ? Une analyse du groupe de Visegrád

Découvrir l'article

Religion

« Souffrances et espérance de l’Église en France » : le rapport choc de l’ECLJ avant la visite de Léon XIV

Découvrir l'article

Nous utilisons des cookies pour vous garantir la meilleure expérience sur Breizh Info. Si vous continuez à utiliser le site, nous supposerons que vous êtes d'accord.