Moustiques : chaque espèce a ses proies préférées, et ce n’est jamais la même personne

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Personne n’est également appétissant pour tous les moustiques. C’est le résultat le plus net d’un travail publié le 21 août dans la revue iScience par une équipe de la Florida International University, associée à des chercheurs suisses, qui a soumis 119 volontaires de Miami à 3 espèces vectrices différentes. Aucun participant ne s’est retrouvé dans le groupe des plus attractifs pour les 3 espèces à la fois. Aucun ne s’est retrouvé non plus dans le groupe des moins attractifs pour les 3.

Le protocole tient de l’entonnoir olfactif. Chaque volontaire glissait son avant-bras gauche dans un tube de plexiglas de 75 centimètres au bout duquel 30 femelles étaient relâchées, pendant 8 minutes, à 3 reprises par espèce. Les participants avaient reçu consigne de ne pas se doucher la veille et de ne porter ni déodorant ni parfum. Pour la troisième espèce, active la nuit, l’odeur avait été piégée sur des bas de nylon portés 12 à 16 heures, puis testée sous un éclairage reproduisant celui de la pleine lune.

89 %, 43 %, 27 %

Les 3 espèces ne mordent pas avec la même avidité. Aedes aegypti, vecteur de la dengue, de la fièvre jaune, du Zika et du chikungunya, affiche un taux moyen d’attraction de 89 % — c’est l’espèce la plus strictement inféodée à l’homme. Culex quinquefasciatus, qui transmet le virus du Nil occidental, tourne à 43 %. Le moustique tigre, Aedes albopictus, ferme la marche à 27 %, ce qui correspond à son comportement opportuniste : il pique volontiers d’autres animaux.

Aedes aegypti s’est montré très légèrement plus attiré par les hommes que par les femmes, avec un écart faible mais statistiquement significatif. Les 2 autres espèces n’ont fait aucune différence entre les sexes.

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Surtout, les classements ne se recoupent pas. Un volontaire très recherché par Aedes aegypti pouvait être ignoré par le moustique tigre. La corrélation entre les 2 espèces d’Aedes reste faible, et elle devient quasi nulle dès qu’on compare l’un ou l’autre au Culex. Chacune a manifestement développé sa propre méthode pour repérer un humain.

Ce que fabriquent les bactéries de la peau

L’odeur humaine est un objet chimique redoutablement complexe : plus de 1 000 composés volatils, dont la fonction reste inconnue pour la plupart. Et cette odeur n’est pas produite par la peau seule. Les sécrétions cutanées — sueur, sébum — sont pour l’essentiel inodores ; ce sont les bactéries qui les dégradent et libèrent les molécules que les moustiques suivent.

L’équipe a séquencé le microbiote de l’avant-bras de chaque volontaire et identifié 246 groupes bactériens différents. Sur ces 246, une seule espèce était présente chez la totalité des participants. Autant dire que la signature odorante de chacun est pratiquement unique.

Les staphylocoques ressortent du côté des volontaires les plus piqués par Aedes aegypti. À l’inverse, plusieurs bactéries du genre Pseudomonas sont surreprésentées chez les moins attractifs, ce qui rejoint des travaux antérieurs sur les vecteurs du paludisme. Trois bactéries se retrouvent chez tous les fortement attractifs, toutes espèces confondues, et pourraient constituer un signal générique de « proie disponible ».

Le moustique tigre suit une autre piste

Le détail le plus utile pour l’Europe de l’Ouest concerne précisément Aedes albopictus. Pour Aedes aegypti et pour le Culex, l’attractivité semble tenir surtout à l’absence de certaines molécules répulsives sur la peau. Le moustique tigre, lui, fonctionne à l’inverse : il est attiré par la présence de composés déterminés, 13 au total, dont beaucoup évoquent les odeurs végétales — celles des fruits, des fleurs, des feuilles. Notre peau en émet des traces, sous l’effet de l’alimentation, du métabolisme et des bactéries.

La conséquence est industrielle autant que scientifique. Un répulsif conçu à partir du profil olfactif d’Aedes aegypti n’a aucune raison d’être aussi efficace sur une espèce qui ne cherche pas les mêmes signaux. Les auteurs plaident pour des produits ciblés, adaptés aux espèces réellement présentes dans une zone donnée. Le financement du travail vient d’ailleurs pour partie de la DARPA, l’agence de recherche du Pentagone, et des Centres américains de contrôle des maladies.

4 communes bretonnes colonisées fin 2025

La question n’est plus théorique en Bretagne. Au 1er janvier 2026, l’ANSES recensait 81 départements métropolitains colonisés par le moustique tigre, contre un seul en 2004. L’insecte est apparu dans la péninsule en 2022, à Domagné, à une vingtaine de kilomètres de Rennes. Fin 2025, l’ARS Bretagne comptait 4 communes colonisées réparties sur 2 départements, dont 3 en Ille-et-Vilaine : Domagné, Rennes et Châteaugiron. La Loire-Atlantique est concernée depuis plus longtemps. La pointe occidentale reste pour l’instant à l’écart.

Une commune est déclarée colonisée selon des critères précis : des œufs relevés sur 3 passages successifs d’un même piège pondoir, ou des larves et adultes trouvés à plus de 150 mètres d’un signalement, ou 2 pièges positifs distants de plus de 500 mètres. La surveillance, confiée à un opérateur privé par l’agence régionale, s’exerce du 1er mai au 31 octobre.

Une précision s’impose sur la troisième espèce étudiée : Culex quinquefasciatus n’est pas présent en France métropolitaine. C’est son proche parent Culex pipiens, le moustique commun, qui joue ici le rôle de vecteur potentiel du virus du Nil occidental.

Les limites du protocole

Les auteurs les exposent eux-mêmes. Le dispositif mesure l’attractivité d’un individu isolé, pas la façon dont un moustique choisirait entre plusieurs personnes présentes dans une même pièce. Les bas de nylon utilisés pour le Culex approchent l’odeur d’un bras vivant sans la reproduire exactement. Enfin, l’échantillon est trop restreint pour tirer la moindre conclusion sur d’éventuelles différences liées à l’origine des participants, et l’équipe le dit explicitement.

En attendant des répulsifs spécialisés, les recommandations restent classiques : produits homologués à base de DEET, d’icaridine, d’IR3535 ou d’huile d’eucalyptus citronné, vêtements couvrants, et surtout élimination des eaux stagnantes autour de l’habitation — soucoupes de pots, gouttières, bidons, jouets oubliés dans le jardin. Le moustique tigre se déplace peu : celui qui pique dans un jardin est presque toujours né dans ce jardin.

L’étude est en accès libre sur le site d’iScience.

Crédit photo : DR (photo d’illustration)
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