La ville anglaise de Middlesbrough vit depuis une semaine ce que le chroniqueur du Telegraph Simon Heffer décrit comme une plongée dans un niveau de criminalité et de désordre habituellement associé aux pires quartiers de Los Angeles, Palerme ou Johannesburg. Le déclencheur : un accident de la route sur l’A66, où 5 individus roulant à contresens ont percuté et tué 2 policiers le week-end dernier.
Depuis, la Cleveland Police a procédé à de nombreuses arrestations et évoque des liens avec le crime organisé. Le domicile de l’un des jeunes tués dans l’accident a été percuté par un véhicule, un second logement a subi le même sort jeudi, et une maison a été incendiée, faisant 2 mortes — une femme et une jeune fille —, 2 hommes ayant été arrêtés pour meurtre. Plusieurs voitures ont également été incendiées lors d’une veillée en hommage à l’une des victimes de l’accident. La police, dont un rapport d’inspection avait déjà jugé en 2019 qu’elle était « sans direction, sans repère et perdue », affirme devoir gérer un niveau de criminalité digne d’une métropole avec des moyens conçus pour une force rurale.
Une ville parmi les plus pauvres du pays
Middlesbrough figure parmi les zones les plus défavorisées du Royaume-Uni : 10e rang national pour la mauvaise santé ou l’invalidité de longue durée, 26e pour le chômage (6,2% localement contre 4,5% au niveau national), 39e sur 361 zones pour le nombre d’allocataires sociaux. Un conseiller municipal local, s’exprimant sous anonymat par crainte de représailles, évoque des vols à l’étalage, des rodéos urbains et un trafic de drogue hors de contrôle. La ville affiche le taux de délinquance par habitant le plus élevé du pays hors Londres, la police estimant que 80% de la criminalité britannique est liée, directement ou indirectement, au trafic de stupéfiants.
Dans le quartier de Grangetown, où une fillette de 7 ans et sa tante ont péri dans l’incendie de mercredi, l’auteur décrit des rues bordées de maisons murées et abandonnées, de caravanes délaissées sur les trottoirs, et un pub autrefois populaire, The Magnet, dont les fenêtres sont désormais barricadées de plaques métalliques vertes. Dans le quartier voisin de South Bank, où a eu lieu l’accident mortel, des groupes d’adolescents et de jeunes hommes cagoulés circulaient à vélo cette semaine dans les rues.
Une classe ouvrière blanche laissée pour compte
Pour Simon Heffer, ce qui se joue à Middlesbrough est en partie la conséquence de décennies d’abandon d’une frange de la classe ouvrière blanche, dont l’identité, écrit-il, ne présente aucune valeur politique à l’heure des politiques identitaires. Il rappelle qu’un siècle plus tôt, les habitants de la région du Teesside s’engageaient sans hésiter dans l’armée pour combattre lors des deux guerres mondiales, et que même durant les années 1930, où le chômage atteignait 75% à Jarrow avant la célèbre marche de 1936, ils ne sombraient pas dans la délinquance ni l’apitoiement.
L’auteur attribue ce basculement à l’assistanat généralisé et à l’idée que tout malheur individuel serait nécessairement la faute d’autrui, une mentalité ayant selon lui affaibli la résilience d’un peuple autrefois endurci, et brouillé la distinction essentielle entre le bien et le mal — un phénomène aggravé par la facilité avec laquelle les délinquants échappent aujourd’hui aux poursuites.
Il cite le témoignage d’un universitaire de Cambridge, élevé dans l’East End londonien des années 1950, dont le père, vétéran de la Seconde Guerre mondiale resté toute sa vie ouvrier à Stepney, lui aurait confié : « Nous sommes passés du sel de la terre à la lie de la terre en l’espace de deux générations. »
Écoles publiques et double standard racial
Simon Heffer souligne que la fermeture progressive des grammar schools après 1965, sous l’impulsion du ministre travailliste de l’Éducation Tony Crosland, a fait disparaître l’un des principaux ascenseurs sociaux pour les enfants d’ouvriers. Il oppose ainsi Trinity Catholic College, meilleur établissement public de Middlesbrough en 2020, qui n’avait envoyé que 3,4% de ses élèves à Oxbridge, à la Henrietta Barnett School, établissement public du nord de Londres qui n’a compté qu’un seul élève blanc britannique en 2024 tout en envoyant 28,2% de ses élèves à Oxbridge en 2023.
Il cite également Lord Sewell, pair conservateur, qui avait établi dans un rapport gouvernemental que les garçons blancs issus de la classe ouvrière constituaient la cohorte la moins performante du système scolaire britannique, un constat que l’État aurait, selon lui, tenté d’estomper en agrégeant leurs résultats à ceux des garçons blancs de la classe moyenne, plus favorisés.
Une double solution : école et fermeté
L’auteur appelle le gouvernement à réformer en profondeur les écoles primaires et secondaires des zones défavorisées, à utiliser le levier fiscal pour inciter les entreprises à s’y implanter, et à envisager l’expansion des forces armées comme exutoire structuré pour l’énergie de jeunes hommes désœuvrés. Il plaide également pour une répression sans concession du trafic de drogue, qu’il considère comme la racine de l’essentiel des autres maux constatés à Middlesbrough, tout en reconnaissant la possibilité de réhabilitation pour certains délinquants.
Les statistiques citées dans l’article situent Middlesbrough au 2e rang national pour la criminalité globale, derrière Camden, avec 150 délits pour 1 000 habitants, devant Blackpool (146) et Hartlepool (134), 2 autres villes marquées par la désindustrialisation.
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