Quelques mois avant sa libération pour raisons humanitaires, Dolours Price a écrit une lettre qui pourrait avoir été une lettre d’adieu. Elle y attaquait à la fois la direction de l’IRA, dont elle était une militante, et l’Église catholique — au moment précis où le primat d’Irlande intervenait auprès de Londres pour obtenir sa sortie de prison. C’est ce que révèle Sam McBride, rédacteur en chef Irlande du Nord du Belfast Telegraph, dans une enquête publiée le 28 août à partir de documents d’archives consacrés aux derniers mois de détention de la poseuse de bombes de l’Old Bailey.
Les pièces citées décrivent une détenue à bout. L’une d’elles la présente comme une silhouette prostrée, isolée, « prématurément vieillie ». Un médecin de l’administration pénitentiaire estimait, lui, que la situation ne pouvait plus être tenue au-delà de 10 à 12 jours, et soupçonnait l’entourage de la prisonnière de pousser délibérément l’épreuve de force jusqu’à son terme.
Old Bailey, 8 mars 1973
Dolours Price, née à Belfast en 1950 dans une famille républicaine — son père Albert était un vétéran de l’IRA —, était passée du militantisme des droits civiques à la lutte armée après la marche de Burntollet en 1969. Avec sa sœur Marian, elle rejoint l’IRA provisoire en 1971, puis l’unité clandestine dite « The Unknowns ».
Le 8 mars 1973, elle dirige l’opération de voitures piégées visant l’Old Bailey et Whitehall à Londres. L’explosion fait plus de 200 blessés et un mort, terrassé par une crise cardiaque. Arrêtée le jour même à Heathrow avec Marian, Gerry Kelly et Hugh Feeney, elle est condamnée en novembre 1973 à la réclusion à perpétuité.
203 jours de grève de la faim
Les 4 condamnés entament immédiatement une grève de la faim pour obtenir leur transfèrement dans une prison nord-irlandaise. L’administration britannique les alimente de force pendant des mois. L’action dure 203 jours et laisse des séquelles durables. Le transfert vers la prison d’Armagh intervient en 1975.
C’est de ces années que datent les troubles alimentaires graves qui conduiront à sa libération. Marian Price sort en avril 1980, le secrétaire d’État à l’Irlande du Nord ayant averti Margaret Thatcher que la maintenir en détention revenait à la condamner à mort. Dolours est libérée l’année suivante. Les archives britanniques déclassifiées depuis montrent que Thatcher suivait personnellement le dossier et refusa à plusieurs reprises d’assouplir les conditions de sa libération, estimant qu’elle était sortie sous un faux prétexte.
De l’IRA à la rupture
La suite est connue : mariage avec l’acteur Stephen Rea en 1983, divorce en 2003, et surtout une rupture frontale avec Sinn Féin après les accords de 1998, qu’elle considérait comme une capitulation. Dans les entretiens enregistrés à partir de 2001 pour le Belfast Project de Boston College, elle affirmait que Gerry Adams avait été son officier commandant à Belfast au début des années 1970 et qu’il avait ordonné l’enlèvement de Jean McConville, mère de 10 enfants disparue en 1972. Adams a toujours nié toute appartenance à l’IRA.
Dolours Price est morte le 23 janvier 2013 à Malahide, au nord de Dublin, à 62 ans. L’enquête du coroner a conclu en 2014 à une mort accidentelle. Son parcours a nourri le livre Say Nothing de Patrick Radden Keefe, le documentaire I, Dolours et la série diffusée en 2024.
L’enquête de Sam McBride est publiée sur le site du Belfast Telegraph.
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