À l’occasion de la 7e édition du Forum économique breton (FEB), qui rassemble à la rentrée des milliers d’acteurs économiques, Forvis Mazars a dévoilé le 9 septembre une étude inédite : pour la première fois, les regards de citoyens bretons et de dirigeants d’entreprises implantées dans la région ont été croisés sur une même question — qu’est-ce qu’une « vie meilleure » en Bretagne ? Le dispositif, mené par FreeThinking et Viavoice, a réuni 132 citoyens de 20 à 65 ans pendant 10 jours de consultation en ligne (878 contributions, du 16 au 26 mars) et un échantillon représentatif de 300 dirigeants d’entreprises de 10 salariés et plus, interrogés par téléphone du 3 au 22 mai.
Premier enseignement, massif : l’attachement à la Bretagne. Citoyens comme dirigeants décrivent un territoire où vivre est une chance, porté par un cadre naturel préservé, une identité culturelle forte, un sentiment d’appartenance et une qualité des relations humaines. 92 % des dirigeants jugent satisfaisante la qualité de vie en Bretagne pour les habitants, 82 % pour le monde de l’entreprise. Le cadre naturel arrive très largement en tête des facteurs du « bien vivre » (69 %), devant l’identité culturelle et l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle (33 % chacun). La région est jugée attractive pour les familles (90 %), les seniors (89 %) et les entreprises (81 %).
Une confiance bretonne qui tranche avec le moral national
Le contraste avec le reste du pays est saisissant : 18 % seulement des dirigeants bretons jugent bonne la situation économique de la France, mais 50 % portent ce jugement sur la Bretagne — et 76 % sur leur propre entreprise. Même asymétrie sur les perspectives : 13 % anticipent une évolution positive pour la France dans les prochains mois, contre 44 % pour leur entreprise et 29 % pour la Bretagne (en progression sur 2025). Les citoyens consultés, eux, revendiquent une identité vécue comme une force : traditions vivantes, festivals, tissu associatif, drapeau Gwenn ha du brandi jusqu’à l’autre bout du monde, et une économie perçue comme solide, au chômage contenu. Les entreprises bretonnes — de Hénaff à Armor-Lux, d’Yves Rocher à Brittany Ferries — sont spontanément citées comme « leurs » entreprises, fierté et vecteur de rayonnement de l’identité bretonne.
Le logement, premier frein au « bien vivre »
Derrière cette confiance, l’étude documente un modèle sous tension. Le logement s’impose comme le principal point de fragilité : 56 % des dirigeants l’identifient comme le premier frein au « bien vivre », et 50 % en font la priorité d’action. Les citoyens pointent la flambée des prix, mais aussi une spécificité bretonne : la raréfaction du parc sous l’effet des résidences secondaires et locations saisonnières, qui représentaient en 2020 quelque 12 % du parc immobilier régional contre 9 % en moyenne nationale — jusqu’à 16 % dans le Morbihan et 14 % dans les Côtes-d’Armor. Une contributrice résume l’amertume ambiante : les enfants du pays ne peuvent plus acheter là où ils ont grandi et doivent « reculer dans les terres ».
Suivent la mobilité (34 %), l’accès aux services publics et à la santé (32 %) — la Bretagne n’échappant pas aux déserts médicaux —, le vieillissement de la population (32 %) et les déséquilibres croissants entre littoral et intérieur (31 %). L’étude décrit une qualité de vie bretonne à 2 vitesses qui menace : au Centre-Bretagne les publics fragiles et les emplois peu qualifiés, au littoral et dans les grandes villes les publics aisés, plus âgés, et les emplois qualifiés. L’insécurité, préoccupation encore mineure dans les contributions, y gagne néanmoins du terrain, y compris en ruralité.
Garder les jeunes au pays, la priorité qui commande tout
Une attente domine nettement : donner aux jeunes les moyens de réussir leur vie professionnelle en Bretagne, priorité citée par 64 % des dirigeants. Derrière ce chiffre, une réalité douloureuse : l’exode de jeunes contraints de partir faute de logement abordable, de formation accessible hors des métropoles ou d’emploi à la hauteur de leurs qualifications — le taux de déclassement des jeunes Bretons atteignait 35 % en 2021, le plus élevé de France. Les engagements attendus des entreprises en découlent : revalorisation des métiers manuels (40 %), accès au logement des salariés (33 %), formation et insertion des jeunes (30 %). 84 % des dirigeants estiment d’ailleurs que les entreprises doivent jouer un rôle important, voire central, dans l’amélioration de la vie quotidienne des Bretons — pour 65 %, en partage avec les pouvoirs publics et les associations.
Les citoyens consultés dessinent enfin une feuille de route en 6 mots d’ordre pour les entreprises : réussite professionnelle des jeunes au pays, travail possible partout en Bretagne, transformation de l’identité bretonne en force économique collective — du « Made in Breizh » au « Made by Breizh » —, développement conjoint de la terre et de la tech, écologie bretonne misant notamment sur les énergies marines, et cohésion sociale et territoriale. Avec une inquiétude transversale : la dilution de la vie bretonne et de ses traditions, le risque de voir une Bretagne-produit touristique se substituer à la Bretagne vivante, et le déclin des communes rurales qui l’incarnent. Comme le formule un participant, la Bretagne est une terre d’habitat et de vie, pas une terre qu’on s’offre aux beaux jours.
L’étude, présentée en ouverture du FEB — cocréé il y a 8 ans par Christian Pousset et la Région Bretagne —, se referme sur la vraie question posée au territoire : quel modèle de développement pour rester à la fois une terre de prospérité, de solidarité et d’avenir, sans devenir une région à plusieurs vitesses ni interdire à sa jeunesse d’y construire son avenir.
Illustration : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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