« Lizzie Borden took an axe… » La comptine que tous les écoliers américains connaissent ouvre la 4e saison de « Monstre », disponible sur Netflix depuis le 17 septembre. Après Jeffrey Dahmer, les frères Menendez et Ed Gein, l’anthologie criminelle s’intéresse pour la 1re fois à une femme : Lizzie Borden, accusée en 1892 d’avoir massacré son père et sa belle-mère à coups de hache. Le sujet est fascinant, mais la saison, elle, ne tient pas ses promesses.
Un mystère jamais résolu
Les faits sont connus. Le 4 août 1892, à Fall River, dans le Massachusetts, Andrew Borden est retrouvé massacré dans sa maison, et sa seconde épouse, Abby, gît dans son sang à l’étage. Leur fille Lizzie, 32 ans, célibataire et très pieuse, devient vite la suspecte idéale. Ses déclarations se contredisent, un pharmacien affirme qu’elle a tenté d’acheter de l’acide prussique, et elle brûle une robe après l’enterrement. Arrêtée une semaine après le crime, elle est pourtant acquittée en juin 1893, après une heure et demie de délibération : on n’a jamais retrouvé l’arme du crime, et aucune preuve directe ne l’accuse.
Libre mais rejetée par la bonne société de Fall River, même après avoir changé son prénom en Lizbeth, elle meurt seule d’une pneumonie en 1927, à 66 ans. Elle lègue sa fortune à un refuge pour animaux. Plus de 130 ans plus tard, personne n’a jamais été condamné. Ironie de l’histoire, cette bourgeoise très religieuse est aujourd’hui célébrée par certains comme une icône féministe.
La série assume d’ailleurs sa part de fiction : faute de vérité établie, elle mise sur l’une des théories qui circulent depuis plus d’un siècle. Ella Beatty y prête ses traits à Lizzie Borden.
Aileen Wuornos, l’intruse
La vraie surprise arrive à partir du 4e épisode, avec l’irruption d’Aileen Wuornos, interprétée par Sarah Paulson. Rien ne relie pourtant les 2 femmes, nées à près d’un siècle d’écart. Wuornos, née en 1956 dans le Michigan, a eu une enfance brisée : un père pédocriminel qui s’est suicidé en prison, une mère qui l’a abandonnée, des grands-parents violents, la rue à 15 ans, l’auto-stop et la prostitution. Entre 1989 et 1990, elle a tué 7 hommes qui l’avaient prise en stop sur les autoroutes de Floride. Elle a toujours plaidé la légitime défense. Arrêtée en 1991, elle a avoué en partie pour protéger sa compagne, Tyria Moore. Elle a été exécutée en 2002, à 46 ans. Son histoire avait déjà inspiré « Monster » de Patty Jenkins, qui avait valu à Charlize Theron l’Oscar de la meilleure actrice.
La série tente un parallèle entre les 2 femmes, sur le thème de la violence féminine et de la fascination qu’elle exerce. Pour y parvenir, elle n’hésite pas à réécrire l’histoire : dans le 4e épisode, Wuornos visite la maison de Lizzie Borden, devenue chambre d’hôtes. Or ce lieu n’a ouvert au public qu’en 1996, 5 ans après l’arrestation de la tueuse de Floride. À force de vouloir faire de Lizzie Borden une figure de la « rage féminine », la série s’égare entre 2 histoires qui n’ont rien à faire ensemble.
Paradoxe : les scènes consacrées à Wuornos sont les meilleures de la saison, portées par une Sarah Paulson bouleversante. Ce personnage aurait mérité mieux que quelques épisodes en pointillés.
Loin du choc de « Dahmer »
Le problème de fond est ailleurs : « Monstre » n’a jamais retrouvé le niveau de sa 1re saison. En 2022, « Dahmer » avait sidéré les spectateurs par sa noirceur clinique et par la performance glaçante d’Evan Peters, récompensée par un Golden Globe. La série avait franchi le cap du milliard d’heures de visionnage sur Netflix. Les frères Menendez puis Ed Gein n’ont pas eu le même impact, et la saison Lizzie Borden confirme cet essoufflement. Ryan Murphy, qui n’est plus que producteur délégué depuis la saison précédente, a laissé la main à Ian Brennan.
« Monstre : l’histoire de Lizzie Borden » est disponible sur Netflix.
Photo d’illustration : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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