Onze épisodes, un sous-titre en forme de programme — Tha’r, la vengeance de sang — et deux heures de fiction que le diffuseur lui-même conseille de ne pas regarder. Disponible sur Netflix depuis le 8 septembre, la saison 5 de Fauda n’est pas une saison de plus de la série israélienne culte : c’est la première fois qu’une fiction intègre à son intrigue les massacres du 7 octobre 2023 — 905 civils tués, dont 70 étrangers, 415 soldats et membres des forces de sécurité, 251 otages emmenés à Gaza. Et le résultat, éprouvant, tendu, parfois insoutenable, compte parmi ce que la télévision a produit de plus fort ces dernières années.
Un scénario jeté à la poubelle après le 7 octobre
Depuis 2015, Fauda (« chaos » en arabe) suit une unité d’infiltration des forces spéciales israéliennes, ces mista’arvim arabophones capables de se fondre dans la société palestinienne. La série, diffusée dans 190 pays, s’est classée dans les tops d’audience jusqu’en Jordanie, au Maroc et en Arabie saoudite, et en tête au Liban et aux Émirats arabes unis. Ses deux créateurs, Lior Raz et Avi Issacharoff, sont eux-mêmes d’anciens membres de ces unités.
Une saison 5 était écrite, prête à tourner, quand le Hamas a lancé son offensive. Les deux hommes ont tout jeté : impossible, à leurs yeux, de raconter le Moyen-Orient en faisant comme si rien ne s’était passé. L’écriture des 11 nouveaux épisodes a repris de zéro dans les jours suivant l’attaque et leur a demandé plus d’un an. Raz l’a résumé au Point d’une formule sans détour : « la plus dure qu’on ait jamais faite ».
L’intrigue se déroule en 2025, deux ans après les faits. Eli, le commandant de l’unité, a perdu sa femme et ses deux enfants, assassinés dans leur kibboutz pendant qu’il était en mission. Rongé par le deuil, il part à Marseille sur la piste d’un des tueurs présumés, réfugié en France sous couverture d’un restaurant — et membre d’une cellule du Hamas reconstituée derrière la façade d’une association humanitaire palestinienne, qui recrute de jeunes Français pour un attentat en Israël. Doron Kabilio, amnésique et hanté, le rejoint avec Steve, tandis qu’un Bédouin, Salem, dont le fils a été tué le même jour, s’associe à la vendetta.
Les épisodes 7 et 8, un film de guerre dans la série
Le cœur de la saison, ce sont ces deux épisodes en flash-back consacrés à la journée du 7 octobre. Reconstitution de l’invasion, des kibboutz encerclés, du festival Nova, des brigades civiles improvisées face à 3 000 assaillants : un tournage à 6-8 millions de dollars sur un budget total de 40 millions, et un réalisme tel que les producteurs préviennent le spectateur dès la fin de l’épisode 6 qu’il peut sauter directement à l’épisode 9 sans rien perdre de l’intrigue. Un paradoxe inédit : produire un sommet de fiction de guerre et déconseiller de le regarder.
Cette violence n’a rien de gratuit. Elle est portée par des hommes qui ont vécu ce qu’ils filment. Le 7 octobre au matin, Lior Raz, en tournage en Roumanie, est réveillé par sa sœur, réfugiée avec ses enfants dans la pièce sécurisée de son kibboutz encerclé. Rentré dès le lendemain par Bucarest, l’acteur — ancien de l’unité antiterroriste Duvdevan — prend la route du sud avec son coauteur Avi Issacharoff et rejoint les « Brothers in Arms », un réseau de réservistes et de civils qui organise secours et évacuations. Pendant 2 jours, sous les roquettes, les deux hommes exfiltrent des familles piégées à Sdérot. Certains rescapés, sous le choc, ont cru voir débarquer Doron Kabilio en personne. Le producteur de la série, Matan Meir, mobilisé comme réserviste, sera tué à Gaza 2 mois plus tard.
Cette porosité entre l’acteur et son personnage irrigue toute la saison. Dans une scène marquante, Doron s’effondre chez sa psychologue : Raz, qui reconnaît souffrir lui-même de stress post-traumatique, raconte qu’il ne jouait plus — il parlait de sa propre journée du 7 octobre.
Marseille reconstituée à Budapest
La partie française de l’intrigue fera parler. Les scènes marseillaises n’ont pas été tournées à Marseille : la production affirme n’avoir pas obtenu de garanties de sécurité suffisantes et a reconstitué la cité phocéenne à Budapest — ce que Raz, fait chevalier des Arts et des Lettres en décembre 2024 et francophile revendiqué, dit vivre avec amertume. Mélanie Laurent rejoint la distribution dans le rôle d’Anne Aubert, face au Franco-Algérien Hakim Djaziri, remarquable en chef du Hamas. Le portrait d’autorités françaises complaisantes, lui, promet une polémique dont la série a le secret.
En Israël même, Fauda n’échappe pas au débat : Haaretz reproche à la saison de légitimer la vengeance privée. Raz assume tout — une série israélienne, écrite par des Israéliens, au narratif israélien. La série a perdu, c’est vrai, une part de l’empathie qu’elle accordait jadis à ses personnages palestiniens ; le traumatisme est trop proche. Reste, dans le dernier tiers, l’amitié entre Eli le juif et Salem le musulman, unis par le même deuil face au même ennemi — rappel que des musulmans israéliens ont aussi été massacrés le 7 octobre.
Une saison 6 pas encore commandée
Ironie de l’histoire : la saison 4 avait été conçue comme un final avant que Raz et Issacharoff ne relancent la machine. Aucune saison 6 n’est commandée à ce jour — Netflix et la chaîne israélienne Yes, coproductrice, attendent de mesurer l’audience avant de trancher. Les 11 épisodes de la saison 5 sont disponibles sur Netflix depuis le 8 septembre 2026.
Photo d’illustration : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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