Qu’on ne se méprenne pas, je ne veux pas faire parler le Général et je n’ai aucun droit pour le faire. Pour trouver une réponse à cette question, le mieux est d’étudier ses propos et ses actes et, partout où une éventuelle analogie peut se discerner en regard de la situation actuelle de notre pays, essayer de voir comment ils auraient pu s’y adapter.
Compte-tenu des énormes incertitudes qui sont les nôtres, je restreindrai le cadre de cette étude à l’aspect financier, et surtout monétaire, qui surplombe actuellement toutes les difficultés que le peuple français connaît ou va connaître bientôt et je ne prendrai en compte que ce qui s’est déroulé durant la Cinquième République de 1958 a 1969.
Tout le monde se réclame de de Gaulle
En réalité, beaucoup essayent de trouver dans de Gaulle une justification de leurs propres projets politiques. Ils vont extraire d’un discours des bouts de phrases, interpréter ses gestes suivant leur prisme idéologiques tout en occultant l’essentiel. Sur le plan financier, l’action de de Gaulle peut se décomposer en deux périodes bien distinctes :
- Parer au plus pressé à son arrivée en 1958
- Une fois les brèches colmatées, s’engager sur la voie de la prospérité retrouvée et surtout redonner à la France son indépendance financière sans laquelle il ne peut y avoir de souveraineté nationale.
La situation financière de la France en 1958 est, d’après l’IA :
« En 1958, les finances de la France se trouvent au bord de la faillite avec un déficit budgétaire massif avoisinant les 1 200 milliards d’anciens francs (soit environ 5 % à 6 % du PIB) et une dette extérieure critique proche de 3 milliards de dollars, obligeant le pays à recourir à l’aide internationale (FMI et États-Unis) pour boucler ses fins de mois ».
Voici ce que dit également le site Ambition France : « Déficit budgétaire chronique, appel au FMI pour «boucler les fins de mois», inflation à 15%: l’état de l’économie française et des comptes publics semblait désespéré à la veille du retour au pouvoir du Général. Il obtiendra, selon ses propres termes, un «miracle».
La guerre d’Algérie n’est pas l’unique motif qui a conduit les Français à accepter que de Gaulle revienne au pouvoir en 1958. Le pays affronte, à l’époque, une situation économique, financière et monétaire très grave, que la IVe République a été incapable de résoudre. Cet aspect de la crise de mai 1958 est oublié aujourd’hui, mais il a pesé. Lorsque de Gaulle accède à Matignon le 29 mai 1958, la nation n’attend pas seulement de lui qu’il évite la guerre civile et trouve une issue à «la question algérienne», mais aussi qu’il assainisse l’économie et les comptes publics. Le fondateur de la Ve République va y réussir au moyen d’une thérapie de choc. Et l’on cessera bientôt de dire, comme on l’affirmait à l’époque, que la France est l’homme malade de l’Europe ».
«Sur tous les postes à la fois nous sommes au bord du désastre», écrit de Gaulle au sujet de la situation de l’économie française lorsqu’il revient aux affaires en 1958. À bien des égards, l’homme du 18 Juin n’exagère pas. L’inflation atteint 15% cette année-là. Une hausse des prix aussi exceptionnelle est interprétée comme la preuve d’un déclassement de l’économie française. De surcroît, les dépenses provoquées par la guerre d’Algérie, concomitantes avec la fin du soutien américain à l’économie française qui avait persisté malgré l’arrêt du plan Marshall en 1951, contribuent à une forte hausse du déficit public (6,2 milliards de francs en 1955, 9, 3 milliards en 1956, 10 milliards en 1957) et à un important déficit des paiements courants sur le front extérieur (plus de 1200 millions de dollars pour 1957). Sur le marché des changes, le franc chute par rapport au billet vert: il faut 350 francs pour obtenir un dollar. Au 1er juin 1958, les réserves de la Banque de France équivalent à 630 millions de dollars en or et en devises seulement, soit la valeur de cinq semaines d’importations.
Début 1958, la France doit solliciter le secours du FMI, situation ressentie comme une humiliation nationale
Confrontée à une impasse financière, la France doit solliciter le secours du Fonds monétaire international, situation ressentie comme une humiliation nationale alors que le pays essuie déjà une pluie de critiques sur la scène internationale pour la guerre d’Algérie. En novembre 1957, à peine investi par l’Assemblée, le président du Conseil, Félix Gaillard (radical-socialiste), dépêche Jean Monnet à Washington pour négocier avec l’institution internationale un soutien à l’économie française de 600 millions de dollars. Pour couronner le tout, le traité de Rome, signé et ratifié en 1957, est formel : les pays membres doivent, à partir du 1er janvier 1959, diminuer les droits de douane frappant les produits d’un pays membre de l’Europe des Six.
Dans ses Mémoires d’espoir, écrits après avoir quitté le pouvoir en 1969, le fondateur de la Ve République dépeint la situation dans un français d’une clarté reposante, quoi qu’il soit question d’économie: «Le budget de 1958 va présenter un découvert d’au-moins 1200 milliards de francs. Notre dette extérieure dépasse trois milliards de dollars, dont, pour la moitié, le remboursement est exigible avant un an. Dans notre balance commerciale, les rentrées atteignent à peine 75% des sorties, malgré la dévaluation de fait, dite «opération 20%», que le gouvernement Félix Gaillard a réalisée en 1957.»
De Gaulle, Mémoires d’espoir (1970), au sujet de la situation en juin 1958
En outre, «toutes les ressources extérieures de crédit, auxquelles le régime précédent avait puisé sans relâche, sont maintenant complètement taries. Il ne reste rien des dernières possibilités d’emprunt -soit environ 500 millions de dollars- qui ont été à grand-peine accordées au début de l’année [1958], tant par le Fonds monétaire international que par les banques américaines, à l’implorante mission de Jean Monnet», une personnalité que de Gaulle n’aime guère.
Dans un style que n’obscurcit aucun jargon, le premier président de la Ve République poursuit: «Quant à l’activité économique, qui était longtemps demeurée vive, quoique toujours désordonnée, elle marque un ralentissement de plus en plus accentué à cause des restrictions que, sous peine d’effondrement, il a fallu imposer à nos achats extérieurs [l’auteur fait référence au contrôle des changes alors institué, qui subordonnait les achats des entreprises à l’étranger à des autorisations de l’administration]. Enfin, les engagements qui ont été pris sur les plans européen et mondial de procéder avant la fin de 1958 à une certaine libéralisation de nos échanges, pour que la France soit placée, comme les autres pays développés, dans un début de compétition, ne peuvent pas être tenus. On ne voit pas non plus comment le seraient ceux qui résultent du traité de Rome et qui comportent, pour le jour de l’an 1959, un premier abaissement des douanes entre les six États membres du marché commun». Et De Gaulle conclut la peinture de la situation lors de son arrivée à Matignon par une de ces dramatisations qu’il affectionne : «En somme, l’alternative, c’est le miracle ou la faillite».
Il annonce sa résolution de «mettre nos affaires en ordre réellement et profondément»: «nous avons adopté et, demain, nous appliquerons tout un ensemble de mesures financières, économiques, sociales, qui établit la nation sur une base de vérité et de sévérité, la seule qui puisse lui permettre de bâtir sa prospérité. Je ne cache pas que notre pays va se trouver quelque temps à l’épreuve. Mais le rétablissement visé est tel qu’il peut nous payer de tout.»
La situation financière de 1958 n’avait pas grand-chose à envier de la nôtre. De Gaulle annonce la couleur et dit que les engagements communautaires et internationaux ne seront pas tenus. Ensuite il met en place le plan Pinay-Rueff et dès 1959 l’équilibre budgétaire est atteint.
Les mesures ont été efficaces mais sévères. Toutefois, ce plan n’a pu fonctionner que parce que les Français avaient confiance dans ceux qui exerçaient le pouvoir. Le grand emprunt national de 324 milliards de francs (de l’époque) du 13 juin 1958 a été souscrit par 850.000 Français en moins de 8 jours.
Après avoir paré au plus pressé, de Gaulle se tourne résolument vers l’avenir de la France. Rompant avec le consensus mou établi autour d’une Europe de plus en plus vassalisée par la finance internationale qui voulait en intégrer les différentes nations« comme les marrons dans la purée », c’est à dire les faire disparaître. De Gaulle, qui avait compris depuis longtemps que leur unique objectif était de dominer le monde par le dollar et la puissance militaire américaine, avait poussé les feux, dès son retour aux affaires, pour doter la France de l’arme nucléaire le plus tôt possible afin de peser sur le plan international. Il s’opposa constamment à toute velléité d’intégration européenne qui aurait conduit à la mise en place d’un État fédéral et supra-national.
Après l’échec du traité de l’Élysée de 1963, de Gaulle sort du cadre strictement européen et donne à la France une voix et montre un chemin qui la mettront à la tête des pays « non-alignés » auxquels l’Occident ne s’était jamais intéressé.
Le redressement national après le redressement financier
En 1965, de Gaulle donne une conférence de presse dans laquelle il fait un implacable plaidoyer pour le retour à « l’étalon-or », parlant « du dollar qu’il ne tient qu’à eux d’émettre » et profite de l’apurement des dettes françaises et du dynamisme de l’économie française qui avaient permis à la Banque de France d’amasser des dollars en grande quantité. Il obligea la Réserve Fédérale à les échanger contre plusieurs centaines de tonnes d’or, faisant de la France un des pays possédant le plus de ce métal précieux. Il s’oppose également au premier président de la Commission Européenne, un certain Walter Hallstein, un ancien nazi, et le fait plier sur la politique agricole.
Désormais, la France s’est rehaussée dans tous les domaines et à retrouvé sa place de puissance mondiale.
En 1969, de Gaulle quitte le pouvoir, ne s’estimant plus en mesure d’accomplir sa tâche, montrant ainsi que qu’un président de Vème République ne pouvait rester en fonction s’il était désavoué par le peuple, seul souverain.
Que faire aujourd’hui ?
Les principes qui avaient guidé de Gaulle sont toujours présents. Les réalités sont toujours les mêmes. La France à perdu progressivement son indépendance, son rayonnement et sa souveraineté. Peut-elle les retrouver ?
L’exemple de de Gaulle montre qu’elle en possède les capacités. Par contre, il lui manque aujourd’hui une chose fondamentale.
La confiance n’est plus là
Et c’est le problème majeur aujourd’hui. On a tellement menti aux Français depuis des décennies, et en particulier sur l’Europe, sur les bienfaits de l’euro, sur toutes les crises (épidémies, guerres, etc) qu’ils ne croient plus personne, en particulier à la parole des politiques. Or, si le peuple n’a pas confiance dans celle ou celui qui le dirige, rien ne pourra se faire.
Pour retrouver cette confiance, il faut un langage clair et être capable de rassembler les Français sur autre chose que des chimères technocratiques.
Le redressement financier de la France n’aurait pas été possible si de Gaulle n’avait pas disposé du droit de « battre monnaie », attribut essentiel de notre souveraineté. Il nous faut le récupérer en priorité absolue. Les Français l’ ont majoritairement compris et le résultat du référendum volé de 2005 l’atteste. Naturellement, cela implique de quitter l’Union Européenne pour sortir de l’euro.
Cela, seul le peuple français peut le décider, à condition qu’on lui pose la question. Le général de Gaulle l’aurait-il fait ?
Le problème ne se posait pas en 1958, mais si cela s’était produit, il est évident qu’il l’aurait fait sans hésiter et les Français se seraient rassemblés sur la France.
Jean Goychman
Cercle Patria