Cette notion d’État profond mondialiste mérite quelques éclaircissements. Peter Dale Scott, historien américain, a fait un travail de recherche remarquable. Il est l’auteur de trois livres, publiés en français par les éditions « résistances » et consacrés aux différentes formes de cet État profond né en Angleterre durant la « Pax Britannica » et qui s’est propagé aux États-Unis sous l’action de la City. La première apparition de ce pouvoir de l’ombre fait l’objet d’une lettre datée du 21 novembre 1933 (et non 1934) et a été adressée par Franklin D. Roosevelt à son ami et conseiller le colonel Edward Mandell House : « La vraie vérité de l’affaire, comme vous et moi le savons, c’est qu’un élément financier dans les grands centres a possédé le Gouvernement depuis les jours d’Andrew Jackson — et je n’excepte pas complètement l’administration de W.W. [Woodrow Wilson]. Le pays traverse une répétition de la lutte de Jackson contre la Banque des États-Unis — seulement sur une base bien plus grande et plus large. »
Ce pouvoir financier -de fait les grandes banques privées qui possèdent la FED- ont compris le parti qu’ils pouvaient tirer des médias en achetant les principaux quotidiens américains avant la crise de 1907, durant laquelle ils titrèrent à l’unisson pour réclamer une banque centrale pour mettre au pas « tous ces banquiers voleurs ». La FED fut créée le 23 décembre 1913, et elle contribua beaucoup au financement de la guerre de 1914.
En juillet 1944, les accords de Bretton-Woods consacrèrent le dollar comme monnaie internationale, marquant ainsi la volonté mondialiste de cet État profond américain en apparence, mais qui comptait s’internationaliser rapidement pour achever ce que les Anglais n’avaient pas réussi à faire et qui était la mise en place d’un monde monopolaire. Pour ce faire, il disposait de la puissance militaire américaine et du dollar qu’il pouvait émettre pratiquement sans limite officiellement après 1971, mais en réalité bien plus tôt.
Le triomphe de 1991 puis le déclin de l’État profond supranational
La seconde guerre mondiale avait réduit le monde en 2 camps : le bloc communiste et le « monde libre ». L’influence prépondérante de la diplomatie américaine dont le centre d’inspiration était le CFR (Council on Foreign Relations) mondialiste par essence et construit sur son modèle anglais le RIIA (Royal Institute for International Affairs) avait fortement canalisé ce qui allait devenir le Droit international dont le temple est -de moins en moins- l’ONU.
En 1991, les excès d’une bureaucratie tatillonne et inefficace ont eu raison de l’URSS et l’État profond avait, selon toute vraisemblance, la voie libre pour installer un gouvernement mondial contrôlé par la finance internationale.
Il ne restait plus qu’à faire disparaître les « souverainetés locales », autrement dit les nations et leurs peuples respectifs pour boucler l’affaire démarrée depuis presque deux siècles.
Mais c’était sans compter sur la volonté de certaines de ces nations qui ne voulaient pas être diluées dans ce vaste ensemble sans frontières et peuplé de gens sans attache et soumis à la servitude du dollar. Ayant expérimenté à leur dépens, notamment lors du choc pétrolier de 1973, puis tout au long de la fin du XX ème siècle ou certains de ces pays ont su ce qu’il en coûtait de passer sous les fourches caudines du FMI et de la Banque mondiale, ils prirent l’initiative de se regrouper à partir de 2001. Très discrètement au départ, et se gardant bien d’attirer l’attention sur eux, les BRICS mirent en place un réseau qui représentait quatre continents sur les cinq.
D’autres associations, comme l’Alliance Économique de l’Asie et l’Organisation ce Coopération de Shangai apparurent et l’occident découvrit en 2022, à l’occasion des votes sur les sanctions à infliger à la Russie, qu’il n’était plus suivi par plus de 80 % de la population mondiale et il allait y avoir des conséquences.
Les interventions militaires inquiètent les Américains
Dès 2001, l’Amérique se déclara en guerre après les attentats du 11 septembre qui provoquèrent un état de sidération dans le monde entier. Les images des tours s’effondrant occultèrent le véritable coup d’État qui se déroulait à la Maison Blanche par des gens de l’État profond comme Dick Cheney, Donald Runsfeld et Paul Wolfowitz. Depuis l’explosion de la première bombe nucléaire soviétique, un programme de gouvernement militaire devait permettre de continuer la guerre en cas d’attaque nucléaire qui aurait anéanti les centres de pouvoir de Washington. Connu sous le nom de « projet du Jugement Dernier », il fut rebaptisé en 1981 en COG (Continuity Of Government) à l’arrivée de Reagan. Il devait s’appliquer lors d’un état de guerre nucléaire, dans laquelle les États-Unis seraient impliqués. Ce qui s’est produit le 11 septembre lorsque G W Bush déclara depuis la Louisiane le fameux « Nous sommes en guerre »
Voici ce qu’écrit Peter Dale Scott : (page 76 de L’État profond américain)
« Afin d’assurer la continuité du gouvernement, Cheney s’immergea dans un bunker situé sous l’aile ouest de la Maison Blanche. Il commença à créer immédiatement son premier gouvernement de l’ombre en ordonnant à 100 fonctionnaires de niveau intermédiaire de se rendre dans des bunkers souterrains spéciaux et d’y rester 24 heures sur 24. Il les informa qu’ils ne seraient pas remplacés dans les 90 jours. En effet, il leur fit savoir qu’il existait des preuves que l’organisation terroriste al-Qaïda -qui avait ourdi les attaques du 11 septembre- possédait des armes nucléaires. Par conséquent, ce gouvernement de l’ombre devait se tenir prêt à prendre le contrôle de l’appareil d’État depuis ces bunkers ».
Puis il y eut la séquence de Colin Powell agitant sa petite fiole devant l’ONU afin de justifier les attaques qui allaient suivre sur les pays du moyen orient. Cela faisait beaucoup en peu de temps et il est possible que soit né alors une sorte « d’anti État profond américain » qui ait agi de façon à faire élire Donald Trump à la Maison Blanche en janvier 2017.
Trump et la guerre contre l’État profond
Son intention « d’assécher le marigot de Washington » fut un de ses thèmes de campagne et devint sa ligne d’action une fois en place. Son premier mandat eut un succès mitigé mais permit de mettre en évidence sous les yeux du peuple américain l’existence de cet État profond qui découvrit alors l’étendue de ses pouvoirs.
Battu en 2020, il contesta sa défaite mais fut réélu en 2024 avec une écrasante majorité qui lui donna également une majorité au Congrès. Les choses commencèrent à se gâter pour l’État profond qui dut envisager des solutions de repli. Plusieurs associations telles que AIDS soupçonnées d’être des relais de cet État profond virent leurs crédits coupés et nombre de fonctionnaires furent écartés.
Néanmoins, s’il avait perdu partiellement le contrôle du Pentagone et des services de renseignements tels que la CIA, l’État profond conservait au travers de la FED le contrôle de la monnaie américaine et d’une grande partie des médias.
L’isolationnisme pour contre l’État profond mondialiste
Trump réactiva la doctrine de Monroe pour bien marquer son intention de ne plus vouloir se mêler des affaires du monde. Cependant, conscient du fait qu’un nouveau monde, multipolaire, était en gestation rapide, il lui fallait agrandir son espace pour pouvoir rivaliser avec les puissances émergentes et notamment la Chine et la Russie. Il fit valoir ses droits « naturels » à étendre ses frontières à tout le continent nord-américain. De son côté, l’État profond répondit en s’internationalisant. Il fit en sorte que l’Union Européenne se rapproche de plus en plus de l’Angleterre afin que l’ensemble devienne sa base de repli. Il lui fallait retrouver un bras armé et il jeta apparemment son dévolu sur l’OTAN, dont il était pour une grande partie à l’origine.
C’est ainsi que l’on vit les dirigeants de l’UE et de l’Angleterre s’opposer aux projets d’expansion territoriale de Donald Trump. Le combat s’est déplacé et oppose dorénavant l’Union Européenne colonisée par l’État profond au président américain. De son coté, cet État profond international réplique en essayant de rattacher le Canada à l’Union Européenne en créant le statut de « membre associé » S’il y réussit, ce sera un précédent très important grâce auquel l’État profond pourra espérer agrandir sans limite géographique le territoire de l’Union Européenne afin, peut-être, de relancer le projet mondialiste d’un monde monopolaire dominé par la finance internationale.
On voit que tout n’est pas encore dit et que les mois qui viennent risquent d’être déterminants pour la géopolitique mondiale.
Aujourd’hui, tout semble se mettre en place pour l’avènement d’un monde « tripolaire » organisé autour des grandes puissances mondiales que sont la Russie, la Chine et l’Amérique, mais il est probable que l’État profond mondialiste jette dans la bataille toutes les forces dont il dispose encore pour le contrecarrer.
Jean Goychman
Cercle Patria
Illustration : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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