Ravenscroft Avenue, une rue de l’est de Belfast entre Upper Newtownards Road et Beersbridge Road, portera bientôt un 2e nom : « Corbiescroft Evvenye ». Ce sera la première rue de la ville dotée d’une plaque bilingue en ulster scots, alors que des centaines de rues ont déjà reçu une plaque en irlandais depuis l’entrée en vigueur de la politique municipale de signalisation bilingue.
La commission « People and Communities » du conseil municipal de Belfast a approuvé, lors de sa réunion d’octobre, l’installation de plaques bilingues dans 49 rues. Les 48 autres auront une plaque en irlandais et en anglais.
19 habitants pour, 10 contre
À Ravenscroft Avenue, 110 occupants ont été consultés. 19 d’entre eux, soit 17,27 %, se sont prononcés pour une 2e plaque en ulster scots, 10 contre (9,09 %), et 1 s’est dit sans préférence. Les autres n’ont pas répondu.
L’ulster scots, langue issue de l’écossais apporté par les colons venus d’Écosse en Ulster à partir du XVIIe siècle, reste surtout parlé dans les milieux protestants et unionistes. Il est reconnu au même titre que l’irlandais par les accords de paix et la législation nord-irlandaise. Les traductions irlandaises ont été validées par l’université Queen’s de Belfast, traducteur agréé du conseil, et celles en ulster scots par un groupe d’universitaires associé au forum municipal des acteurs de l’ulster scots.
Lors de la réunion, le conseiller Sinn Féin Ciaran Beattie a demandé que la traduction de Ravenscroft Avenue soit revérifiée. Son collègue écologiste Anthony Flynn s’est au contraire réjoui que la première demande en ulster scots aboutisse enfin, après une longue attente.
Le seuil de 15 %
La règle actuelle a été adoptée en 2022, 18 mois après son approbation de principe par le conseil. Elle a été soutenue par le Sinn Féin, l’Alliance, le SDLP, les Verts et le parti People Before Profit, et combattue par les 3 partis unionistes, le DUP, l’UUP et le PUP.
Il suffit désormais qu’un seul habitant d’une rue, ou un conseiller municipal, en fasse la demande pour déclencher une consultation. Si au moins 15 % des occupants consultés sont favorables à une plaque dans la langue demandée, elle est installée. Les absences de réponse ne sont plus comptées comme des votes contre, et chaque demande fait l’objet d’une évaluation au regard de l’égalité. Auparavant, il fallait une pétition signée par 1/3 des électeurs de la rue pour lancer la procédure, puis l’accord des 2/3 pour installer la plaque.
En avril, 922 rues attendaient encore l’examen de leur demande, très majoritairement pour des plaques en irlandais. Au rythme d’environ 8 rues par mois, il faudrait plus de 9 ans pour écouler ce retard. Le DUP a par ailleurs jugé inacceptable le budget de 1,9 million de livres consacré par le conseil à sa politique en faveur de l’irlandais.
Des panneaux vandalisés
Le dossier reste explosif. Pour les défenseurs de l’irlandais, ces plaques sont un droit trop longtemps refusé et une affirmation d’identité. Plusieurs élus unionistes y voient au contraire un moyen de marquer le territoire et d’attiser les divisions, et jugent le seuil de 15 % trop bas. Certains reprochent aussi aux partis nationalistes de pousser des demandes dans des rues qui n’atteignent pas ce seuil. De nombreuses plaques en irlandais ont été dégradées, dont une sciée à la meuleuse dans l’est de Belfast.
Les plaques en ulster scots ont elles aussi connu des mésaventures. En 1999, celles de Tullyard Way, dans le lotissement loyaliste de Clonduff à Castlereagh, avaient été arrachées par des loyalistes qui les avaient prises pour des panneaux en irlandais.
Photo d’illustration : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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