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Pendant des mois, le South Armagh a vécu dans la peur d’un tireur invisible. Au milieu des années 1990, dans ce bastion républicain frontalier de la République d’Irlande, que les soldats britanniques surnommaient « le pays des bandits », une équipe de l’IRA abattait des militaires et des policiers à longue distance avec un fusil de calibre .50. Près de 30 ans plus tard, d’anciens membres des forces spéciales racontent comment le principal tireur, Bernard McGinn, a été capturé. Ils témoignent dans le podcast SAS: The Shadow War, dont le Belfast Telegraph a publié des extraits.
Une ferme gardée par des guetteurs
L’opération a eu lieu en avril 1997. Les services britanniques attribuaient à Bernard McGinn la mort de 9 personnes. Ce jour-là, il se trouvait avec 3 autres membres de l’IRA dans une ferme isolée près de Crossmaglen, protégée par de nombreux guetteurs républicains. L’ancien commandant de l’opération, présenté seulement sous le prénom de Tom et dont la voix a été modifiée, raconte qu’il était très difficile d’approcher la cible en plein jour sans être repéré. Ses hommes y sont pourtant parvenus.
Le SAS était appuyé par les équipes de surveillance de la 14 Intelligence Company, une unité spécialisée du renseignement militaire, et par des policiers spécialisés. L’objectif était d’arrêter le groupe, mais tout le monde s’attendait à des violences. Les soldats savaient que le tireur disposait d’un fusil de calibre .50 et que ses complices avaient des kalachnikovs. Tom résume l’état d’esprit avant l’assaut : tous étaient des professionnels, mais l’enjeu « concentre l’esprit ».
Une fuite qui s’arrête sous un buisson
Les commandos ont fait irruption dans la grange et pris les républicains totalement par surprise. Un homme se trouvait à l’écart des 3 autres. Sentant que quelque chose clochait, il s’est enfui dès le début de l’assaut. Un soldat l’a vu détaler du coin de l’œil et s’est lancé à sa poursuite avec plusieurs camarades. Le fugitif n’a tenu que 200 mètres environ : épuisé, il s’est caché sous un gros buisson d’épineux, d’où les soldats l’ont extrait.
En 2016, Mark « Billy » Billingham, ancien du SAS devenu une vedette de la télévision britannique grâce à l’émission SAS: Who Dares Wins, avait déjà raconté son rôle dans cette traque. Il avait expliqué au Times qu’il avait servi d’appât en conduisant une patrouille à découvert pour forcer le tireur à se dévoiler. Il a reçu pour cette mission la Queen’s Commendation for Bravery.
490 ans de prison, 16 mois de détention
Bernard McGinn a été jugé en 1999 et condamné à 490 ans de prison pour de multiples infractions, dont 3 meurtres. Parmi ses victimes figure le bombardier Stephen Restorick, dernier soldat britannique tué en Irlande du Nord par un tireur de l’IRA, en février 1997, à un poste de contrôle de Bessbrook. Libéré dans le cadre de l’accord du Vendredi saint, il est mort de causes naturelles en 2013.
Son arrestation est intervenue à un moment très tendu du processus de paix. Des négociations se tenaient en coulisses, mais l’IRA avait relancé sa campagne d’attentats. En février 1996, une énorme bombe avait frappé les Docklands de Londres, tuant 2 personnes et en blessant plus de 100.
Le complot des 10 camions piégés
Un ancien agent de surveillance, présenté sous le prénom de Bob, raconte dans le même podcast un projet encore plus ambitieux. Selon lui, 5 membres de l’IRA installés à Londres préparaient une campagne coordonnée de 10 camions piégés d’une tonne d’explosifs chacun. Une cinquantaine de militants devaient arriver de différents pays d’Europe pour récupérer les véhicules et les conduire vers Downing Street, les quartiers financiers et des nœuds de transport.
Les services de sécurité ont découvert des garages contenant environ 10 tonnes d’explosifs artisanaux, d’autres explosifs, des armes et des milliers de munitions. Devant l’ampleur du projet, la police a décidé de frapper avant qu’il ne se développe. Lors d’une descente dans un bed and breakfast de Hammersmith, le quartier-maître de l’IRA Dermot O’Neill a été abattu par la police. Bob y voit le démantèlement de ce qui aurait pu devenir la plus grosse opération de l’IRA en Grande-Bretagne.
La paix, fruit de la pression militaire ?
Plusieurs anciens des forces spéciales interrogés estiment qu’au milieu des années 1990, l’IRA était si profondément infiltrée par le renseignement et si harcelée sur le terrain que sa direction savait qu’elle ne pouvait pas gagner militairement.
Tout le monde ne partage pas cette lecture. La journaliste nord-irlandaise Mary Kelly, qui a couvert le conflit pour le Belfast Telegraph, y voit une théorie surtout prisée par les tenants du tout-militaire. Pour elle, la pression militaire a joué, mais n’a pas été décisive. Le vrai tournant remonte selon elle aux grèves de la faim de 1981 : Bobby Sands a été élu député à Westminster alors qu’il refusait de s’alimenter, avant de mourir, le 1er des 10 grévistes à succomber cette année-là. Le Sinn Féin a alors compris que la politique pouvait obtenir davantage que les armes. Gerry Adams a été élu député en 1983, Martin McGuinness, ancien commandant de l’IRA, en 1997. Aucun d’eux n’a siégé à Westminster, conformément à la politique d’abstention républicaine. La lassitude après des décennies de violence et l’infiltration du renseignement ont fait le reste.
L’ancien correspondant de la BBC chargé de la sécurité en Irlande du Nord, Brian Rowan, parle d’une impasse : chaque camp pouvait infliger de lourds dégâts à l’autre, mais aucun ne pouvait gagner. C’est ce constat qui a ouvert la voie aux cessez-le-feu, puis à l’accord du Vendredi saint de 1998. C’est aussi en vertu de cet accord que Bernard McGinn, condamné à 490 ans de prison, a été libéré après 16 mois.
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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