Violences policières. Quand des journalistes jouent la carte de la victimisation

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Via Bd Voltaire

Le Club de la Presse de Rennes a été reçu, lundi 6 juin, par Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur, à la suite d’incidents survenus sur la rocade de Rennes, jeudi 2 juin, durant lesquels des journalistes ont été frappés ou bousculés par les forces de l’ordre.

Il s’agit d’un nouvel épisode concernant le mauvais traitement dont seraient victimes les journalistes ces derniers temps – qui, pour certains, semblent découvrir le journalisme de terrain, de combat même. Des mauvais traitements qui ont eu lieu en marge des manifestations contre la loi Travail, manifestations où de nombreux incidents ont éclaté à Paris, à Rennes ou encore à Nantes.

Les vidéos parlent certes d’elles-mêmes, et l’on a pu voir lors de quelques manifestations des journalistes prendre des coups, se faire contrôler parfois sans raison apparente, ou recevoir du gaz lacrymogène. Dans d’autres manifestations, des journalistes ont également été agressés par des manifestants radicaux. Oui mais.

Oui mais n’importe quel observateur aura constaté aujourd’hui la multiplication des médias indépendants lors des manifestations. Ils sont de plus en plus nombreux à couvrir ces évènements et les journalistes veulent se rapprocher de plus en plus près des incidents. La presse devient parfois plus visible que les manifestants eux-mêmes.

Pour vendre, pour « buzzer », il faut filmer, faire de la photo et de la vidéo, et tout le monde n’a pas la chance d’avoir des « entrées militantes » dans les cortèges d’ultra-gauche, comme certains s’en sont faits une spécialité. Donc il y a des couacs, certains militants révolutionnaires jugeant que le journaliste est, lui aussi, un militant qui écrit, filme, parle, prend position. La neutralité n’existe pas dans le journalisme, écrire un article, travailler pour un journal d’opinion ou pour certains investisseurs, c’est aussi s’engager. C’est ce que rappelait récemment la page Nantes Révoltée à destination de journalistes accusés de faire du « journalisme policier ».

N’importe quel observateur aura également remarqué que beaucoup des journalistes – avec ou sans carte de presse – ayant dénoncé les violences policières dont ils ont été victimes ne cachent par leur sympathie avec une certaine frange des manifestants les plus radicaux.

Comment les autorités peuvent-t-elles maintenir l’ordre, lorsque des dizaines et des dizaines de journalistes casqués, de photographes improvisés, de militants munis d’appareils photos, font face aux forces de l’ordre et devancent parfois même les manifestants voulant en découdre ? Est-il totalement illogique que les personnes en première ligne deviennent des victimes collatérales ? Lorsque des CRS ont pour mission d’évacuer à toute allure une rocade sous la menace d’un blocage, et donc d’un danger pour les automobilistes, doivent-ils vraiment prendre le temps de regarder qui ils écartent ou pas ? Une manifestation qui dégénère, une action coup de poing, doit-elle être abordée par le journaliste de la même façon que l’on couvre le Festival interceltique de Lorient ?

La liberté de la presse ne signifie pas la garantie zéro en matière de risque dans les zones de combat. Des journalistes, des reporters de terrain l’ont d’ailleurs souvent payé de leurs vies, dans des rues du monde où les rafales de kalachnikovs et les explosions de mines anti-personnelles ou d’obus sont quotidiennes.

Pour l’honneur du journalisme, il serait de bon ton de se souvenir de ces morts sur le terrain, et de relativiser un instant la giclée de gaz lacrymogène, la bousculade, et même le coup de matraque. Pour l’honneur du journalisme, il serait bon d’arrêter de jouer les victimes (le défenseur des droits a même été saisi) ou alors… de changer de métier.

Yann Vallerie

Crédit photo : DR

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4 réponses à “Violences policières. Quand des journalistes jouent la carte de la victimisation”

  1. Sual dit :

    Ou en est la plainte du journaliste de Breizh-Info suite aux menaces verbales que lui et sa famille ont subies ?

  2. Fred dit :

    Le fait est que les CRS ont été hyper agressifs, y compris envers des journalistes badgés, les vidéo sont là pour le prouver.
    C’est assez comique de voir les médias cocuservateurs se plaindre lorsque les forces de l’ordre matraquent LMPT ou une manif anti-migrants, et se réjouir lorsque les français qui défendent leur salaire et conditions de travail/embauche, se font charger par les mêmes forces de l’ordre de la (((ripoublique))).
    C’est typique chez les cocuservateurs cet aveuglement acharné à ne pas voir l’ennemi ou il se trouve, voire à relayer sa parole.

    • Yann Vallerie dit :

      Il s’agit d’une Tribune Libre cela ne reflète que mon opinion. Où voyez vous un applaudissement aux charges de police dans cet article qui concerne les journalistes et non pas les manifestants ? C’est de la mauvaise foi ou alors vous ne lisez pas.
      L’article évoque uniquement la victimisation des journalistes qui se mettent sur les zones d’incidents – et donc deviennent elles aussi des cibles. Vous n’avez donc pas du lire certaines de mes tribunes qui dénonçaient les enfants dans les manifestations de LMPT , entre autre, ou la victimisation généralisée qui n’amène à rien …

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