Immigration : Merkel donne raison au Groupe de Visegrád

Publicité

Jeudi 7 février 2019, les dirigeants du Groupe de Visegrád (Pologne, Tchéquie, Slovaquie, Hongrie) se sont réunis à Bratislava pour un sommet, avec un invité de taille : la chancelière allemande Angela Merkel. Et sur la question de l’immigration, le V4 semble avoir gagné son bras de fer avec Berlin.

Nos confrères du Visegrad Post évoquent cette réunion, dans un compte rendu que nous vous proposons ci-dessous.

visegrad_merkel

es dirigeants allemand et centre-européens à Bratislava, le 7 février 2019. De gauche à droite : Viktor Orbán (HU), Angela Merkel (DE), Peter Pellegrini (SK), Andrej Babiš (CZ), Mateusz Morawiecki (PL). Photo : compte Facebook officiel d’Andrej Babiš.

L’Allemagne s’avoue vaincue sur la question migratoire

Les dirigeants du V4 et d’Allemagne se sont retrouvés à Bratislava, capitale de la Slovaquie, actuellement à la présidence tournante du V4. Depuis le retour sur la scène politique du Groupe de Visegrád (V4) en 2015, du fait de la crise des migrants le long de la Route des Balkans, le bras de fer a été constant entre les quatre pays d’Europe centrale constituant le V4, anti-immigration, et la chancelière allemande pro-immigration Angela Merkel.

Publicité

Les hostilités avaient été ouvertes par le Premier ministre démocrate-chrétien Viktor Orbán, qui, devant l’afflux ingérable et massif de clandestins, avait décidé de sécuriser sa frontière sud avec la Serbie à l’aide d’une clôture surveillée, appliquant les règles du traité de Schengen, bien que les autorités berlinoises et bruxelloises se soient opposées violemment à cette mesure. Depuis l’été 2015, la route des Balkans a été globalement démantelée grâce à la Hongrie, au Groupe de Visegrád et plus tard à l’Autriche.

Mi-septembre 2016, Angela Merkel avait déjà à Bratislava concédé une première défaite dans le bras de fer sur l’immigration : elle avait laissé entendre qu’elle renonçait aux quotas obligatoires de clandestins et de demandeurs d’asile pour les pays de l’UE, disposition voulue par les pays pro-immigration de l’UE et fermement rejetée par le V4. Deux ans et demi plus tard, de nouveau à Bratislava, la chancelière allemande va plus loin. « Nous reconnaissons Schengen, et c’est pourquoi nous avons besoin à la fois d’une immigration légale et de protection frontalière ». Une évolution très importante par rapport aux positions qu’elle tenait en 2015, où elle avait généré un « appel d’air » en déclarant « Wir schaffen das! » – « nous pouvons le faire ! » – en parlant de l’acceptation et de la gestion de millions d’immigrés clandestins en quelques mois, venus d’Afrique et du Proche et Moyen-Orient.

Pour couronner le tout, l’Allemagne et le V4 sont convenus d’initier un programme commun au Maroc dans les mois à venir afin d’endiguer l’immigration vers l’Europe, a annoncé le Premier ministre slovaque Peter Pellegrini, expliquant que les détails de ce programme seront exposés ultérieurement. La chancelière allemande a ajouté que, pour maîtriser l’immigration, il était nécessaire d’entretenir de bonnes relations avec les voisins de l’Europe, dont le Maroc.

Brexit, élections européennes ; l’Europe centrale véritable « moteur de l’Europe »

À quelques semaines des élections européennes (prévues pour le 26 mai 2019), les dirigeants du V4 ont également tenu à exposer à la chancelière leur position unanime : les questions importantes sur l’avenir de l’UE devront être discutées après les élections européennes. Des élections dont l’issue est incertaine, mais « une chose est sûre, l’Union européenne ne sera plus la même, » a déclaré le Premier ministre hongrois Viktor Orbán.

Outre l’immigration, le sujet principal aura été le Brexit, qui doit être effectif en mars et qui inquiète les pays d’Europe centrale dont de nombreux travailleurs détachés ou émigrés résident au Royaume-Uni. Mais la chancelière allemande s’est voulu rassurante. Angela Merkel estime que « la sortie organisée du Royaume-Uni de l’UE représente un avantage pour les deux parties ».

Le budget européen pour la période 2021-2027 a été discuté. À ce sujet, Viktor Orbán a tenu à rappeler que « 80% des fonds qui arrivent en Hongrie retournent dans les pays d’où ils viennent, » et que « les entreprises de tous les pays européens peuvent d’ailleurs participer aux appels d’offre ».

Les Premiers ministres du V4 ont tenu également à rappeler devant la chancelière que le V4 était un partenaire incontournable pour l’Allemagne. Le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki a ainsi déclaré que « les pays du V4 représentent le principal partenaire commercial de l’Allemagne, et bien plus important que, par exemple, la France, les États-Unis ou la Chine ». Le Premier ministre hongrois Viktor Orbán a quant à lui estimé que L’Allemagne et le groupe de Visegrád forment ensemble le vrai « noyau dur européen, » compte tenu du fait que « ce noyau dur est composé des pays qui sortent du lot de par leurs résultats. Si l’on considère la dette d’État, le déficit budgétaire, l’export, le taux de chômage, le système bancaire et les réformes structurelles, alors Le V4 et l’Allemagne forment le noyau dur de l’Europe et sont les moteurs de la croissance européenne ».

Ukraine

L’Ukraine a également été au cœur des discussions. La chancelière allemande Angela Merkel a parlé du projet de gazoduc russo-allemand Nord Stream, en soulignant que pour l’Allemagne, l’Ukraine devait rester un pays de transit. Un projet contesté par le V4 qui aimerait une Ukraine stable et prospère – à part la Tchéquie, les trois autres pays du V4 sont frontaliers de l’Ukraine. La dépendance du V4 par rapport au gaz russe est également un sujet important pour les dirigeants de la région. Les projets d’infrastructure nord-sud reliant des terminaux LNG de Croatie et de Pologne permettant d’importer notamment du gaz liquéfié des États-Unis d’Amérique n’incluent pas l’Allemagne ; de même, le Nord Stream n’inclut ni les pays baltes ni la Pologne, ce qui est la cause de tensions depuis des années sur le sujet énergétique, même si les pays du V4 et l’Allemagne s’entendent sur le principe de la diversification des sources d’approvisionnement.

« Nous ne voulons pas être dépendants de la Russie, mais la Russie est une source de gaz naturel pour nous depuis la Guerre froide déjà, » a expliqué la chancelière Merkel, rajoutant que cela ne risque pas de changer.

La question du rapprochement de l’Ukraine avec l’OTAN a également été évoquée. Viktor Orbán, dont le gouvernement a bloqué les démarches de l’Ukraine suite au conflit autour de la réforme ukrainienne de l’éducation menaçant les droits de la minorité hongroise d’Ukraine, a expliqué qu’il allait discuter en détail de ce sujet avec le Secrétaire d’État des États-Unis d’Amérique la semaine prochaine à Budapest. « La position de la Hongrie pose des problèmes dans la coopération entre l’Ukraine et l’OTAN. […] Mais il y a en Hongrie un gouvernement pro-ukrainien, alors qu’il y a en Ukraine un gouvernement anti-hongrois, et des conflits découlent de cette situation ».

Fin du communisme : 30 ans déjà

Le sommet a également été l’occasion pour les cinq chefs de gouvernements de signer une déclaration commune pour commémorer les trente ans de la fin du communisme. « Les changements fondamentaux de 1989 ont apporté liberté et développement dans nos pays, et nous ont permis de contribuer au processus d’intégration européenne, » a déclaré l’hôte, le Premier ministre slovaque Peter Pellegrini. Les signataires ont déclaré vouloir une Europe « forte, unie et compétitive ».

Crédit photos : DR
[cc] Breizh-info.com, 2019, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

Publicité
Cet article vous a plu, intrigué, ou révolté ?

PARTAGEZ L'ARTICLE POUR SOUTENIR BREIZH INFO

Les commentaires sont fermés.

Publicité

LES DERNIERS ARTICLES

cerveau

Santé

Santé. 1 AVC sur 5 pourrait être mal compris — et donc mal prévenu, selon une étude publiée dans Circulation

A La Une, Sociétal

« Homo occidentalis » : Fourquet et Rabinovitch décrivent la grande bascule anthropologique de l’Occident

Rugby, Sport

Top 14. Toulon – RC Vannes : grosse rotation, premières de Kuruvoli et Jonas, Cotarmanac’h à l’ouverture… ce qui attend le RCV à Mayol

E brezhoneg, Local, NANTES, Sociétal, Société

Diwazh-Liger (44) : Petra ober gant ar banniel LGBT er vediaoueg ?

Economie

Inzinzac-Lochrist (56) : la Chambre régionale des comptes dresse le portrait d’une commune au bord du gouffre financier

Environnement

« Carbone » : le documentaire qui réhabilite l’élément le plus diabolisé de la planète

racket_fiscal_csg

Economie

Loire-Atlantique. Nantes, Saint-Nazaire, Saint-Herblain : les maires socialistes préparent les contribuables à la hausse des impôts locaux

Sport, ST-MALO

Saint-Malo. 118 bateaux, 13 jours de fête : tout savoir sur le Village Départ de la Route du Rhum

Culture, Culture & Patrimoine, Histoire, Patrimoine

Wimille (62) : Une commune de plus à s’engager pour la langue picarde

Culture, Culture & Patrimoine

Revente de billets en France : Céline Dion et Lady Gaga font flamber les prix, les femmes restent minoritaires

ARTICLES EN LIEN OU SIMILAIRES

International

Droit de vote des étrangers, financement des diasporas : ce que contient le rapport adopté à l’unanimité par une commission de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe

Découvrir l'article

A La Une, Immigration, Société

La population immigrée présente en France a augmenté de 80% depuis l’an 2000 : trois scénarios pour demain

Découvrir l'article

International

Immigration extra-européenne : où en sont vraiment la Pologne, la Hongrie, la Tchéquie et la Slovaquie ? Une analyse du groupe de Visegrád

Découvrir l'article

International, Short

Allemagne : les chaînes de 1945 commencent à céder

Découvrir l'article

Economie, International

Pologne. Au 35e Forum économique de Karpacz, souverainistes et conservateurs dessinent l’après-Bruxelles

Découvrir l'article

Ensauvagement, Immigration, Société

Italie : suite à une tentative de viol sur une Italienne, la population se mobilise contre l’insécurité liée aux étrangers

Découvrir l'article

International

Allemagne. L’AfD à 38 % dans le Mecklembourg, l’extrême gauche s’empare de Berlin : la déroute de Friedrich Merz

Découvrir l'article

International

Angleterre : en 10 ans, la part des élèves blancs britanniques s’effondre de 66 % à 44 % dans les écoles d’élite publiques

Découvrir l'article

Sociétal

« Strasbourg, Londres : vous aviez été prévenus » — la charge de l’eurodéputé polonais Dominik Tarczyński contre la plus grande mosquée d’Europe et la soumission des élites

Découvrir l'article

International

Ceuta : le Parlement européen qualifie l’entrée massive de juillet d’« invasion » et de « guerre hybride », double camouflet pour Pedro Sánchez

Découvrir l'article

Nous utilisons des cookies pour vous garantir la meilleure expérience sur Breizh Info. Si vous continuez à utiliser le site, nous supposerons que vous êtes d'accord.