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Le Général Dominique Delawarde, ancien chef « Situation-Renseignement-Guerre électronique » à l’État-major interarmées de planification opérationnelle, nous adresse cette analyse sur l’image des USA dans le monde, que nous relayons ci-dessous.
Le Pew-Research-Center est un think tank anglo-saxon basé à Washington. Il conduit des études à base de sondages d’opinion internationaux visant à informer le public des grandes tendances qui façonnent le monde. Il est considéré aux USA comme vraiment « non partisan ». C’est la raison pour laquelle je commente aujourd’hui une intéressante étude sur la perception des menaces majeures par les citoyens de 26 pays.
Il faut noter d’emblée que les 26 pays objets de l’étude sont, en quasi-totalité, des pays considérés comme favorables à la « coalition occidentale » et que l’opinion des citoyens de grand pays comme la Chine, l’Inde, le Pakistan, la Turquie ou des pays hostiles, objets des sanctions US (Iran, Syrie, Venezuela, Corée du Nord, Yémen) n’a pas été prise en compte dans l’étude.
Deux tableaux seront analysés ci-après, extraits d’une étude beaucoup plus complète. Ils nous montrent à quel point l’image actuelle des USA s’est dégradée et continue de se détériorer rapidement, y compris dans les opinions publiques des pays alliés.
Certains résultats sont surprenants. J’en ai listé une dizaine avant de livrer les tableaux détaillés à vos analyses personnelles et de conclure.
1 – Dans une majorité de pays, pourtant alliés des USA, le pouvoir et l’influence US sont considérés comme des menaces majeures supérieures à celles que font peser le pouvoir et l’influence de la Russie ou de la Chine. Ainsi, 67 % des Sud-Coréens, 66 % des Japonais, 64 % des Mexicains, 61 % des Tunisiens, 57 % des Argentins, 53 % des Brésiliens et 52 % des Indonésiens considèrent le pouvoir et l’influence US comme une menace majeure pour leur pays… Il est heureux que l’étude n’ait pas été conduite dans les pays hostiles aux USA (Venezuela, Iran, Corée du Nord, Syrie, Yémen, etc., etc.). On y atteindrait probablement des sommets.
2 – S’agissant de l’Europe, les Allemands, les Français, les Italiens, les Grecs, les Espagnols considèrent que le pouvoir et l’influence US constituent une menace plus sérieuse pour leur pays que le pouvoir et l’influence russe. Les Polonais, les Hongrois, les Suédois, les Hollandais et les Anglais pensent l’inverse…
3 – En Amérique latine, les trois populations consultées (Argentine, Mexique, Brésil) s’accordent à considérer le pouvoir et l’influence US comme une menace majeure bien au-dessus de celle que pourrait faire peser la Russie ou la Chine. Pour les Argentins et les Mexicains, la menace US est plus importante que celle de Daesh ou que le programme nucléaire nord-coréen. Les Brésiliens qui ont pourtant élu Bolsonaro, considèrent à 53 % que la menace US est une menace majeure, au même niveau que Daesh (53 %). Cela confirme l’impression retenue de mes nombreux voyages en Amérique du Sud où j’ai pu mesurer la haine des gringos dans les masses populaires et cela, dans la quasi-totalité des pays. Lorsqu’un gouvernement pro-US est élu en Amérique latine, il ne l’est que grâce à l’abstention massive, à la manipulation des masses populaires par les médias et à la crainte que font peser certaines milices armées sur les candidats « non conformes » (anti-US) qui, pour nombre d’entre eux, renoncent à se présenter ou en sont empêchés par des juges « corrompus » (Lula ou Dilma Roussef au Brésil), ou sont tout simplement assassinés avant le scrutin. (Exemple ? 566 assassinats politiques entre janvier 2016 et janvier 2019 en Colombie. 5 candidats à la présidentielle abattus depuis 1990 dans ce même pays…)
4 – En Afrique, les populations des 4 pays africains consultés (Nigeria, Tunisie, Afrique du Sud, Kenya) considèrent toutes que la menace du pouvoir et de l’influence US est supérieure à celles du pouvoir et de l’influence des Russes et des Chinois.
5 – Il est surprenant que 46 % des Canadiens, voisins et amis des USA, considèrent le pouvoir et l’influence US comme une menace majeure contre leur pays. Ils sont moins nombreux à craindre la menace russe (32 %) ou chinoise (31 %).
6 – La population sud-coréenne considère à 67 % que le programme nucléaire nord-coréen constitue une menace majeure mais ils sont tout aussi nombreux (67 %) à considérer que le pouvoir et l’influence US constituent également une menace majeure pour leur pays.
7 – Seuls Israël, la Hongrie, la Pologne et l’Italie considèrent entre 15 % et 22 % que les USA représentent une menace majeure pour leur pays. La seule véritable surprise est, pour moi, italienne.
8 – Le fait qu’un Français sur deux et qu’un Allemand sur deux considèrent les USA comme une menace majeure pour leur pays est totalement nouveau. Ces chiffres datant de 2018, on peut se demander ce qu’ils sont en 2019 compte tenu de la politique étrangère US très agressive sur de multiples fronts depuis le début de l’année (Venezuela, Iran, Syrie, Chine, Ukraine).
Question : Qu’est-ce qui représente une menace majeure pour votre pays ?
|
Pays |
DAESH |
Programme nucléaire nord-coréen |
Pouvoir et influence US |
Pouvoir et influence Russe |
Pouvoir et influence Chinois |
|||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
|
Argentine |
53% |
50% |
57% |
33% |
39% |
|||
|
Australie |
59% |
47% |
36% |
34% |
51% |
|||
|
Brésil |
53% |
59% |
53% |
43% |
43% |
|||
|
Canada |
54% |
47% |
46% |
32% |
31% |
|||
|
France |
87% |
55% |
49% |
40% |
40% |
|||
|
Allemagne |
68% |
47% |
49% |
30% |
33% |
|||
|
Grèce |
69% |
63% |
48% |
33% |
38% |
|||
|
Hongrie |
59% |
51% |
17% |
26% |
22% |
|||
|
Indonésie |
81% |
57% |
52% |
31% |
43% |
|||
|
Israël |
47% |
36% |
15% |
28% |
18% |
|||
|
Italie |
80% |
56% |
22% |
20% |
33% |
|||
|
Japon |
52% |
73% |
66% |
49% |
69% |
|||
|
Kenya |
64% |
56% |
41% |
37% |
34% |
|||
|
Mexique |
34% |
57% |
64% |
31% |
31% |
|||
|
Hollande |
67% |
39% |
37% |
42% |
25% |
|||
|
Nigeria |
61% |
41% |
39% |
33% |
30% |
|||
|
Philippines |
79% |
61% |
29% |
38% |
56% |
|||
|
Pologne |
59% |
53% |
18% |
65% |
26% |
|||
|
Russie |
62% |
30% |
43% |
* |
20% |
|||
|
Afrique du Sud |
43% |
46% |
42% |
38% |
40% |
|||
|
Corée du Sud |
63% |
67% |
67% |
44% |
82% |
|||
|
Espagne |
75% |
59% |
42% |
41% |
35% |
|||
|
Suède |
61% |
41% |
34% |
40% |
22% |
|||
|
Tunisie |
81% |
41% |
61% |
30% |
27% |
|||
|
U.S. |
62% |
58% |
* |
50% |
48% |
|||
|
UK |
64% |
40% |
37% |
45% |
29% |
9 – Quelle a été l’évolution de la perception d’une menace US entre 2013 et 2018 ?
Elle est considérable dans la quasi-totalité des pays étudiés, mais en particulier pour l’Allemagne, la France, le Mexique, le Brésil (eh oui…), la Tunisie, l’Espagne et même le Canada et le Japon. Voir le tableau ci-dessous. L’évolution négative de l’image des USA est énorme.

Conclusion :
Cette étude a été conduite par un think tank anglo-saxon de bonne réputation, basé à Washington, donc peu susceptible d’être accusé « d’anti-américanisme primaire »…
La plupart des observateurs avertis et des géopoliticiens ne seront pas vraiment surpris par la tendance observée dans la dégradation de l’image des USA. Peut-être seront-ils étonnés, comme je le suis, de l’ampleur et de la rapidité de l’évolution entre 2013 et 2018.
Avec cette image fortement dégradée, les USA auront de plus en plus de difficultés à trouver des contributeurs pour leurs aventures bellicistes, pour soutenir le dollar qu’ils utilisent comme une arme de coercition contre le monde entier (y compris leurs alliés) alors que ce dollar est toujours plus affaibli par l’explosion de la dette, enfin pour soutenir leur commerce et leur économie plombés, eux aussi, par des déficits abyssaux.
Il leur restera bien deux bons amis : Israël et… la Pologne… Cela leur suffira-t-il ?
On peut imaginer sans peine que l’évolution de l’image US constatée entre 2013 et 2018 va se poursuivre, voire s’amplifier, avec les événements qui se succèdent sans discontinuer et qui font apparaître les USA comme sources de désordres et de chaos dans plusieurs régions du monde.
Quant aux dirigeants de la France et du Royaume-Uni, membres éminents de « la bande des quatre plus “néo-cons” de la planète » (avec ceux des USA et d’Israël), ils seront bien obligés de tenir compte, un jour prochain, de l’évolution rapide de leur opinion publique pour conduire enfin des politiques étrangères et économiques raisonnables, responsables et surtout indépendantes, notamment sur les relations avec la Russie, la Chine, l’Iran et le Venezuela ainsi que sur la question du gazoduc « North Stream2 ». L’extraterritorialité du droit américain et les préjudices qu’elle porte à nos économies sont de plus en plus mal perçus et compris par nos concitoyens.
L’alignement inconditionnel, voire servile, sur la position et les intérêts israélo-US au détriment des intérêts de nos deux pays (France et Royaume-Uni) ne saurait constituer, à lui seul, une politique étrangère digne de ce nom.
L’image de la France ne sort pas grandie dans le monde pour son alignement sur un État de plus en plus considéré comme un État voyou par une part croissante de l’opinion mondiale.
À mes éventuels contradicteurs, je ferai remarquer que cette étude n’est pas la mienne mais celle d’un think tank honorablement connu basé… à Washington…
Sources :
1 – https://www.pewresearch.org/global/2019/02/10/climate-change-still-seen-as-the-top-global-threat-but-cyberattacks-a-rising-concern/
2 – Spring 2018 global attitudes survey
Crédit photo : DR
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