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L’islamisme parfois meurtrier fait l’actualité en ce début d’année. Le 5ème anniversaire de l’attentat contre les journalistes de Charlie Hebdo en janvier 2015, l’éventualité du retour de djihadistes français de Syrie et la libération prochaine de terroristes islamistes détenus en France sont autant d’occasions de parler de l’islamisme qui se propage dans la société française. On ne peut pas dire que l’information manque à ce sujet : plusieurs livres très documentés sur ce thème viennent d’être publiés. Par contre, la volonté politique d’éradiquer ce phénomène est largement insuffisante de la part de nos dirigeants. Nous risquons d’en payer chèrement les conséquences.
Les attentats perpétrés en 2015 et ceux qui ont suivi ont entraîné un besoin de connaissance non seulement du djihadisme, mais aussi plus largement de l’islamisme qui gagne du terrain en France. Il est apparu important à de nombreux citoyens de mieux connaître le terreau idéologique et religieux à partir duquel certaines personnes radicalisées sont passées à l’acte.
Dans les dernières années, plusieurs ouvrages ont été publiés, qui apportent un éclairage capital sur les causes, la stratégie, l’ampleur et les risques liés à l’expansion de l’islamisme. Il nous a paru important d’en recenser quelques-uns et de les présenter.
La stratégie d’expansion de l’islamisme
Le temps est loin d’une pratique quasi-uniquement discrète et modérée de l’islam dans notre pays. Avec l’aide financière de pétromonarchies du golfe, un islam plus radical a non seulement gagné en influence dans les pays du Maghreb, mais aussi en France.
Deux journalistes, Georges Malbrunot et Christian Chesnot, ont publié en avril 2019 le livre Qatar papers qui recense des financements qataris de mosquées en France(1). Le subventionnement de projets initiés par des Frères musulmans est étroitement lié à la volonté de propager une certaine vision, très rigoriste, de l’islam. L’Arabie saoudite n’est pas en reste. Le prince héritier saoudien a admis récemment que son pays a contribué à la propagation de l’idéologie wahhabite en Occident. Son annonce d’y mettre un terme est bien tardive : l’expansion du salafisme est lancée et poursuit son œuvre(2). Comme le souligne Bernard Rougier dans un récent ouvrage, la diffusion d’un islam rigoriste correspond également à une volonté de contrôle social des immigrés maghrébins en Europe par leurs pays d’origine(3).
La stratégie de conquête et d’infiltration des Frères musulmans en France et dans le monde a fait l’objet d’un livre paru fin 2019, Le projet, écrit par le géopolitologue Alexandre Del Valle(4). Cette stratégie passe notamment par la mise en place d’une contre-société islamique et par la désassimilation d’une partie des musulmans, dont on perçoit déjà les effets.
Le projet de conquête de l’Occident est également le thème central du livre publié fin 2018 par Jean-Frédéric Poisson, L’islam à la conquête de l’Occident. Le point de départ de l’enquête du dirigeant du P.C.D. est un document découvert par inadvertance intitulé « Stratégie de l’action culturelle islamique à l’extérieur du monde islamique », qui a été élaboré en 2000 par l’ISESCO, le département culturel de l’Organisation de la Coopération islamique (OCI), regroupant 57 États musulmans(5). Un document qui évoque notamment la volonté d’installer « une société pure et saine » en Occident.
Les moyens de l’expansion de l’islamisme
L’islamisme ne pourrait pas autant se développer si une forte résistance lui était opposée. Les changements de notre société causés par la progression de l’islamisme ont amené le journaliste Yves Mamou à enquêter sur Le grand abandon des élites françaises à ce sujet(6). Son livre publié fin 2018 se lit comme un bottin des idiots utiles de l’islamisme. Complices aveugles ou volontaires du grand changement qui est à l’œuvre, ils sont nombreux au sein des mouvements antiracistes, de la justice, des grands corps de l’État, des médias, de la culture, de l’école, de l’Église catholique, des intellectuels et des entrepreneurs du « capitalisme charia » à être recensés par le journaliste. Tous concourent à leur échelle, par leur inertie ou leur aveuglement, à l’avènement d’une contre-société avec ses propres mœurs et ses propres règles.
La stratégie de prise de contrôle de certains territoires par les islamistes a fait l’objet d’une analyse dirigée par Bernard Rougier, un spécialiste de l’islam radical. Le résultat du travail qu’il a réalisé avec une équipe d’universitaires a été publié en ce début d’année dans le livre Les territoires conquis de l’islamisme(3). L’ouvrage nous confirme que la transformation idéologique et religieuse de l’islam n’est pas le fruit du hasard. Elle s’est selon Bernard Rougier « accomplie grâce à un travail continu et permanent sur les populations des quartiers, dans le but déclaré d’en refaçonner les catégories de perception et de jugement ».
Au travers de plusieurs enquêtes sur pièces et de terrain, le livre passe en revue les différentes formes d’islamisme, la façon dont le contrôle social et le prosélytisme (dans la rue, sur les marchés, dans les clubs sportifs, etc.) s’effectuent dans les banlieues islamisées, le contenu de plus en plus radical des livres confessionnels, le cyber-djihadisme et la construction d’« écosystèmes islamistes » dans différentes communes. La prison a pour l’auteur une importance particulière : c’est à la fois un lieu de socialisation, d’endoctrinement et d’élaboration de nouvelles doctrines de l’islamisme.
Ces différents éléments de contexte aident à mieux comprendre l’émergence d’un islamisme qui dans sa forme la plus extrême a poussé des jeunes à partir combattre dans les rangs de l’État islamique. La simplification de l’islam, le rôle de l’instance religieuse saoudienne et la volonté de contrôle de la population immigrée sont décrits comme autant de facteurs concourant à la propagation d’un islam de plus en plus rigoriste et sécessionniste en France.
L’ampleur de l’islamisme
Un récent rapport de la DGSI évaluerait à 150 les quartiers « tenus » par les islamistes en France (7). Mais au-delà de cette partition, c’est une diffusion plus large de l’islamisme qui est à l’œuvre. La progression du nombre de mosquées sous influence salafiste, tabligh et des Frères musulmans fait l’objet de fréquents recensements, notamment à l’occasion de rapports parlementaires(8).
On peut saluer à ce sujet l’irremplaçable travail réalisé par Joachim Veliochas avec son Observatoire de l’islamisation, qui dispense une information permanente sur les signaux plus ou moins faibles du radicalisme islamique(9). Il a réuni dans un livre plusieurs éléments de preuve sur « ces maires qui courtisent l’islamisme », en accordant différents concours (prêt de terrains, de locaux, etc.) à la construction de mosquées(10).
Les manifestations de l’islamisme
Les manifestations de l’islamisme sont évidemment présentes dans les différents ouvrages que nous mentionnons. Elles prennent la forme de la conviction partagée par une frange croissante des musulmans (27 % selon l’IFOP) de la supériorité de la loi islamique, la charia, sur les lois de la république(11). L’essor de la viande halal traduit une volonté des fondamentalistes de contrôler le comportement des musulmans. Inexistante il y a quelques dizaines d’années, la nourriture halal prend une importance considérable grâce notamment à sa promotion par de nombreuses entreprises privées. Comme le souligne Yves Mamou, le halal s’étend même à des produits non alimentaires pour mieux régimenter la consommation « licite » des musulmans et marquer la partition des populations.
La multiplication des signes et des manifestations d’appartenance religieuse dans certains établissements scolaires, recensés dans le rapport Obin en juin 2004, s’est propagée à d’autres secteurs(12).
Outre des enseignants, ce sont des infirmières, des assistantes sociales, des maires, des formateurs et des policiers qui témoignent dans l’ouvrage collectif Une France soumise de la progression de l’islam politique et d’une sécession d’une partie de la société, en particulier dans les quartiers de l’immigration. Les auteurs pointent du doigt le manque de soutien des professionnels par leur hiérarchie et des élus qui préfèrent regarder ailleurs(13).
Un rapport parlementaire a été consacré en 2019 aux services publics face à la radicalisation(14). Bien que différents plans contre la radicalisation aient été mis en œuvre dans le passé, les auteurs évoquent benoîtement une insuffisante prise de conscience et des difficultés à mesurer le phénomène dans certains secteurs. L‘absence du mot « islamisme », tant dans l’intitulé que dans la table des matières du rapport, illustre la difficulté à bien nommer le problème pour mieux le combattre. Le monde de l’entreprise n’est pas en reste, avec certains secteurs plus particulièrement touchés (transport, sécurité, etc.)(15).
L’histoire récente de la France peut également être revisitée à l’aune de l’islamisme, comme l’a fait de façon chronologique un collectif anonyme qui relate l’Histoire de l’islamisation française de 1979 à 2019 en 40 chapitres passionnants mais inquiétants. C’est une nouvelle grille de lecture qui est donnée à de nombreux événements dans l’histoire française récente(16).
L’impact sur la société française
La propagation de l’islamisme n’a pas qu’un impact auprès des musulmans. Elle a également des conséquences sur la société française dans son ensemble. C’est la liberté d’expression qui recule, avec l’invocation fréquente d’« islamophobie » pour disqualifier voire faire condamner les opposants. Le droit au blasphème se limite désormais pour les humoristes ricaneurs à « gifler la grand-mère catholique »(17). Ce sont les nombreuses personnes qui vivent sous protection policière permanente après avoir été menacées pour avoir critiqué l’islam(18). C’est la viande halal qu’on nous impose massivement, comme le souligne depuis plusieurs années Alain de Peretti et son association Vigilance halal(19). Ce sont des professeurs qui s’auto-censurent sur leurs programmes pour ne pas connaître de protestations de la part d’élèves endoctrinés. On pourrait multiplier les exemples.
Et maintenant ?
On peut effectivement se demander ce que l’on fait maintenant. Concrètement, des islamistes jugés dangereux il y a quelques années – comme celui qui a menacé Pierre Sautarel du site Fdesouche – sont progressivement remis en liberté. Comme si cela ne suffisait pas, la ministre de la Justice a évoqué récemment la possibilité de rapatrier des djihadistes détenus en Syrie. Un islam radical continue à être propagé dans certaines mosquées alors que des écoles hors contrat échappent en grande partie au contrôle des messages qui y sont véhiculés. Les éléments de diagnostic sont présents. Reste à élaborer un plan d’action plus convaincant que ceux qui ont jusqu’à présent échoué à enrayer la progression de l’islamisme(20).
Les signaux sont nombreux qui laissent à penser qu’il ne faut pas attendre grand-chose du gouvernement dans le plan de lutte contre l’islamisme qui devrait être dévoilé en février(21). Car « en même temps », le déni continue. L’immigration massive et essentiellement musulmane atteint des niveaux inégalés.
Ceci alors qu’un moyen de freiner la propagation de l’islamisme est d’arrêter l’immigration. Mais de cela, il ne sera pas question. Il y a fort à craindre que, sauf surprise, ce sera encore au mieux des mesurettes dont on a l’habitude, au pire un rendez-vous des occasions manquées.
Paul Tormenen
27/01/2020
(1) « Qatar papers ». Georges Malbrunot et Christian Chesnot. Ed. Michel Lafon. 2019
(2) « Selon Mohamed Ben Salmane, c’est l’occident qui a réclamé l’exportation du wahhabisme ». Valeurs actuelles. 30 mars 2018. « L’Arabie saoudite tente de contenir la propagation du salafisme. Ça ne marchera pas ». Les crises.fr. 24 janvier 2018.
(3) « Les territoires conquis de l’islamisme ». Bernard Rougier. PUF. 2020.
(4) « Le projet ». Alexandre Del Valle. Ed. de l’Artilleur. 2019.
(5) « L’islam à la conquête de l’occident ». Jean-Frédéric Poisson. Ed. du Rocher. 2018.
(6) « Le grand abandon. Les élites françaises et l’islamisme ». Yves Mamou. Ed. de l’Artilleur. 2018.
(7) « Le défi communautariste ». Le JJD. 19 janvier 2020.
(8) « Rapport au nom de la commission d’enquête sur l’organisation et les moyens des services de l’État pour faire face à l’évolution de la menace terroriste après la chute de l’État islamique ». Sénat. 4 juillet 2018.
(10) « Ces maires qui courtisent l’islamisme ». Joachim Véliochas. Ed.Tatamis. 2015.
(11) « Les musulmans en France, 30 ans après l’affaire des foulards de Creil ». IFOP. 23 septembre 2019.
(12)« Les signes et des manifestations d’appartenance religieuse dans les établissements scolaires ». Rapport présenté par J.P. Obin. Juin 2004.
(13) « Une France soumise ». Ouvrage collectif. Ed. Albin Michel. 2017.
(14)« Rapport d’information sur les services publics face à la radicalisation ». E. Diard. E. Poulliat. 27 juin 2019.
(15) « Comment les entreprises font face à l’islam radical ». Capital. 21 avril 2016.
(16) « Histoire de l’islamisation française de 1979 à 2019 ». Ed. de l’Artilleur. 2018.
(17) Emission I Media sur TV Libertés. « France inter contre Jésus : blasphème à sens unique ». n°281. 16 janvier 2020.
(18) « France : critiquer l’islam et vivre sous protection policière ». Gatestone Institute. 3 mars 2016.
(19) https://vigilancehallal.com/
(20)« Plans d’action contre la radicalisation 2014, 2016, 2018 ». Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation.
(21) Requêtes Macron, LREM sur le site de l’Observatoire de l’islamisation.
Source : Correspondance Polémia – V