Attila Dabis : « Nous voulons que l’UE contribue activement au maintien de la diversité culturelle et linguistique de l’Europe »

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Entretien mené par nos confrères du Visegrad Post avec Attila Dabis, responsable des affaires étrangères du Conseil national sicule : « Nous voulons que l’UE contribue activement au maintien de la diversité culturelle et linguistique de l’Europe ». Ce dernier revient sur l‘initiative citoyenne européenne évoquée récemment sur Breizh Info, qui concerne la Hongrie, mais aussi les droits de la Bretagne. 

Il ne vous reste que trois jours pour la signer, dépêchez-vous !

Tandis que la vie politique et économique de l’Europe sont lourdement bloquées par la crise du coronavirus, il est devenu difficile d’attirer l’attention de l’opinion publique sur d’autres sujets. Néanmoins, en Hongrie et au sein des communautés hongroises du bassin des Carpates (en Roumanie et en Slovaquie), une ICE (initiative citoyenne européenne) rencontre actuellement un certain succès pour défendre la diversité culturelle et linguistique de l’Europe. En raison de l’impossibilité physique de collecter des signatures sur papier (du fait de la crise du coronavirus), la campagne se concentre essentiellement sur la collecte des signatures en ligne sur la plateforme en ligne officielle de l’UE.

Afin d’avoir une chance de collecter le million de signatures nécessaires, les responsables de l’ICE ont demandé un délai supplémentaire de 6 mois à la suite de la pandémie. Le Visegrád Post a interrogé l’un des porte-paroles de l’initiative, le Hongrois Attila Dabis.

Visegrád Post : Pouvez-vous vous présenter, ainsi que rappeler l’objet de votre initiative citoyenne européenne ? Qu’attendez-vous en cas de succès de l’initiative ?

Attila Dabis : J’ai 33 ans, je suis un politologue et une figure publique basée à Budapest, en Hongrie. Je m’occupe des relations extérieures pour le Conseil National sicule, une organisation qui défend les droits de la communauté magyarophone sicule de Transylvanie, en Roumanie. En plus de cela, je suis le vice-président du comité qui a soumis l’initiative citoyenne pour les régions nationales à la Commission européenne.

L’objectif de l’initiative est assez simple. Nous voulons que l’UE contribue activement à maintenir la diversité culturelle et linguistique de l’UE en fournissant un soutien financer approprié aux régionales nationales afin qu’elles puissent préserver leurs langues, cultures et identités dans le cadre des pays dont elles font partie. Sous ce nouveau vocable de « région nationale », nous parlons des régions qui ont des caractéristiques nationales, ethniques, culturelles ou linguistiques qui diffèrent des régions environnantes (par exemple le Pays sicule, le Pays basque, la Catalogne, le Tyrol du Sud, la Silésie, la Bretagne, l’Alsace, la Bavière, la Corse, etc.).

Nous pensons que l’UE devrait accorder une attention particulière à ces régions, et le meilleur moyen pour y parvenir serait d’établir un système séparé de financement dans le cadre de la politique de développement de l’UE, accessible directement et exclusivement aux régions nationales. Un tel mécanisme nouveau de financement serait bénéfique pour toutes les régions nationales de l’UE, et c’est pour cela que nous invitons les citoyens de ces régions qui souhaitent préserver leurs cultures et langues régionales spécifiques qu’ils ont héritées de leurs ancêtres à signer pour cette initiative, et d’inviter leurs compatriotes à en faire de même.

Visegrád Post : La route a été très longue entre le moment où vous avez soumis votre projet d’initiative citoyenne à la Commission (2013) et le moment où il a finalement été accepté, permettant ainsi le début de la collecte des signatures. Pouvez-vous rappeler la longue procédure légale que vous avez dû traverser ?

Attila Dabis : Nous avons commencé à rédiger le contenu de l’initiative et à construire notre réseau de soutiens en 2011-2012. Puis, en septembre 2013, la Commission européenne a rejeté l’enregistrement de notre initiative, au motif que cela ne relevait pas de ses compétences. Cette décision de rejet a été confirmée par le Tribunal de l’Union européenne en mai 2016[1]. Le jugement de deuxième instance[2], cependant, a conclu le 7 mars 2019 en faveur des plaignants, rejetant ainsi le jugement de première instance et annulant la décision de la Commission qui avait rejeté notre initiative.

Par conséquent, notre ICE a été enregistrée le 7 mai 2019. La période de campagne pour collecter au minimum un million de signatures dans un minimum de 7 États membres se termine le 7 mai 2020. Nous nous sommes âprement battus pour obtenir cette période de collecte de 12 mois, et nous comptons bien faire de notre mieux pour le temps restant !

Visegrád Post : Durant cette odyssée judiciaire de 6 ans, plusieurs États membres de l’UE se sont officiellement opposés à votre initiative : la Roumanie, la Slovaquie, la Grèce. Quelles étaient leurs motivations ?

Attila Dabis : Certains pays ont tendance à traiter les membres des communautés nationales résidant sur leurs territoires comme une menace. Les gouvernements centraux de ces États suppriment ces aspirations, plutôt que de les nourrir. Beaucoup d’États membres de l’UE prennent des décisions politiques qui sont façonnées par des ressentiments envers les minorités nationales, même si cela résulte des décisions qui vont contre le bon sens.

Dès le départ, nous avons toujours fait savoir que notre initiative offre une situation gagnant-gagnant pour toutes les parties concernées. Les communautés nationales traditionnelles pourraient gagner un cadre au sein du système juridique de l’UE qui les aide à maintenir leur identité, tandis que les États dans lesquels se trouvent ces régions nationales pourraient obtenir des financements supplémentaires de l’UE. Les représentants de ces États qui se sont opposés à notre initiative devant la Cour de l’UE pouvaient difficilement justifier en quoi ils s’opposaient catégoriquement à obtenir davantage de soutien financier de l’UE pour leur pays.

Visegrád Post : À l’inverse, votre initiative a reçu le soutien de la Hongrie. Bénéficiez-vous uniquement du soutien des partis gouvernementaux hongrois, ou ce soutien est-il plus large au sein de la société hongroise ?

Attila Dabis : Nous avons un soutien multipartite pour cette cause en Hongrie. Le Parlement hongrois a soutenu notre initiative au travers d’un vote historique le 25 février : 158 votes pour, aucun vote contre (le seul parti[3] qui était en désaccord n’était pas présent lors du vote). De plus, nous ne sommes pas seulement parvenus à obtenir le soutien des responsables politiques, mais également de sportifs, musiciens, acteurs de renom, ou encore de figures religieuses. La légitimé morale de cette initiative est désormais indiscutable.

Visegrád Post : Le site officiel de la pétition montre que vous avez collecté près de 470 000 signatures, ce qui semble malgré tout assez éloigné du million nécessaire d’ici le 7 mai. Est-ce que les signatures collectées sous forme papier sont inclues dans ces 470 000 ? Espérez-vous recevoir un délai de collecte en raison de la crise du coronavirus ?

Attila Dabis : La plateforme en ligne ne montre que les signatures collectées en ligne. En plus de cela, nous avons environ 200 000 signatures papier, nous avons donc largement dépassé la moitié des signatures nécessaires. À notre grand désarroi, la collecte des signatures a rencontré de grandes difficultés, sous différentes formes, en raison de la crise du coronavirus. Plus important encore, la pandémie de Covid-19 a introduit une circonstance grave, imminente, imprévisible et inévitable qui a rendu impossible la collecte de signatures sur papier.

Les autorités des différents États membres de l’UE ont été contraintes d’adopter des mesures extraordinaires restreignant la liberté de mouvement des citoyens, l’organisation de rassemblements publics, ainsi que diverses formes d’interactions sociales.

Plus encore, les coopérations transfrontalières indispensables pour les campagnes des ICE ont été fondamentalement altérées. Et enfin, l’omniprésence de la crise du Covid-19 dans le discours public éclipse considérablement l’attention portée à nos préoccupations et à nos demandes.

En raison de cette circonstance de force majeure liée à la pandémie, nous avons demandé à la Commission européenne de nous accorder un délai supplémentaire de 6 mois pour collecter les signatures. Cette situation n’est pas sans précédent, puisqu’en 2012 une telle extension a été accordée pour quatre autres initiatives.

Presque un mois s’est passé et nous n’avons pas encore reçu de réponse de la Commission. Cependant, sachant comment cette institution gère la démocratie directe en général, nous n’abandonnons pas notre campagne, nous continuons d’attirer l’attention et de mobiliser les gens à travers l’UE pour qu’ils signent via le site www.iamsigning.com. Cela ne prend qu’une minute de signer, mais cela pourrait changer de façon significative la façon dont l’UE gère ses communautés nationales traditionnelles (autochtones).

[1] Case T-529/13 – Izsák and Dabis v. Commission.

[2] Case C-420/16 P.

[3] Ndlr : le DK de Ferenc Gyurcsány

Crédit photo : DR
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