L’ordre mondial américain est-il en déclin ?

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Le guide suprême de l’Iran, Ali Khamenei, a déclaré que les puissances occidentales dirigées par les États-Unis perdent aujourd’hui leur « domination politique, scientifique » et « économique », et que celle-ci est progressivement « transférée » en Asie. Il n’est pas une voix isolée : le 5 novembre, avant les élections de mi-mandat, Trump a décrit son pays comme étant « en déclin ». Biden lui-même a parlé d’arrêter « la destruction » du pays. Toute rhétorique mise à part, cela exprime des préoccupations réelles qui hantent les élites politiques américaines.

Le rapport de 578 pages de la Heritage Foundation intitulé « 2023 Index of U.S. Military Strength » (indice de la force militaire des États-Unis en 2023) a révélé, fait sans précédent, que la puissance militaire de Washington est désormais « faible », alors qu’elle était « marginale » dans l’indice de l’année dernière. Il conclut que, sur le plan militaire, Washington « risque fort de ne pas être en mesure de répondre aux exigences d’un seul conflit régional majeur tout en s’occupant de diverses activités de présence et d’engagement ».

Compte tenu de la manière dont Washington se trouve aujourd’hui surchargé et débordé, sans parler de la crise en Irak, de la défaite afghane et de l’échec des sanctions dirigées par les États-Unis contre la Russie, il serait difficile de nier que le pays est en déclin en tant que superpuissance et pays prétendant à une hégémonie mondiale.

En outre, l’autorité morale américaine repose en grande partie sur les références démocratiques dont elle s’est targuée, en tant que championne des libertés. Plus que toute autre nation occidentale, c’est l’image qu’elle tente de projeter au monde. Mais son système politique est également en déclin.

Les politologues Steven Levitsky et Lucan Way ont écrit en janvier que le pays devait s’attendre à une « période d’instabilité prolongée du régime, marquée par des crises constitutionnelles répétées, une violence politique accrue et, éventuellement, des périodes de régime autoritaire ».

La politologue Jenna Bednar et Mariano-Florentino Cuéllar, président de la Dotation Carnegie pour la paix internationale, ont décrit les États-Unis comme une « superpuissance fracturée« . L’autorité américaine « sur la scène mondiale« , écrivent-ils, est souvent associée à un système fédéral dans lequel Washington « est dominant ». Aujourd’hui, cependant, les États américains peuvent contrôler « les principaux leviers de la politique étrangère« , en particulier en période de « blocage partisan à Washington ». Dans ce scénario, ils décrivent le pays comme « un archipel de juridictions puissantes et concurrentes, avec certains liens communs, ainsi qu’un ensemble d’intérêts et de valeurs divergents ».

Il existe souvent une interaction complexe entre la politique intérieure et la politique étrangère, et nous avons vu récemment comment les problèmes intérieurs, tant aux États-Unis que dans les pays européens, ont provoqué des fissures au sein de la coalition transatlantique de soutien à l’Ukraine.

Outre les instabilités internes, certains analystes mettent l’accent sur le soft power unique des États-Unis, en termes de structures symboliques et idéologiques du pouvoir. Après tout, c’est de cela que sont faits les rêves. Le « rêve américain » peut-il durer ? G. John Ikenberry, professeur à l’université de Princeton, semble le penser. Dans un article paru dans Foreign Affairs, il affirme que, bien que de nombreux analystes le prétendent, l’ordre dirigé par les États-Unis n’est pas en déclin. Selon lui, bien que les États-Unis « aient parfois ressemblé à un empire à l’ancienne », leur puissance s’appuie « non seulement sur la force brute, mais aussi sur des idées, des institutions et des valeurs qui s’inscrivent de manière complexe dans le tissu de la modernité. »

Ikenberry semble penser que l’hégémonie américaine se situe dans la superstructure mondiale. Mais même dans ce domaine, il existe des fissures. Le discours américain sur les droits de l’homme, par exemple, est en déclin, car son hypocrisie est de plus en plus dévoilée.

En septembre 2021, un article de Bloomberg rédigé par Tylwer Cowen, professeur d’économie à l’université George Mason, affirmait que le « wokisme » était la grande exportation culturelle de Washington. Ironiquement, en février, le même auteur, écrivant à nouveau pour Bloomberg, a concédé que, bien que toujours influent, « le wokisme a atteint son apogée« . Il est de plus en plus « déconnecté du courant dominant de l’Amérique« , affirme-t-il. Il l’est encore plus avec les masses dans le monde entier et est également devenu une source majeure de sentiment anti-américain.

Il existe également un autre contrepoint à la thèse d’Ikenberry : les fondements de la modernité résident en fait dans l’individualisme européen. Les racines de celui-ci peuvent être attribuées à un certain nombre de facteurs – des doctrines chrétiennes à la Renaissance italienne ou aux Lumières écossaises. Quoi qu’il en soit, il n’y a pas une fatalité dans l’Histoire qui fasse de la nation américaine l’aboutissement nécessaire et inévitable de ce grand projet occidental et son moment unipolaire doit être considéré comme la période de transition très exceptionnelle qu’il a toujours été de 1991 à aujourd’hui – avec ses racines dans l’après-guerre et la période bipolaire également momentanée de la guerre froide.

Le fait est qu’un système mondial moderne pourrait très bien se débarrasser de la superpuissance atlantique, qui pourrait alors passer le flambeau à un nouvel ordre ou plutôt à un bloc plus multilatéral. L’exception américaine n’est qu’une expression locale d’une exception occidentale plus large, qui a été récemment illustrée par les remarques brutales du chef de la politique étrangère de l’UE, Josep Borell, selon lesquelles l’Europe est un « jardin » – et le reste du monde une « jungle ».

Aujourd’hui, les États-Unis restent l’hégémonie mondiale et le principal promoteur des politiques d’occidentalisation du monde, comme vecteur de leur soft power. Mais derrière cela se cache un choc des civilisations, selon les mots de Huntington. Ainsi, « l’attrait de ses idées » est une source d’influence des Etats-Unis, comme le dit Ikenberry, mais aussi sa faiblesse.

En résumé, à l’approche du nouveau siècle asiatique et de la multipolarité, l’hégémonie américaine et occidentale est de plus en plus en déclin, y compris dans la sphère idéologique.

Uriel Araujo

Crédit photo : DR

[cc] Breizh-info.com, 2022, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

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5 réponses à “L’ordre mondial américain est-il en déclin ?”

  1. Damien Stankiewicz dit :

    Sérieux ? Mdr

  2. ummite dit :

    LES RÊVES, NE SONT QUE DES RÊVES, JAMAIS ILS NE DURENT, LE RÉVEIL MET TOUJOURS FIN AUX RÊVES, ET C’EST TANT MIEUX POUR LES RÊVES CAUCHEMARDESQUE !

  3. David dit :

    L’occident a cru acheter la paix dans les années 1990 tout en faisant plaisir aux financiers de la bourse en délocalisant les industries en Chine notamment, et en premier les USA, car ce sont eux avec Reagan dans les 1980’s qui ont initié ce modèle économique désastreux.
    L’occident en faisant celà ne s’est pas tiré une balle dans le pied il a vidé le chargeur! Se privant d’une partie de ses forces vives que constitue l’industrie et contribuant à enrichir un empire communiste (qui s’est bati une force militaire avec cet argent) tout en donnant des leçons de droit et autres à d’autres pays…

  4. patphil dit :

    et c’est tant mieux si l’ordre américain est en déclin. mais qui va se charger de donner des consignes à vanderleyen, macron, michel etc?

  5. Henri dit :

    « Après l’empire – Essai sur la décomposition du système américain », livre écrit par Emmanuel Todd il y a vingt ans, et resté très actuel. L’auteur développe un constat simple : jadis source de paix et de stabilité, les États-Unis sont devenus un facteur de désordre international. L’idée directrice du livre est que l’explication ne doit pas être cherchée dans la force, mais dans la faiblesse des États-Unis.

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